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Oui Ă  un service citoyen universel !

4 fĂ©vrier 2010 143 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

Le projet de crĂ©ation d’un service citoyen universel permettant Ă  tous les jeunes de se mettre au service de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral, de faire vivre la solidaritĂ©, et de connaĂ®tre une expĂ©rience enrichissante de brassage social, me semble plus indispensable que jamais, devant le dĂ©litement de la sociĂ©tĂ©, la montĂ©e de l’individualisme et d’un système Ă©conomique engendrant de terribles inĂ©galitĂ©s et promouvant l’unique recherche du profit.

En marge de la discussion ce 4 fĂ©vrier Ă  l’AssemblĂ©e nationale d’une loi crĂ©ant un service volontaire, très limitĂ© dans son ambition et destinĂ© avant toute chose Ă  masquer le chĂ´mage des jeunes, j’ai adressĂ© Ă  tous les dĂ©putĂ©s la contribution suivante :

Oui Ă  un service citoyen universel !

Contribution du Député François ASENSI

L’inscription Ă  l’ordre du jour parlementaire d’une proposition de loi sĂ©natoriale sur le « service civique » soutenue par le Gouvernement a le mĂ©rite d’ouvrir un dĂ©bat indispensable, malgrĂ© un contenu et des objectifs en deçà de l’ambition que nous nourrissons pour ce projet.

Depuis la suppression du service militaire en 1997, fin d’une parenthèse historique au cours de laquelle l’Etat-nation s’adossait Ă  une armĂ©e de citoyens, un consensus s’est peu Ă  peu forgĂ© autour de la nĂ©cessitĂ© de maintenir un creuset rĂ©publicain, rĂ´le que remplissait la conscription, certes partiellement. Pour des motifs bien diffĂ©rents, la crise des banlieues de 2005 et le sĂ©isme tragique en HaĂŻti ont encore renforcĂ© ce besoin de cohĂ©sion sociale et les vellĂ©itĂ©s d’engagement au service de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral dans le cadre d’un service civique, sans pour autant trancher dans ses finalitĂ©s, ni ses modalitĂ©s.

Ce dĂ©bat doit dĂ©sormais aller Ă  son terme, en rĂ©unissant les propositions de l’ensemble des forces politiques, mais Ă©galement en associant toutes les composantes de la sociĂ©tĂ© civile, sans lesquelles aucune adhĂ©sion Ă  ce projet ne pourra voir le jour.

Sur un sujet qui concerne l’ensemble de la Nation, nulle option ne doit ĂŞtre Ă©cartĂ©e d’autoritĂ©. L’instauration d’un service citoyen, sur une base obligatoire, et guidĂ© par l’objectif de mixitĂ© sociale me semble pourtant Ă©vacuĂ©e du champ des possibles, sans un examen sĂ©rieux. MalgrĂ© les rapports d’experts concluant Ă  sa faisabilitĂ©, la seule mise Ă  l’Ă©tude de cette option par le Gouvernement, proposĂ©e par le SĂ©nat, a Ă©tĂ© repoussĂ©e en commission.

Mesdames et messieurs les parlementaires, ne nous interdisons pas d’imaginer un projet de service citoyen ambitieux et novateur, ne laissons pas cette opportunitĂ© rare accoucher d’une rĂ©forme mineure.

Une proposition de loi insuffisante et peu protectrice

La proposition de loi sur le service civique dĂ©posĂ©e le 28 octobre 2009 entretient la confusion en attribuant le vocable « civique » Ă  un dispositif qui s’apparente Ă  un simple toilettage du volontariat. Un volontariat qui s’Ă©rigerait en nouveau statut, certes plus favorable en terme de rĂ©munĂ©ration et de statut que le bĂ©nĂ©volat ou le stage, mais sans les garanties d’un contrat de travail. Si les associations soutiennent lĂ©gitimement ce dĂ©veloppement massif du volontariat, peu de garantie sont prises pour que ce service volontaire n’entre pas en concurrence avec les 1,9 millions d’emplois salariĂ©s du secteur associatif, sous la forme d’un sous-salariat.

Ce service volontaire, accessible Ă  partir de 16 ans et sans limitation d’âge, pourrait en effet servir de voie de garage masquant le chĂ´mage des jeunes sans formation et des chĂ´meurs en fin de droits, dont le nombre augmente fortement depuis la crise Ă©conomique.

En dĂ©lestant l’Etat du rĂ´le de formation et d’accès Ă  la citoyennetĂ© au profit des associations, la proposition de loi ne traduit aucunement dans son dispositif les objectifs de mixitĂ© et de cohĂ©sion sociale par ailleurs avancĂ©s. Comment un brassage social pourrait s’exercer, dans un dispositif ou les volontaires se trouveront peu ou prou dissĂ©minĂ©s dans des structures d’accueil pour accomplir leur mission d’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral?

La nĂ©cessitĂ© d’un service obligatoire pour faire vivre le brassage social et l’Ă©galitĂ© des chances

Le constat d’un dĂ©litement des solidaritĂ©s traditionnelles est, je le crois, indĂ©niable : la famille est Ă©branlĂ©e par des mutations majeures, quand le champ politique souffre de l’essoufflement du syndicalisme et du rĂ´le des partis. La RĂ©publique perd inexorablement de sa surface devant l’essor de l’individualisme et des intĂ©rĂŞts particuliers.

Ce constat n’appelle pourtant pas au renoncement : de nouvelles formes de solidaritĂ© Ă©mergent, l’ampleur du tissu associatif français en tĂ©moigne. Il convient de les conforter en crĂ©ant un service citoyen dans lequel le don de soi, de son temps et de son Ă©nergie au service de la Nation serait l’axe prioritaire. De nombreux champs d’activitĂ© essentiels ne sont pas couverts par le marchĂ©, faute d’ĂŞtre rentable, sans ĂŞtre pour autant pris en charge de manière satisfaisante par les services publics : l’environnement, l’humanitaire, l’aide Ă  la personne sont des gisements Ă  dĂ©fricher pour amĂ©liorer le vivre ensemble.

L’instauration d’un service obligatoire me semble indispensable pour recrĂ©er un lieu de brassage social, un lieu de rencontre de la RĂ©publique avec elle-mĂŞme. De profondes fractures, hĂ©ritĂ©es principalement de l’essor du capitalisme, se maintiennent dans notre sociĂ©tĂ© : entre les campagnes et les banlieues, entre les classes aisĂ©es, diplĂ´mĂ©es et les classes dĂ©favorisĂ©es, entre les français et les français d’origine Ă©trangères, entre les hommes et les femmes. L’atomisation de la sociĂ©tĂ© en de multiples « bulles sociales » s’approfondit et soutient toutes les inĂ©galitĂ©s. L’apprentissage du vivre ensemble dans le respect des diffĂ©rences, notamment culturelles, est en panne.

Pour rĂ©affirmer l’appartenance Ă  une mĂŞme communautĂ© politique, le service citoyen doit impĂ©rativement mettre l’accent sur la mobilitĂ©, tant gĂ©ographique que sociale. Il doit offrir Ă  la jeunesse l’opportunitĂ© de rencontrer un autre environnement, et de cette manière rĂ©tablir quelque peu le principe malmenĂ© d’Ă©galitĂ© des chances, au coeur de notre RĂ©publique.

InĂ©vitablement, le caractère volontaire du service civique entraĂ®nerait une distorsion dans le recrutement des jeunes, excluant particulièrement les jeunes entrĂ©s tĂ´t dans le monde du travail, notamment après un enseignement technique, et les jeunes hautement diplĂ´mĂ©s. Sans une agence d’orientation dĂ©pendant directement de l’Etat, le risque est grand de favoriser la reproduction des trajectoires sociales.

L’idĂ©e d’imposer Ă  une classe d’âge un temps d’engagement au service de la collectivitĂ© ne me semble aucunement surannĂ©e. Cette proposition peut ĂŞtre acceptĂ©e par la jeunesse, pour peu que ce dispositif soit clairement dĂ©liĂ© de l’ancien service national et ne se prĂ©sente pas comme une brimade, mais une opportunitĂ© valorisante dans le parcours des jeunes.

Alors que le caractère obligatoire d’un tel service civique figurait dans les programmes des candidats Ă  la prĂ©sidentielle de 2007, notamment dans celui de l’actuel PrĂ©sident de la RĂ©publique, et que les PrĂ©sidents des groupes parlementaires majoritaires s’y sont Ă©galement dĂ©clarĂ©s favorables, il est incomprĂ©hensible que nous restions au milieu du guĂ©, en repoussant cette disposition aux calendes grecques.

La République doit investir dans sa jeunesse

En rĂ©alitĂ©, cet ambitieux projet de sociĂ©tĂ©, objet d’une relatif consensus politique, achoppe principalement sur sa dimension financière, le Gouvernement se refusant Ă  investir massivement au profit de l’avenir de notre jeunesse. L’intĂ©gration de l’ensemble d’une classe d’âge au service de missions d’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral coĂ»terait certes plusieurs milliards par an, et dĂ©passerait de loin les 40 millions annoncĂ©s pour le service civique en 2010. Mais d’autres pays ont consenti un tel effort. Cet investissement permettrait des conditions matĂ©rielles satisfaisantes Ă  ces jeunes. Il crĂ©erait des lieux de formation citoyenne oĂą ils pourraient se confronter aux valeurs rĂ©publicaines et se voir offrir les instruments d’une citoyennetĂ© effective (connaissances juridiques, santĂ©, permis de conduire…). Cela suppose, Ă  l’Ă©vidence, une structure publique du service civique dotĂ©e de rĂ©elles compĂ©tences et des moyens Ă  la hauteur.

Un service citoyen universel s’appuierait ainsi sur :


- Un engagement obligatoire de 6 mois, sĂ©cable en pĂ©riode de deux mois pour s’adapter aux rythmes de vie salariĂ© et Ă©tudiant, se composant d’une pĂ©riode de formation et d’une pĂ©riode de mise Ă  disposition;
- Un public mixte de jeunes de 18 Ă  28 ans;
- Une pĂ©riode de formation de deux mois minimum, assurĂ©e par l’Etat, offrant une remise Ă  jour des outils indispensables Ă  la citoyennetĂ© (Ă©ducation juridique, Ă©ducation Ă  la santĂ©, obtention du permis de conduire), et une rĂ©orientation professionnelle au terme d’un bilan de compĂ©tences.
- Une pĂ©riode de mise Ă  disposition dans des associations ou structures publiques françaises ou europĂ©ennes, dans les domaines de l’environnement, l’humanitaire, l’aide Ă  la personne, la dĂ©fense des droits, d’une durĂ©e de quatre mois, Ă©vitant la concurrence avec l’emploi salariĂ©. Ce volet exprimerait les idĂ©aux de solidaritĂ©, de cohĂ©sion sociale et d’ouverture sur le monde.
- Une prise en charge matérielle ou financière assurée pour moitié par l’Etat, et par la structure d’accueil, garantissant au jeune un niveau de vie décent;
- La création d’un organisme d’Etat en charge de l’encadrement du service civique et de l’orientation des jeunes vers des structures d’accueil.

Ce débat autour du service civique mérite assurément mieux que l’adoption en catimini d’une proposition de loi minimaliste. Alors que l’opinion se polarise sur des débats stériles autour d’une définition de l’identité nationale ou d’une législation anti-burqa, poursuivons un débat sincère et large autour de ce sujet qui le mérite véritablement.
Faisons de ce projet de service citoyen universel, ambitieux et solidaire, une rĂ©alitĂ© lors de sa discussion en sĂ©ance publique Ă  l’AssemblĂ©e nationale.

François ASENSI
Député de Seine-Saint-Denis
Maire de Tremblay-en-France

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