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Contribution Ă  la refondation de la gauche

2 juillet 2007 2 698 vues 4 commentaires Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

Je vous joins ici ma contribution dans le dĂ©bat sur la refondation de la gauche. Cette question que je porte, avec d’autres et depuis longtemps, ne peut plus ĂȘtre contournĂ©e aujourd’hui. Je vous invite Ă  vous investir dans les rĂ©flexions en cours et Ă  rĂ©agir Ă  mes propositions.

Nous avons besoin d’une nouvelle force de transformation sociale qui accepte d’assumer avec responsabilitĂ© toutes ses positions

Dans une Ă©conomie globalisĂ©e oĂč les budgets publics sont en recul, oĂč la dette s’accumule, la gauche française peut-elle procĂ©der Ă  des rĂ©formes progressistes fondĂ©es sur ses valeurs fondamentales et faire avancer la sociĂ©tĂ©, ou est-elle condamnĂ©e Ă  une posture de dĂ©fense et Ă  rĂ©duire son action, sans prise sur le monde tel qu’il est et l’évolution des sociĂ©tĂ©s ?
Dans ce cas, inexorablement, elle sera amenĂ©e Ă  n’offrir aucune perspective de transformation sociale et Ă  abandonner toute rĂ©forme positive pour la sociĂ©tĂ©. Elle devra vivre sur ses seuls acquis. Combien de temps, et pour quoi faire ?

Le rĂ©sultat de l’élection prĂ©sidentielle Ă©tait largement prĂ©visible. J’ai eu l’occasion lors d’un entretien que j’ai eu avec MG Buffet en avril 2006 de dire la nasse dans laquelle Ă©tait enfermĂ© le parti communiste. Le vote utile naturellement a jouĂ©, et aussi une image passĂ©iste fondĂ©e sur une conception Ă©triquĂ©e de l’identitĂ©, coupĂ©e des rĂ©alitĂ©s de la sociĂ©tĂ© française.
Nous avons besoin d’une nouvelle force porteuse des valeurs anti-libĂ©rales et de transformation sociale. Cette force ne saurait ĂȘtre le fruit de tractations au sommet, d’arrangements d’appareils. Elle doit ĂȘtre enfantĂ©e par un dĂ©bat citoyen sans prĂ©cĂ©dent dans le pays, dĂ©bat sur lequel s’appuieraient les formations politiques existantes dont le propre dĂ©passement est aujourd’hui une nĂ©cessitĂ© absolue.

Cette formation doit ĂȘtre suffisamment attractive pour dĂ©placer vers la gauche le centre de gravitĂ© de l’opinion.

Devra-t-elle s’engager dans un systĂšme rigide d’alliance comme le fut l’union de la gauche ? Je ne le crois pas. Il est vain de persister comme l’a fait la direction du PCF, Ă  vouloir faire changer la gauche actuelle. Cette posture a fait croire aux communistes que le parti socialiste pouvait s’engager dans une politique de rupture avec le libĂ©ralisme, et qu’il suffisait de reconstituer un bloc de la gauche unie. En somme reconstituer des alliances identiques Ă  celles des annĂ©es qui sont aujourd’hui arrivĂ©es en fin de cycle et ont conduit la gauche dans l’impasse.

Il ne s’agit pas pour moi de diaboliser le parti socialiste. Mais cessons de rĂȘver en France Ă  une gauche unie majoritaire sur un programme de rupture avec le libĂ©ralisme.

Je ne crois pas non plus Ă  la constitution d’un grand parti de la gauche, calquĂ© sur le modĂšle de parti dĂ©mocrate amĂ©ricain et allant, pour simplifier, de Strauss Kahn Ă  Besancenot. Les tenants d’une ligne de rupture avec le libĂ©ralisme y seraient immanquablement marginalisĂ©s et ne pĂšseraient rien dans les choix les plus cruciaux.

Il est dans la nature des choses que les familles de pensĂ©e social-libĂ©rale retrouvent un espace politique identitaire. Ce que j’appellerai un pĂŽle du centre.

A cotĂ© de ce pĂŽle, l’existence d’une force de transformation sociale doit nous permettre de rompre avec le bi-partisme, dont les consĂ©quences nĂ©gatives pour la dĂ©mocratie sont loin d’avoir toutes Ă©tĂ© Ă©valuĂ©es Ă  leur juste niveau.

Avec l’existence d’un pĂŽle libĂ©ral et conservateur qui avec un tiers des voix prĂ©empte tous les rouages de l’Etat, deux autres grands pĂŽles ont vocation Ă  se constituer et Ă  structurer la vie politique française : un pĂŽle de centre gauche et un pĂŽle de transformation sociale.

Dans une telle perspective, il est évident que toutes les lignes politiques actuelles seront conduites à bouger pour reconstituer les familles de pensées en adéquation avec la société française.

RĂ©duire la vie politique d’une nation Ă  deux blocs antagonistes qui s’opposent est une forme dĂ©passĂ©e de la vie publique. Nos sociĂ©tĂ©s sont devenues trop complexes. Les rĂ©formes et avancĂ©es dĂ©mocratiques concernant des sujets aussi divers que l’économie, les questions de sociĂ©tĂ©, les libertĂ©s dĂ©mocratiques impliquent des approches non manichĂ©ennes.

Il nous faut donc ĂȘtre capables tout Ă  la fois d’avoir une stratĂ©gie et des objectifs clairs dans la lutte contre le libĂ©ralisme et pour la transformation sociale, et de prendre nos responsabilitĂ©s immĂ©diates dans un certain nombre de domaines.

Ce fut d’ailleurs le cas dans d’autres pĂ©riodes de notre histoire. Je pense notamment Ă  l’élaboration du programme du Conseil National de la rĂ©sistance, Ă  la lutte contre la CommunautĂ© europĂ©enne de dĂ©fense, au vote de la loi sur l’IVG Ă  l’assemblĂ©e nationale, Ă  l’abolition de la peine de mort, etc. Une nouvelle formation qui fonderait sa philosophie sur le progrĂšs social pourrait en toutes circonstances, faire valoir une identitĂ© progressiste et antilibĂ©rale constructive.

C’est ce type de rĂ©flexion qu’avait eu Enrico Berlinguer en l’Italie, aprĂšs le coup d’Etat au Chili en 1973. Il ne s’agit en aucun cas de prĂŽner ce modĂšle qui n’est absolument pas transposable France. Il ne s’agit pas non plus de prĂŽner un quelconque consensus entre le libĂ©ralisme et les forces de transformation sociale.

Mais il s’avĂšre que le bi-partisme en France, grĂące auquel deux formations politiques et seulement deux ont accĂšs Ă  la responsabilitĂ© suprĂȘme, et dont la victoire de l’une entraĂźne structurellement l’ensemble de la vie institutionnelle, a Ă©tĂ© pour le PCF aussi pĂ©nalisant que l’incapacitĂ© de ses dirigeants Ă  faire preuve d’innovation politique.

Refuser la politique de blocs suppose Ă©galement que sur la question essentielle de la dĂ©mocratie, comme celle de la nĂ©cessitĂ© d’une sixiĂšme rĂ©publique qui redonne toute sa place aux assemblĂ©es Ă©lues et promeut le pluralisme, une telle formation pourra et devra s’allier avec d’autres forces pour constituer des majoritĂ©s politiques dans le pays et non pas seulement des majoritĂ©s parlementaires.

Il est salutaire que sur cette question de la dĂ©mocratie, se forme un front trĂšs large si nous voulons sortir de cette politique de blocs, rĂ©ductrice, pour s’opposer Ă  la main mise de l’UMP sur tous les rouages de l’Etat.

En rĂ©sumĂ©, cette nouvelle force politique de transformation sociale que j’appelle de mes voeux ne doit pas se contenter de camper sur ses positions. Elle doit faire preuve de fermetĂ© et de clartĂ© dans ses objectifs et sa stratĂ©gie, et sans rien cĂ©der sur le fond, se montrer capable de faire bouger concrĂštement la sociĂ©tĂ© en suscitant l’Ă©mergence de majoritĂ©s politiques sur de grandes questions de sociĂ©tĂ©.

Il y a urgence. La situation actuelle de la gauche, l’Ă©tiolement de la dĂ©mocratie ne peuvent nous laisser indiffĂ©rents. C’est chaque dirigeant, chaque responsable politique de gauche ou d’extrĂȘme gauche qui est interpellĂ© individuellement. Personne ne doit se rĂ©fugier derriĂšre l’absence de rĂ©ponse collective pour justifier son inaction. Un peu de courage, camarades !

4 commentaires »

  • Gis a écrit :

    EntiĂšrement d’accord avec toi. Ton analyse est juste mais je crois que ce chantier sera trĂšs difficile Ă  mener vu les rĂ©actions de certains et les vieux rĂ©flexes identitaires toujours en place. J’ai l’impression parfois que certains au PC et ailleurs ont oubliĂ© que la politique c’est avant tout des idĂ©es et que les structures partisanes ne sont que des moyens…

  • Vincent Carel a écrit :

    Il y a aujourd’hui en France davantage de partis anti-libĂ©raux que de partis dans tout le reste du spectre politique et chacun de ces partis se prĂ©tend le seul et unique parti vĂ©ritablement anti-libĂ©ral. Le seul acte politique dont se montrent capables les innombrables groupuscules anti-libĂ©raux c’est de se vouer rĂ©ciproquement aux gĂ©monies. Cela dit l’espoir fait vivre et chacun est libre de croire Ă  l’union anti-libĂ©rale qui transcende tous les clivages (quid de la gauche anti-dĂ©mocratique?): il y a bien des gens qui croient qu’ils ingĂšrent le corps du christ tous les dimanches matins ou d’autres qui croient qu’un arriviste sans scrupule a reçu la parole divine en bavassant avec son Ăąne dans le dĂ©sert d’Arabie…

  • Charles Robertan a écrit :

    C’est sĂ»r qu’il est plus facile de ne rien tenter cher Vincent Carel…mais je crois que tu n’a pas saisi complĂštement ce que veux dire le dĂ©putĂ© Asensi: il ne parle pas d’union de toutes les forces antilibĂ©rales, il n’a sans doute pas la naĂŻvetĂ© de le penser, mais il parle de crĂ©er un pĂŽle de transformation sociale ouvert a priori Ă  tous les hommes de gauche mais qui dans la pratique va s’adresser Ă  ceux qui s’attachent plus Ă  la dĂ©fense des idĂ©aux de gauche qu’aux structures partisanes.

    Il ne s’agit donc pas d’unir les vieilles boutiques antilibĂ©rales mais de les dĂ©passer, de les marginaliser, en somme de les rendre inutiles et inaudibles…

    C’est un travail consĂ©quent certes mais qui Ă  mon sens est beaucoup plus intĂ©ressant et beaucoup plus crĂ©dible que de rĂ©concilier et faire travailler ensemble LO, LCR et PCF…

  • Nicole DuboĂ© a écrit :

    Ils ont osĂ©s!!! Enfin, un front anti-Sarkozien va se lever Ă  gauche. MGB, FH, OB, …. ça y est ils sont d’accord ils vont lutter de concert contre la politique de Sarko et sa bande…. Affligeant, je ne vois pas d’autre mot pour qualifier ces grandes manoeuvres politiques. Une fois de plus, ils n’ont rien compris. Ce n’est plus de discussion de parti dont nous voulons, mais d’une vrai refondation de la gauche, de vrais propositions de transformation sociale. Certes, cela ne pourra pas se faire sans structure, mais que celles qui existent ouvrent grand leur porte Ă  celle et ceux qui croient encore qu’une autre politique pour notre pays, pour l’europe est possible. RĂ©sister s’est bien, mais exister s’est encore mieux. Que le PC arrĂȘte ses luttes d’appareil et considĂšre enfin tous les siens avec le mĂȘme Ă©gard, mĂȘme s’ils ne sont pas porteur de « l’orthodoxie » du parti. Le PC meurt Ă  petit feu, et on continu de faire semblant de croire que demain tout ira mieux. Pour moi, le choix est fait. Je serais au cĂŽtĂ© de ceux qui ont la volontĂ© de changer rĂ©ellement les choses. Si ce n’est pas avec le PC que l’on avance ce sera avec d’autre. Oui tu as raison Gis la politque ce sont d’abord des idĂ©es, l’appareil un moyen de la mettre en mouvement. J’ose aujourd’hui espĂ©rer, que comme François nous serons assez nombreux pour avoir le courage de changer les choses. Ne vous y trompez pas, nous sommes toujours communistes.

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