Conseil europĂ©en : « de Copenhague aux paradis fiscaux, l’espoir d’une Europe au service des peuples semble durablement enterrĂ© »
Je vous propose de retrouver mon intervention lors du dĂ©bat sur l’Union europĂ©enne Ă l’AssemblĂ©e nationale, le 9 dĂ©cembre dernier.
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Débat préalable au Conseil Européen
Mercredi 9 décembre 2009
Intervention du Député François ASENSI :
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« Le Conseil europĂ©en des 10 et 11 dĂ©cembre fera face Ă des enjeux majeurs, alors que la crise systĂ©mique du capitalisme se prolonge durablement, et que les dangers d’une crise environnementale se font chaque jour plus palpables.
 Le risque est grand que les peuples continuent Ă en subir de plein fouet les consĂ©quences dramatiques. Les peuples europĂ©ens, avec l’installation d’un chĂ´mage de masse et une Ă©rosion continue des salaires et du pouvoir d’achat. Les peuples du Sud avec la persistance des famines, la dĂ©stabilisation des cours des marchandises, les dĂ©règlements climatiques issus d’un modèle de dĂ©veloppement qui leur a Ă©tĂ© refusĂ©.
Au vu des premiers Ă©lĂ©ments de conclusions dont nous disposons, tout porte Ă croire que ce Conseil europĂ©en, premier depuis l’entrĂ©e en vigueur du TraitĂ© de Lisbonne, n’apportera pas les bonnes rĂ©ponses.
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L’UE s’attend Ă 7 millions de chĂ´meurs supplĂ©mentaires en 2010. La croissance demeure famĂ©lique malgrĂ© deux dĂ©cennies de politiques libĂ©rales de rigueur et de compĂ©titivitĂ©. Les inĂ©galitĂ©s sociales explosent avec des Ă©carts de PIB par habitant variant de 1 Ă 20.
Face Ă cette situation qui ne prĂŞte aucunement Ă l’optimisme, tous les leviers Ă©conomiques devraient ĂŞtre mobilisĂ©s.
Qu’en est-il d’une politique budgĂ©taire europĂ©enne au service de l’emploi, de la rĂ©vision du Pacte de stabilitĂ©, de la refonte de la banque centrale, de la suppression pure et simple des paradis fiscaux, de la taxation de la finance ?
Le Président de la République a annoncé triomphalement une victoire de la vision régulatrice française, mais cette victoire ressemble en tout point à une victoire à la Pyrrhus.
La mise en scène d’une opposition entre Londres et Paris sur la rĂ©gulation de la finance ne trompe personne et les prĂ©cĂ©dents ne plaident guère la thèse d’une Union europĂ©enne rĂ©gulatrice des marchĂ©s de capitaux.
Faut-il rappeler la directive « hedge funds »? Une directive qui accorde un blanc seing à ces fonds spéculatifs localisés aux 2/3 aux iles Caïman.
Monsieur le ministre, si la France a effectivement imposé ses vues à Bruxelles et à Londres, cette directive sera t-elle enterrée sous sa forme actuelle?
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On nous annonce des avancĂ©es considĂ©rables concernant la supervision macro Ă©conomique et micro-prudentielle. En rĂ©alitĂ©, la position arrĂŞtĂ©e par les europĂ©ens est plus qu’insuffisante.
Permettez-moi tout d’abord de souligner la faute grave des dirigeants europĂ©ens, qui aveuglĂ©s par la libertĂ© des capitaux, ont mis en place un espace monĂ©taire commun sans l’assortir d’un contrĂ´le sur les banques.
Le résultat : 3000 milliards les fonds publics appelés à la rescousse.
Les entitĂ©s de surveillance proposĂ©es s’inspirent du rapport libĂ©ral de Monsieur De Larosière. L’ancien directeur du FMI Ă son Ă©poque la plus dĂ©rĂ©gulatrice. L’actuel conseiller du PrĂ©sident de la BNP Paribas, banque qui abonde 1 milliard de rĂ©munĂ©ration pour ses traders et dĂ©tient 23 filiales dans les paradis fiscaux. La rĂ©gulation est entre de bonnes mains!
Ces entitĂ©s, scindĂ©es pour les affaiblir, ne prĂ©muniront pas de nouvelles crises. Leurs pouvoirs d’alerte et de sanction sont proprement inexistants, et in fine soumis Ă l’accord des Etats !Â
Les cris d’orfraie de La City ne sont qu’une diversion, la spĂ©culation et les transactions occultes se poursuivront dans les Ă®les anglo-normandes, au Liechtenstein, en Suisse, ou au Luxembourg.
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La moitiĂ© du commerce mondial transiterait par ces paradis fiscaux abritant 11 000 milliards de dollars, provenant des trafics, de l’Ă©vasion fiscale des particuliers fortunĂ©s, ou encore de l’Ă©vasion fiscale des entreprises Ă travers les prix de transfert.
Les consĂ©quences pour les Etats se traduisent par une perte de recettes Ă©quivalente Ă 2 Ă 3% du PIB. Ces sommes sont considĂ©rables !  Il est consternant que l’Europe soit le refuge de ces zones de non-droit, avec 4 des 6 places financières les plus opaques de la planète.
 La parodie Ă laquelle s’est livrĂ© l’OCDE, en mettant sur pied des listes noires et grises recensant les paradis fiscaux, illustre un manque de volontĂ© politique flagrant. Il aura suffit Ă Monaco de signer plusieurs conventions d’Ă©changes d’information avec d’autres paradis fiscaux pour sortir de ces listes.
Monsieur le ministre allez-vous agir enfin pour que ces paradis fiscaux qui minent l’Europe soient supprimĂ©s? Â
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 Enfin, je souhaiterais revenir sur l’idĂ©e d’une taxation des transactions financières afin de limiter la spĂ©culation et financer le dĂ©veloppement. Plusieurs ministres et le PrĂ©sident de la RĂ©publique française dĂ©fendent l’idĂ©e d’une taxe sur la finance. Il est temps de passer des discours aux actes.
L’Union europĂ©enne, dont le PIB est supĂ©rieur aux USA et Ă la Chine rĂ©unis et qui concentre une grande partie des transactions de change serait un espace Ă©conomique suffisant pour mettre en place cette taxe.
Monsieur le ministre, le commissaire français Michel Barnier, a t-il pour feuille de route l’instauration d’une taxe de type Tobin, de caractère obligatoire et avec un taux significatif ?Â
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En plein sommet de Copenhague, le changement climatique sera une thĂ©matique majeure du Conseil europĂ©en. Je me fĂ©licite que l’Union europĂ©enne ait avancĂ© des objectifs chiffrĂ©s de rĂ©duction de CO2, mais les engagements adoptĂ©s dans le cadre du paquet climat-Ă©nergie sont largement infĂ©rieurs aux prĂ©conisations du GIEC.
Le volontarisme de l’Union en ce domaine doit ĂŞtre nuancĂ©. RĂ©cemment, la commission europĂ©enne a publiĂ© une liste de 164 secteurs industriels qui se verraient exemptĂ©s de tout effort de rĂ©duction. Des secteurs parmi les plus polluants, tels que la sidĂ©rurgie, la cimenterie, l’armement.
Plus grave encore, l’Union europĂ©enne s’en remet une fois de plus Ă la main invisible du marchĂ© pour lutter contre le changement climatique. Mais les mĂ©canismes de marchĂ© issus du protocole de Kyoto, tels l’Ă©mission de « droits Ă polluer », sont pour l’instant un Ă©chec.
L’injustice s’ajoute Ă l’inefficacitĂ©, car de la taxe carbone aux quotas d’Ă©missions, c’est le consommateur qui supporte le coĂ»t de ces ajustements par le marchĂ©.
Je m’oppose par principe Ă cette loi du plus fort dans le domaine de l’environnement.
Les pays du Nord ne peuvent dĂ©cemment s’acheter une conscience en finançant des projets environnementaux douteux dans les pays pauvres, en rachetant de gigantesques forĂŞts primaires, en privatisant la nature. Les pays en dĂ©veloppement, principales victimes du changement climatique sans en ĂŞtre responsables, continueraient Ă subir la domination des multinationales dĂ©jĂ lancĂ©es dans une gigantesque opĂ©ration de verdissement.
De plus, un rapport du SĂ©nat a pointĂ© la spĂ©culation qui sĂ©vit sur ces marchĂ©s carbone non rĂ©gulĂ©s. L’autorĂ©gulation est un leurre.
L’environnement est trop important pour ĂŞtre confiĂ©s aux financiers !
Enfin, ce qui me semble plus grave encore dans la position de l’Union europĂ©enne, est que nul part n’apparaĂ®t la remise en cause d’un système qui conduit au productiviste et Ă l’Ă©puisement des ressources.
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La question environnementale m’amène Ă aborder la dette de l’Union europĂ©enne envers les pays du Sud. Alors que les financements nĂ©cessaires Ă l’adaptation climatique sont estimĂ©s par la Commission europĂ©enne Ă 100 milliards par an, elle avance pour l’instant une contribution dĂ©risoire.Â
Les conclusions du dernier Conseil europĂ©en Ă©voquent la comptabilisation de cette aide environnementale par le mĂŞme canal OCDE que l’aide publique au dĂ©veloppement. Je ne peux m’empĂŞcher d’y voir la volontĂ© de confondre les indicateurs afin d’atteindre artificiellement les 0,7% du PIB rĂ©clamĂ©s par l’ONU pour l’aide au dĂ©veloppement.Â
D’autre part, l’engagement pris par les Etats-membres d’atteindre en 2010 0,51% de leur PIB pour le dĂ©veloppement a Ă©tĂ© purement et simplement abandonnĂ© dans les conclusions du Conseil europĂ©en.
La pression de la France, aux cĂ´tĂ©s de l’Italie a Ă©tĂ© mise en avant. Qu’en est-il?
Je vous demande sur ces deux points, Monsieur le ministre, des réponses précises.
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Pour conclure, je crains que l’orientation libĂ©rale que je viens de dĂ©noncer ne soit renforcĂ©e par les nouvelles institutions du TraitĂ© de Lisbonne. Son adoption laborieuse, contre l’avis de plusieurs peuples europĂ©ens est une atteinte aux principes dĂ©mocratiques rarement observĂ©e.
L’entrĂ©e en vigueur de ce TraitĂ© ne lĂ©gitime en rien ce tour de force orchestrĂ© par les libĂ©raux-conservateurs et les socialistes europĂ©ens. En fait d’une Europe stable et incarnĂ©e, des personnages effacĂ©s reprĂ©senteront dĂ©sormais l’Union, sans que les citoyens europĂ©ens aient daignĂ©s ĂŞtre consultĂ©s. Ces personnages, choisis par les Etats au terme de marchandages politiciens opposĂ©s Ă l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral, demeureront n’en doutons pas les instruments de ceux qui les ont nommĂ©s.
LestĂ© d’un PrĂ©sident du Conseil favorable Ă la libertĂ© du marchĂ©, d’une reprĂ©sentante extĂ©rieure britannique qui a soutenu la guerre en Irak, l’espoir d’une Europe au service des peuples semble durablement enterrĂ©.
Les députés communistes et républicains continueront de défendre ce principe.











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