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Contribution : mon engagement au PCF

29 mars 2010 4 487 vues 5 commentaires Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

Je tenais Ă  vous faire part de mon point de vue sur l’avenir de la gauche et mon engagement au sein du PCF, qui traverse une pĂ©riode charniĂšre de son histoire. Faute d’une matrice et d’une stratĂ©gie lisible, les derniĂšres Ă©lections rĂ©gionales ont confirmĂ© la marginalisation de la gauche de transformation sociale face au couple PS/Europe Ă©cologie. Il s’agit d’en prendre toute la mesure, pour ne pas s’y rĂ©soudre !

Bonne lecture.

 

Contribution

« La sĂ©quence Ă©lectorale des rĂ©gionales marque une nouvelle phase de marginalisation, mais ne peut rĂ©sumer Ă  elle seule l’impuissance du Parti communiste français Ă  influer sur l’évolution de la gauche française.

Le dĂ©clin inexorable de la formation communiste est inscrit depuis de longues annĂ©es dans une sorte d’autisme politique qui rĂ©duit le champ de sa pensĂ©e Ă  une nostalgie, l’enferme dans une puissance passĂ©e et la condamne aux alliances Ă©lectorales en position minoritaire, hier la gauche «plurielle», demain peut-ĂȘtre une gauche «solidaire».

L’absence de visĂ©e transformatrice, de projets, de stratĂ©gie politique, tout cela rĂ©vĂšle la perte de substance intellectuelle de cette formation dont l’objectif principal semble ĂȘtre d’assurer la survie d’une structure.

Alors qu’un dĂ©bat pluraliste s’exprime dans toutes les formations politiques et concourt Ă  leur rayonnement, ce dĂ©bat pluraliste est considĂ©rĂ© par les dirigeants actuels comme une plaie qu’il faut cautĂ©riser.

Ce choix mutilant a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© au dernier congrĂšs du Parti communiste et a eu pour consĂ©quence d’éliminer toute contestation, toute proposition qui n’entrait pas dans le logiciel officiel. Il en a rĂ©sultĂ© Ă©galement la marginalisation, si ce n’est l’élimination, de tous les camarades porteurs d’options alternatives.

L’esprit de fermeture qui a conduit au refus d’une candidature unitaire de la gauche antilibĂ©rale en 2007 n’a en rien reculĂ© et le lancement du Front de gauche n’a pas interrompu ce cycle. L’ambition initiale d’un front Ă  vocation majoritaire dans la gauche a Ă©tĂ© sacrifiĂ©e sous une composition trop Ă©triquĂ©e et Ă©loignĂ©e de la base.

L’entre-deux tours des Ă©lections rĂ©gionales a ainsi autorisĂ© les responsables du Parti Ă  des combinaisons d’appareil sous couvert de nĂ©gociations. Des mĂ©thodes inqualifiables qui ont conduit Ă  la disparition des listes de tous les candidats qui n’appartenaient pas au prĂ©-carrĂ© de la place du Colonel Fabien.

Dans le mĂȘme temps, la prĂ©sence de militants communistes dans des alliances Ă  gĂ©omĂ©trie variable, au grĂ© des rapports de force rĂ©gionaux, a soulignĂ© l’incohĂ©rence de la stratĂ©gie du Parti communiste. Cet Ă©parpillement a dĂ©finitivement signifiĂ©, je le crois, l’impossibilitĂ© de maintenir l’unanimisme d’un appareil qui se fissure.

***

Sans doute animĂ© par une conviction inĂ©branlable dans un futur solidaire et Ă©mancipateur de l’humanitĂ©, j’ai pensĂ© que la visĂ©e communiste restait l’horizon du Parti communiste français en dĂ©pit de ses comportements Ă©troits, de ses oukases, de ses anathĂšmes.

AprĂšs des annĂ©es de militance, et pour moi des dizaines d’annĂ©es d’engagement pour changer le communisme politique français, je ne peux que constater notre impuissance et plus encore nos Ă©checs.

Changer ne signifiait pas affadir le projet communiste, mais au contraire, le transcender pour en faire une force Ă©thique, un guide pour l’action, une composante indispensable d’une gauche de transformation sociale.

AprĂšs toutes ces annĂ©es, toute avancĂ©e, mĂȘme la plus tĂ©nue, paraĂźt impensable Ă  une structure vieillissante qui se sclĂ©rose et se replie sur elle-mĂȘme. Son corpus idĂ©ologique se rĂ©duit Ă  des slogans du type : « Nous voulons rassembler toute la gauche, il n’existe qu’une seule gauche ». Comme si l’Histoire de France, depuis les LumiĂšres et la RĂ©volution, n’avait pas produit des courants de pensĂ©e divergents, avec d’un cĂŽtĂ© une gauche radicale et de transformation sociale et de l’autre une gauche d’accompagnement, quand ce n’est pas tout simplement une gauche de capitulation.

Naturellement, le dĂ©bat entre ces diffĂ©rents courants de pensĂ©e est nĂ©cessaire, utile et indispensable parce que les forces progressistes doivent trouver le chemin du rassemblement et de l’action pour la transformation sociale.

J’ai toujours pensĂ© que le mĂ©tissage des cultures politiques en dĂ©mocratie Ă©tait source de crĂ©ativitĂ© et d’innovation politique. De la mĂȘme maniĂšre que la prise en compte des parcours militants et le respect des patrimoines les plus divers pouvaient converger en une force nouvelle, capable de changer une sociĂ©tĂ© de plus en plus dure et injuste.

***

Changement : voilà le maßtre-mot de toutes les formations politiques de gauche comme de droite. Mais changer, pour quoi faire ? Changer comment ? Et quelle place accorde-t-on au citoyen dans ce processus ?

La question de la radicalitĂ© mĂ©rite une nouvelle fois d’ĂȘtre abordĂ©e. Mais en l’espĂšce, il s’agit moins d’en adopter la posture, en guise de slogan qui nous diffĂ©rencierait des politiques d’accompagnement du libĂ©ralisme, que d’affirmer la radicalitĂ© d’un projet Ă©mancipateur. Si, comme je le crois nous traversons une urgence sociale, si le tocsin Ă©cologique sonne pour  l’avenir de la planĂšte, si les discriminations gangrĂšnent le lien social, si la dĂ©mocratie recule devant l’individualisme forcenĂ© et le dogme de la compĂ©tition, si la domination du capital Ă©crase toute rĂ©invention de la place du travail, alors oui il faut changer de sociĂ©tĂ©.

Comment imaginer que l’explosion des inĂ©galitĂ©s entre le Nord et le Sud, au sein des pays riches et des pays pauvres, puisse former le socle d’un monde pacifiĂ© et dĂ©mocratique ? Comment concevoir une fin de l’Histoire sur une planĂšte plus que jamais minĂ©e par cette violence ?

Une nouvelle page est Ă  Ă©crire, la sociĂ©tĂ© post-capitaliste est Ă  l’ordre du jour. Il faut la construire dĂšs aujourd’hui. La construire dans les luttes sociales, sociĂ©tales, Ă©cologiques, internationales. Il nous faut affirmer l’ambition d’une gauche de transformation sociale qui conteste l’emprise social-libĂ©rale, qui gagne la bataille des idĂ©es et construise pas Ă  pas une hĂ©gĂ©monie intellectuelle, au sens gramscien du terme.

« Changer de sociĂ©té » est un mot d’ordre que le Parti communiste français a Ă©radiquĂ© de son vocabulaire. Pourtant, c’est bien l’enjeu aujourd’hui avec la crise systĂ©mique du capitalisme. Jamais les thĂšses marxistes n’ont Ă©tĂ© d’une actualitĂ© aussi brĂ»lante. Elles mettent en lumiĂšre ce capitalisme prĂ©dateur qui a financiarisĂ© toutes les activitĂ©s humaines pour ses profits Ă  court terme. Un capitalisme qui spĂ©cule contre les Etats pour rallier les gouvernements Ă  son entreprise de rĂ©gression sociale. Un capitalisme qui n’envisage aucune limite Ă  la marchandisation de l’humain, de sa culture, et de son environnement. Le capitalisme vert, et son avatar, l’écologie de marchĂ©, sont autant de leurres qui ne masquent pas un productivisme sans rivage qui asservit le vivant et meurtri les Ă©cosystĂšmes.

Je veux dire ici que le capitalisme d’État qui se prĂ©tend communiste conduit aux mĂȘmes errements.

***

Changer de sociĂ©tĂ© c’est donner un cap dĂ©mocratique et rĂ©volutionnaire. C’est surtout affirmer haut et fort que le principe de justice, d’égalitĂ© et de libertĂ© doivent ĂȘtre au cƓur de cette sociĂ©tĂ©.

L’abstention massive dans les urnes n’est pas un renoncement, mais un cri de colĂšre contre notre incapacitĂ© Ă  renverser les dominations. Je ne crois pas au rejet de la chose publique, je vois simplement des citoyens qui dĂ©sespĂšrent d’un champ politique pris en otage par l’économie.  Partout, des mobilisations citoyennes Ă©mergent et s’étayent : mouvement des sans, militants de l’écologie, salariĂ©s refusant le chĂŽmage et la prĂ©caritĂ©, associations de lutte contre les discriminations, tous s’engagent pour se rĂ©approprier leur destin, et font politique, au sens premier du terme.

La frontiÚre mortifÚre qui sépare ces luttes sociales du champ politique est un verrou à éliminer.

***

Nous ne pouvons pas nous épuiser à vouloir bouger les choses au PCF. Nous ne pouvons pas, non plus, accorder des excuses à des dirigeants campés sur leurs certitudes.

Je crois que le renouveau politique est Ă  construire ailleurs. J’irai pour ma part vers ces chemins nouveaux avec des convictions bien Ă  gauche, rĂ©volutionnaires parce qu’elles restent plus que jamais communistes. »

François Asensi

 

5 commentaires »

  • Bombel Claude a écrit :

    Quand les blĂ©s sont sous la grĂȘle, fous sont ceux qui font les dĂ©licats…
    Certes on peut critiquer et contester les choix majoritaires du pcf et s’indigner de l’immobilisme de ses dirigeants, mais en France comme ailleurs l’histoire du communisme est celle du pcf. Je ne crois pas Ă  un communisme vivant hors de lui.
    Certes on peut ĂȘtre communiste en dehors mais dans une situation figĂ©e soit Ă  la remorque soit dans la rĂ©pĂ©tition de conflits qui sont anciens et bientĂŽt dĂ©passĂ©s.Le « risque » Ă©tant de se dĂ©couvrir non communiste et bientĂŽt ennemi du communisme, du mouvement du monde.J’ai confiance pour que tu ne cĂšdes pas Ă  des « sirĂšnes » qui ne disent pas leurs intentions.
    Avec mon amitié
    claude

  • Patrice GUILLAUME a écrit :

    François, je retrouve dans ton texte toutes mes interrogations et aussi mes illusions! Moi aussi j’ai pensĂ© que l’on pouvait faire bouger les choses de l’intĂ©rieur, mais je n’y crois plus guĂšre.

    La direction du Pc a bazardĂ© tout le patrimoine culturel, Ă  commencer par le marxisme et la notion mĂȘme de communisme. Entre ceux qui ont choisi Freyche en Languedoc et la direction nationale, il n’y a de diffĂ©rence que dans les considĂ©rations opportunistes sous-jacentes visant Ă  sauver l’appareil.

    Et quant Ă  la diversitĂ©, l’Ă©limination de Mackendie au second tour des rĂ©gionales montre bien que la nomenklatura se contrefout Ă©perdument des qualitĂ©s militantes et politiques. AndrĂ© CHASSEIGNE aurait-il sa place en Ile de France? Je n’en suis pas certain.

    Bref, il nous faut un nouveau « Que faire? »

    Fraternellement

    Patrice GUILLAUME

  • Nicole a écrit :

    Comment ne pas partager ses propos. Si j’Ă©tais adhĂ©rente du PC voilĂ  ce que j’Ă©crirais aux dirigeants de Colonnel Fabien
    Pour une fois au PC, ayez le courage de passer aux actes. ArrĂȘtez de parler d’ouverture et de refondation, et faites lĂ  vraiment.
    Si j’ai votĂ© Front de Gauche au 1er tour des RĂ©gionales, c’est parce que des militants et entre autre François Asensi m’ont convaincue de l’intĂ©rĂȘt de la dĂ©marche. Mais vous, qu’avez vous fait de notre vote ? DerriĂšre toute votre «cuisine d’appareil», je prend celui-ci, je jette celui-lĂ … je trouves qu’il y a lĂ  une forme d’irrespect pour ceux qui vous soutiennent et pour tous ces militants qui se dĂ©foncent sur le terrain.
    Il faut arrĂȘter de penser que tel des petits moutons, nous allons continuer d’aller voter pour des gens qui nous reprĂ©sentent si peu.
    C’est justement parce que le communisme vĂ©hicule d’autres valeurs humanistes qu’il faut vraiment que vous changiez, et que vous reveniez Ă  l’essentiel.
    Quel regard croyez vous que vos fidĂšles compagnons de lutte ont aujourd’hui du PC? Celui d’un parti qui est incapable de se renouveler, de proposer une autre vision de l’avenir et de la politique. Le PC est devenu une banalitĂ© du paysage politique français, ni le monde ouvrier, ni la jeunesse ne croient plus en vous. Et pourtant, ce sont eux qui incarnent le mieux les valeurs que nous portons.

    Je comprend qu’aujourd’hui François Asensi s’interroge sur son avenir au PC. Je ne crois pas que cela soit ni simple, ni facile de quitter un parti qui reprĂ©sente une vie de militantisme. Alors, je me garderais bien de tout jugement.
    Si nous voulons peser politiquement Ă  l’avenir, il faut que nous soyons capables de rassembler bien au delĂ  des partis le vrai peuple de gauche. Non, le communisme n’est pas dĂ©modĂ©, il prend mĂȘme aujourd’hui encore plus de sens tant la crise sociale est grande, et tant le libĂ©ralisme nous Ă©crase.
    Alors soyons rĂ©aliste,exigeons l’impossible!
    Nicole

  • FouĂ©rĂ© StĂ©phane a écrit :

    Bonjour,

    Plus qu’un commentaire, une contribution.

    Stéphane Fouéré
    PCF, communiste refondateur
    membre du comité de section du Mans / Fédération de la Sarthe

    Un nouveau commencement
à l’intĂ©rieur du PCF

    Quelques mots d’introduction pour prĂ©ciser l’intention de mon propos

    D’emblĂ©e je le dis dĂšs maintenant: j’ai beaucoup rĂ©flĂ©chi sur la poursuite de mon encartement au parti communiste français et surtout bien avant cette annonce collective de nouveaux dĂ©parts du PCF : tous les ans se pose pour moi cette mĂȘme question lancinante et qui me taraude : face Ă  de nouveaux coups de massue Ă©lectoraux et de nouvelles crises internes au PCF, je m’interroge, je doute de la pertinence et de l’efficacitĂ© de ma militance communiste au sein d’un appareil qui n’est plus que l’ombre de lui-mĂȘme. Et, sur la mĂȘme lancĂ©e je me dis : partir mais pour aller oĂč sans que cette nouvelle destination n’émiette encore plus la gauche de transformation sociale ? Car, cela, je ne le veux surtout pas.

    1- Ce que je pense des nouveaux départs collectifs annoncés

    Pour moi, je ne le cache pas : tout nouveau dĂ©part de communistes qu’ils soient Ă©lus, cadres, permanents ou militants de base m’ébranle et m’attriste. Je ne m’y rĂ©sous encore pas. Depuis mon adhĂ©sion au PCF il y a plus de 20 ans, j’ai souffert de ces dĂ©parts qui se faisaient soit avant ou pendant les congrĂšs, dans les rĂ©unions de section ou de fĂ©dĂ©ration soit et je pense que c’est le plus grand nombre discrĂštement, sur la pointe des pieds, Ă  la faveur d’un non renouvĂšlement de carte d’adhĂ©sion. J’ai encore en mĂ©moire les dĂ©part d’anciens ministres Charles FITERMAN et Anicet LE PORS, d’intellectuels du monde de la culture, de la recherche. Plus rĂ©cemment, les dĂ©parts publics de Jacques PERREUX et de StĂ©phane GATIGNON qui ont rejoint le mouvement politique Europe Ecologie au moment des Ă©lections rĂ©gionales de mars 2010.
    Il faut bien comprendre que ces dĂ©parts du PCF tout au long de son histoire faite de crises et de dissidences, n’ont jamais Ă©tĂ© des coups de tĂȘte. Ils ont toujours Ă©tĂ© des dĂ©chirements, de vrais deuils avec des Ă©crits qui donnent la pleine intensitĂ© de cette souffrance qui n’a pas toujours donnĂ© lieu Ă  un divorce avec le PCF ou tout au moins avec ses militants sincĂšres qui restaient. Pour toutes ces raisons, je ne jette pas la pierre Ă  tous ces militants qui partent. Je ne les juge pas. Chacun a son histoire et son engagement militant au PCF. Si les trajectoires sont bousculĂ©es, elles sont sensĂ©es et argumentĂ©es mĂȘme lorsqu’elles amĂšnent un ancien militant du PCF Ă  adhĂ©rer Ă  un autre parti ou mouvement politique.

    La nouvelle gĂ©nĂ©ration de dĂ©parts annoncĂ©s me touche au plus profond de mon engagement car la plupart des militants qui s’apprĂȘtent Ă  quitter le PCF ont lancĂ© dans les annĂ©es 1990 le mouvement des Refondateurs Communistes auquel j’ai appartenu dĂšs sa crĂ©ation.

    2- Quelques brùves sur mon histoire et mon parcours militant au PCF 
utiles pour comprendre mon positionnement

    Ce qui a dĂ©clenchĂ© pour moi mon appartenance au PCF en 1988 fut sa campagne contre le rĂ©gime raciste et fasciste de l’Apartheid en Afrique du Sud accompagnĂ© de boycott de produits alimentaires dĂ©marrĂ©e depuis plusieurs annĂ©es. C’est mon engagement antiraciste qui m’a fait adhĂ©rer tout Ă  la fois au MRAP et au PCF.J’avais Ă  l’époque 19 ans et je me retrouvais ĂȘtre le plus jeune dans le comitĂ© de section de Nantes et la FĂ©dĂ©ration de Loire-Atlantique. Mais trĂšs vite, j’ai dĂ©chantĂ©. 1989 : le massacre de la place Tien An Men en Chine, insupportable et rĂ©voltant pour un jeune qui rĂȘve d’humanisme. J’en garde encore en moi une blessure vive qui ne se cicatrisera jamais. Comment, un parti dit « communiste » et donc qui naturellement met au cƓur de son action la valeur de l’ĂȘtre l’humain pour l’amener Ă  son Ă©mancipation, comment un parti communiste se transforme en force autoritaire voire dictatoriale et rĂ©prime dans le sang des lycĂ©ens, Ă©tudiants, salariĂ©s, paysans, fonctionnaires, retraitĂ©s ? Ca, je le l’accepte pas. Cet Ă©vĂ©nement a Ă©tĂ© ma premiĂšre dĂ©chirure et le dĂ©but d’une dissidence interne. C’est partir de ce qui s’est passĂ© en Chine, que je me suis retrouvĂ© Ă  faire une intervention au CongrĂšs FĂ©dĂ©ral de 1990 sur l’état des partis et forces communistes et progressistes dans le monde qui m’a amenĂ© Ă  m’interroger et Ă  demander solennellement au PCF de repenser ses liens avec ces forces politiques dans le monde et l’amener Ă  remettre en cause certaines relations Je me suis alors pris une salve d’insultes. Je me suis fait alors traitĂ© de « rĂ©visionniste », de « liquidateur », de « socio-dĂ©mocrate » et tutti quanti
Ca fait quand-mĂȘme bizarre d’adhĂ©rer tout juste Ă  un parti et de devenir par la force des Ă©vĂ©nements un communiste critique. Et c’est Ă  partir de ces deux premiĂšres annĂ©es au PCF que j’ai dĂ©cidĂ© de vivre mon communisme autrement. J’ai alors dĂ©cidĂ© de donner un sens Ă  mon engagement au PCF pour construire un communisme dĂ©mocratique, humaniste, antiraciste (j’insiste car j’ai cĂŽtoyĂ© au PCF des militants ouvertement racistes et je crois qu’ils n’ont pas totalement disparus…),libre, ouvert sur le rĂ©el et donc sur le mouvement social, sur ce qui fait sociĂ©tĂ©.
    C’est donc tout naturellement que je me suis rapprochĂ© des communistes refondateurs depuis 1989 avec son bulletin puis plus tard sa revue « Futurs ». C’est Ă  ce moment-lĂ  qu’en Loire-Atlantique nous avons crĂ©Ă© avec plusieurs militants de l’agglomĂ©ration nantaise (surtouts Ă  Nantes et Ă  RezĂ©) Futurs 44 et que nous avons travaillĂ© avec Guy HERMIER, Patrick BRAOUEZEC, François ASENSI, Roland FAVARO, Roger MARTELLI, StĂ©phane GATIGNON, StĂ©phane PEU, Patrick VASSALO et bien d’autres. Que de bons souvenirs, fructueux en travail commun ! Dans la foulĂ©e, j’ai signĂ© l’appel paru le 16 avril 1991 dans le quotidien national Le Monde intitulĂ© « REFONDATIONS », un manifeste pour refonder le politique, la gauche et la sociĂ©tĂ©. Nous avons alors lancĂ© le club « Refondations 44 » avec des militants critiques au PCF, au PS, au Verts, au Mouvement des Citoyens de ChevĂšnement, aux Alternatifs, etc
J’ai Ă©tĂ© trĂšs déçu que « Refondations » se fasse « avalĂ© » par la CAP (Convergence pour une alternative Progressiste) qui s’est transformĂ©e en mouvement politique. J’étais pour ma part partisan que « Refondations » reste un club de rĂ©flexion et de production sur les grandes valeurs de la gauche Ă  retravailler (ce qui reste d’ailleurs d’une brĂ»lante actualité  !).

    3- Quel sens je veux donner aujourd’hui à mon engagement politique

    Je vous livre l’état de ma rĂ©flexion aujourd’hui qui s’articule autour de trois grandes orientations pour moi :

     S’engager au PCF c’est pour moi agir pour un communisme refondĂ© qui soit humaniste, libre, antiraciste, citoyen, Ă©cologique et solidaire. Un communisme inscrit dans le rĂ©el, ouvert au mouvement social et de la crĂ©ation, qui sait parler aux jeunes gĂ©nĂ©rations avec un parler « jeune » et plus « vieux-jeu », qui sache « intĂ©grer » les jeunes militants pour ne plus les faire fuir dĂšs la premiĂšre rĂ©union de section. C’est en mĂȘme temps refonder aussi l’appareil car comme l’ont si bien dit des ex-militants du PCF et d’autres qui s’apprĂȘtent Ă  le quitter, la forme parti est en crise. Il devient urgent de requestionner les formes d’engagement aujourd’hui. D’ailleurs tous les partis, mouvements politiques, associatifs et syndicats doivent se regarder en face dans le miroir : de plus en plus de tĂȘtes grisonnantes voire dĂ©jĂ  blanches assistent aux rĂ©unions. Quand ce ne sont pas les mĂȘmes qui se retrouvent dans telle association (et souvent plusieurs Ă  la fois
), tel parti, tel syndicat, tel conseil de quartiers. Qu’est-ce qui fait qu’un jeune aujourd’hui s’engage ou pas ? Je n’ai pas envie que le PCF devienne le parti des vĂ©tĂ©rans


     S’engager en mĂȘme temps dans le mouvement progressiste en France et dans le monde : c’est pour moi travailler avec d’autres, mettre en commun, produire Ă  partir de cultures militantes diffĂ©rentes pour construire des fondations alternatives, citoyennes, solidaires, fĂ©ministes et Ă©cologiques

    Personnellement, j’ai apprĂ©ciĂ© la dĂ©marche du Front de gauche que nous avons-nous, dans la rĂ©gion Pays de la Loire, rĂ©ussi Ă  Ă©largir Ă  d’autres mouvements et partis tels que les Alternatifs, le NPA, la FASE (FĂ©dĂ©ration pour une Alternative Sociale et Ecologique) Socialisme et RĂ©publique. En mĂȘme temps, il ne faut surtout pas en rester Ă  cette construction du Front de Gauche qui ressemble Ă  s’y mĂ©prendre Ă  des cartels de partis et mouvement qui s’agglomĂšrent et se coalisent. C’est un Front de Gauche trĂšs rĂ©ducteur alors qu’il faudrait une construction avec tout ce qui fait la sociĂ©tĂ©. Pour notre rĂ©gion, comme pour les deux autres, c’est un point d’appui qui n’a malheureusement pas donner les effets escomptĂ©s au niveau du rĂ©sultats des RĂ©gionales 2010
Mais, ce n’est pas une raison pour baisser les bras, rentrer chez soi et prĂȘcher pour un PCF autocentrĂ© comme certains le rĂ©clament dĂ©jĂ  parmi notamment les responsables communistes qui ont fait le choix de l’allier dĂšs le premier tour des RĂ©gionales avec l’équipe socialiste sortante
Un des rĂ©sultats en tout cas de ce non choix de la direction nationale du PCF a conduit Ă  des trajectoires Ă  la carte qui donne quand-mĂȘme une forte impression d’un PCF devenu, excusĂ©-moi pour l’image et pour les camarades espagnols, une « auberge espagnole », un PCF qui s’est complĂštement « balkanisĂ© » jusqu’à aboutir Ă  des PCF rĂ©gionalisĂ©s (on l’a vĂ©cu dans les Pays de la Loire avec les trois FĂ©dĂ©rations de Loire-Atlantique, Maine et Loire et Mayenne qui n’ont pas respectĂ© le choix majoritaire pour le Front de Gauche Ă©largi des communistes des cinq dĂ©partements consultĂ©s par vote, et qui ont fait sĂ©cession en monnayant leurs places dĂšs le premier tour sur la liste conduite par le socialiste Jacques AUXIETTE).
     S’engager pour une transformation sociale avec toute la gauche, c’est pour moi ne pas oublier les militants des autres partis de gauche et continuer de travailler avec eux un projet de gauche : socialistes, radiaux de gauche, Mouvement RĂ©publicain et Citoyen ( crĂ©e par Jean-Pierre CHEVENNEMENT) Verts, Europe Ecologie (je ne confonds pas les militants d’Europe Ecologie et Daniel COHN BENDIT), progressistes du MUP crĂ©e par Robert HUE (Mouvement Unitaire Progressiste) qui ont toujours, pour certains, des valeurs de gauche et qui les font vivre souvent avec difficultĂ©s dĂšs lors qu’ils ne sont pas majoritaires dans leur propre part ou mouvement.

    Contrairement à certains de me camarades et amis « communistes unitaires », je ne veux pas parler de « gauche de gauche » à cÎté de « la gauche » représentée par le seul Parti Socialiste ou tout au plus la gauche dite « de gouvernement ».
    Moi, je veux plutĂŽt parler de grands courants historiques de la gauche française traversĂ©s et travaillĂ©s eux-mĂȘmes par des sensibilitĂ©s : les RĂ©publicains, les Socialistes, les Anarchistes, les Utopistes, les Communistes, les Trotskistes, les MaoĂŻstes, les Ă©cologistes,


    C’est Ă  partir de cette volontĂ© de n’exclure Ă -priori aucun courant de la gauche française, que j’ai signĂ© l’appel du Club « Gauche Avenir » initiĂ© par Marie-NoĂ«l LINIEMAN et Paul QUILES et rejoint par des militants communistes (de toutes sensibilitĂ©s, d’ailleurs dont des communistes unitaires), socialistes, Ă©cologistes, du Parti de Gauche, du MRC, du PRG,
et tout rĂ©cemment l’appel lancĂ© par Gauche Avenir pour construire un projet alternatif Ă  gauche pour la PrĂ©sidentielle de 2012.

    4- Ma décision

    A mon interrogation de dĂ©part qui ne cesse de me tarauder « Dois-je sauter dans le train ou rester sur le quai », j’y apporte une rĂ©ponse : je reste sur le quai mais pour ne pas, en tout cas je l’espĂšre, attendre le prochain dĂ©part. C’est pourquoi, je lance aussi un appel Ă  tous ceux qui dĂ©cident malgrĂ© tout de rester au PCF pour le transformer:

    ORGANISONS-NOUS

    POUR UN NOUVEAU COMMENCEMENT AU PCF.

  • alainguillou a écrit :

    Je reviens au PCF qui n’est pas un but en soi…Pourquoi donc le dĂ©part du PCF est annoncĂ© comme douloureux?

    un parti communiste doit-il exister concrĂštement dans tout pays quel que soit le type de sociĂ©tĂ© qui s’y est installĂ©?

    le PCF se rĂ©sume-t-il Ă  son enveloppe institutionnelle, ou bien est-ce le collectif de militants qui ont dĂ©cidĂ© d’entretenir Ă  la fois l’apparence de l’institution telle que l’autorise « la rĂ©publique », et la rĂ©alitĂ© humaine bien plus complexe de « la vie du Parti » telle que pratiquement les communistes « se la payent »?

    Le dĂ©faut de « la forme parti » est-il Ă©vitable dans une « rĂ©publique » rendue Ă  ce niveau extrĂȘme de « pouvoir monarchique »?

    Refonder quoi pour refonder vraiment ?

    Oui, il faut refonder des pratiques communistes mais pas « le parti » en tant qu’institution tenue Ă  ce que l’on appelle « la lĂ©galitĂ© ».

    A moins que, justement, le temps soit venu de poser Ă  la fois la question « un parti communiste pourquoi faire »?

    Ce temps est venu, non pas du fait du « stalinisme des directions », mais du fait qu’une question historique globale se pose Ă  tous les peuples et Ă  tous les « citoyens du monde », et qu’Ă  y regarder de prĂšs, il s’agit de la mĂȘme question:

    est-il possible de non plus « devenir humain », mais seulement « demeurer humain » dans un monde globalement exterminateur de toute trace d’humanitĂ© revendiquĂ©e?

    Pour inverser la mĂ©canique dĂ©shumanisante, il faut renverser une piĂšce maĂźtresse de ce mĂ©canisme, celle qui dĂ©termine « le sens de l’histoire »

    Cette piĂšce dĂ©finit le mode de fonctionnement mĂȘme du « moteur’:

    il s’agit dans « la Constitution » de toute sociĂ©tĂ© de la dĂ©finition prĂ©alable: « qui Ă©crit la Constitution »?

    On doit poser donc cette question au futur « PCF rĂ©novĂ©, Ă©largi, mĂ©tamorhosĂ© ou tout ce que vous voudrez »:

    « Qui va en Ă©crire les statuts »?

    un « comitĂ© Ă©lu », ou bien , sur 140000 adhĂ©rants Ă  jour des vieilles cotisations d’une annĂ©e « zĂ©ro », un Ă©chantillon de 0,2% tirĂ©s au sort ?

    Si vous doutez qu’un tel groupe soit capable d’appeller en consultation, pour l’avancement de ses travaux, des experts compĂ©tents, alors, je doute du bienfondĂ© mĂȘme d’une ambition « refondatrice ».

    La question planĂ©taire est celle des « souverainetĂ©s humaines ».

    Sans lesquelles, il n’y a plus Ă  proprement parler d’humanitĂ©.

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