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Contribution à la refondation de la gauche

Je vous joins ici ma contribution dans le débat sur la refondation de la gauche. Cette question que je porte, avec d’autres et depuis longtemps, ne peut plus être contournée aujourd’hui. Je vous invite à vous investir dans les réflexions en cours et à réagir à mes propositions.

Nous avons besoin d’une nouvelle force de transformation sociale qui accepte d’assumer avec responsabilité toutes ses positions

Dans une économie globalisée où les budgets publics sont en recul, où la dette s’accumule, la gauche française peut-elle procéder à des réformes progressistes fondées sur ses valeurs fondamentales et faire avancer la société, ou est-elle condamnée à une posture de défense et à réduire son action, sans prise sur le monde tel qu’il est et l’évolution des sociétés ?
Dans ce cas, inexorablement, elle sera amenée à n’offrir aucune perspective de transformation sociale et à abandonner toute réforme positive pour la société. Elle devra vivre sur ses seuls acquis. Combien de temps, et pour quoi faire ?

Le résultat de l’élection présidentielle était largement prévisible. J’ai eu l’occasion lors d’un entretien que j’ai eu avec MG Buffet en avril 2006 de dire la nasse dans laquelle était enfermé le parti communiste. Le vote utile naturellement a joué, et aussi une image passéiste fondée sur une conception étriquée de l’identité, coupée des réalités de la société française.
Nous avons besoin d’une nouvelle force porteuse des valeurs anti-libérales et de transformation sociale. Cette force ne saurait être le fruit de tractations au sommet, d’arrangements d’appareils. Elle doit être enfantée par un débat citoyen sans précédent dans le pays, débat sur lequel s’appuieraient les formations politiques existantes dont le propre dépassement est aujourd’hui une nécessité absolue.

Cette formation doit être suffisamment attractive pour déplacer vers la gauche le centre de gravité de l’opinion.

Devra-t-elle s’engager dans un système rigide d’alliance comme le fut l’union de la gauche ? Je ne le crois pas. Il est vain de persister comme l’a fait la direction du PCF, à vouloir faire changer la gauche actuelle. Cette posture a fait croire aux communistes que le parti socialiste pouvait s’engager dans une politique de rupture avec le libéralisme, et qu’il suffisait de reconstituer un bloc de la gauche unie. En somme reconstituer des alliances identiques à celles des années qui sont aujourd’hui arrivées en fin de cycle et ont conduit la gauche dans l’impasse.

Il ne s’agit pas pour moi de diaboliser le parti socialiste. Mais cessons de rêver en France à une gauche unie majoritaire sur un programme de rupture avec le libéralisme.

Je ne crois pas non plus à la constitution d’un grand parti de la gauche, calqué sur le modèle de parti démocrate américain et allant, pour simplifier, de Strauss Kahn à Besancenot. Les tenants d’une ligne de rupture avec le libéralisme y seraient immanquablement marginalisés et ne pèseraient rien dans les choix les plus cruciaux.

Il est dans la nature des choses que les familles de pensée social-libérale retrouvent un espace politique identitaire. Ce que j’appellerai un pôle du centre.

A coté de ce pôle, l’existence d’une force de transformation sociale doit nous permettre de rompre avec le bi-partisme, dont les conséquences négatives pour la démocratie sont loin d’avoir toutes été évaluées à leur juste niveau.

Avec l’existence d’un pôle libéral et conservateur qui avec un tiers des voix préempte tous les rouages de l’Etat, deux autres grands pôles ont vocation à se constituer et à structurer la vie politique française : un pôle de centre gauche et un pôle de transformation sociale.

Dans une telle perspective, il est évident que toutes les lignes politiques actuelles seront conduites à bouger pour reconstituer les familles de pensées en adéquation avec la société française.

Réduire la vie politique d’une nation à deux blocs antagonistes qui s’opposent est une forme dépassée de la vie publique. Nos sociétés sont devenues trop complexes. Les réformes et avancées démocratiques concernant des sujets aussi divers que l’économie, les questions de société, les libertés démocratiques impliquent des approches non manichéennes.

Il nous faut donc être capables tout à la fois d’avoir une stratégie et des objectifs clairs dans la lutte contre le libéralisme et pour la transformation sociale, et de prendre nos responsabilités immédiates dans un certain nombre de domaines.

Ce fut d’ailleurs le cas dans d’autres périodes de notre histoire. Je pense notamment à l’élaboration du programme du Conseil National de la résistance, à la lutte contre la Communauté européenne de défense, au vote de la loi sur l’IVG à l’assemblée nationale, à l’abolition de la peine de mort, etc. Une nouvelle formation qui fonderait sa philosophie sur le progrès social pourrait en toutes circonstances, faire valoir une identité progressiste et antilibérale constructive.

C’est ce type de réflexion qu’avait eu Enrico Berlinguer en l’Italie, après le coup d’Etat au Chili en 1973. Il ne s’agit en aucun cas de prôner ce modèle qui n’est absolument pas transposable France. Il ne s’agit pas non plus de prôner un quelconque consensus entre le libéralisme et les forces de transformation sociale.

Mais il s’avère que le bi-partisme en France, grâce auquel deux formations politiques et seulement deux ont accès à la responsabilité suprême, et dont la victoire de l’une entraîne structurellement l’ensemble de la vie institutionnelle, a été pour le PCF aussi pénalisant que l’incapacité de ses dirigeants à faire preuve d’innovation politique.

Refuser la politique de blocs suppose également que sur la question essentielle de la démocratie, comme celle de la nécessité d’une sixième république qui redonne toute sa place aux assemblées élues et promeut le pluralisme, une telle formation pourra et devra s’allier avec d’autres forces pour constituer des majorités politiques dans le pays et non pas seulement des majorités parlementaires.

Il est salutaire que sur cette question de la démocratie, se forme un front très large si nous voulons sortir de cette politique de blocs, réductrice, pour s’opposer à la main mise de l’UMP sur tous les rouages de l’Etat.

En résumé, cette nouvelle force politique de transformation sociale que j’appelle de mes voeux ne doit pas se contenter de camper sur ses positions. Elle doit faire preuve de fermeté et de clarté dans ses objectifs et sa stratégie, et sans rien céder sur le fond, se montrer capable de faire bouger concrètement la société en suscitant l’émergence de majorités politiques sur de grandes questions de société.

Il y a urgence. La situation actuelle de la gauche, l’étiolement de la démocratie ne peuvent nous laisser indifférents. C’est chaque dirigeant, chaque responsable politique de gauche ou d’extrême gauche qui est interpellé individuellement. Personne ne doit se réfugier derrière l’absence de réponse collective pour justifier son inaction. Un peu de courage, camarades !