Contribution : mon engagement au PCF
Je tenais Ă vous faire part de mon point de vue sur l’avenir de la gauche et mon engagement au sein du PCF, qui traverse une pĂ©riode charniĂšre de son histoire. Faute d’une matrice et d’une stratĂ©gie lisible, les derniĂšres Ă©lections rĂ©gionales ont confirmĂ© la marginalisation de la gauche de transformation sociale face au couple PS/Europe Ă©cologie. Il s’agit d’en prendre toute la mesure, pour ne pas s’y rĂ©soudre !
Bonne lecture.
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Contribution
« La sĂ©quence Ă©lectorale des rĂ©gionales marque une nouvelle phase de marginalisation, mais ne peut rĂ©sumer Ă elle seule lâimpuissance du Parti communiste français Ă influer sur lâĂ©volution de la gauche française.
Le dĂ©clin inexorable de la formation communiste est inscrit depuis de longues annĂ©es dans une sorte dâautisme politique qui rĂ©duit le champ de sa pensĂ©e Ă une nostalgie, lâenferme dans une puissance passĂ©e et la condamne aux alliances Ă©lectorales en position minoritaire, hier la gauche «plurielle», demain peut-ĂȘtre une gauche «solidaire».
Lâabsence de visĂ©e transformatrice, de projets, de stratĂ©gie politique, tout cela rĂ©vĂšle la perte de substance intellectuelle de cette formation dont lâobjectif principal semble ĂȘtre dâassurer la survie dâune structure.
Alors quâun dĂ©bat pluraliste sâexprime dans toutes les formations politiques et concourt Ă leur rayonnement, ce dĂ©bat pluraliste est considĂ©rĂ© par les dirigeants actuels comme une plaie quâil faut cautĂ©riser.
Ce choix mutilant a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© au dernier congrĂšs du Parti communiste et a eu pour consĂ©quence dâĂ©liminer toute contestation, toute proposition qui nâentrait pas dans le logiciel officiel. Il en a rĂ©sultĂ© Ă©galement la marginalisation, si ce nâest lâĂ©limination, de tous les camarades porteurs dâoptions alternatives.
Lâesprit de fermeture qui a conduit au refus dâune candidature unitaire de la gauche antilibĂ©rale en 2007 nâa en rien reculĂ© et le lancement du Front de gauche nâa pas interrompu ce cycle. Lâambition initiale dâun front Ă vocation majoritaire dans la gauche a Ă©tĂ© sacrifiĂ©e sous une composition trop Ă©triquĂ©e et Ă©loignĂ©e de la base.
Lâentre-deux tours des Ă©lections rĂ©gionales a ainsi autorisĂ© les responsables du Parti Ă des combinaisons dâappareil sous couvert de nĂ©gociations. Des mĂ©thodes inqualifiables qui ont conduit Ă la disparition des listes de tous les candidats qui nâappartenaient pas au prĂ©-carrĂ© de la place du Colonel Fabien.
Dans le mĂȘme temps, la prĂ©sence de militants communistes dans des alliances Ă gĂ©omĂ©trie variable, au grĂ© des rapports de force rĂ©gionaux, a soulignĂ© lâincohĂ©rence de la stratĂ©gie du Parti communiste. Cet Ă©parpillement a dĂ©finitivement signifiĂ©, je le crois, lâimpossibilitĂ© de maintenir lâunanimisme dâun appareil qui se fissure.
***
Sans doute animĂ© par une conviction inĂ©branlable dans un futur solidaire et Ă©mancipateur de lâhumanitĂ©, jâai pensĂ© que la visĂ©e communiste restait lâhorizon du Parti communiste français en dĂ©pit de ses comportements Ă©troits, de ses oukases, de ses anathĂšmes.
AprĂšs des annĂ©es de militance, et pour moi des dizaines dâannĂ©es dâengagement pour changer le communisme politique français, je ne peux que constater notre impuissance et plus encore nos Ă©checs.
Changer ne signifiait pas affadir le projet communiste, mais au contraire, le transcender pour en faire une force Ă©thique, un guide pour lâaction, une composante indispensable dâune gauche de transformation sociale.
AprĂšs toutes ces annĂ©es, toute avancĂ©e, mĂȘme la plus tĂ©nue, paraĂźt impensable Ă une structure vieillissante qui se sclĂ©rose et se replie sur elle-mĂȘme. Son corpus idĂ©ologique se rĂ©duit Ă des slogans du type : « Nous voulons rassembler toute la gauche, il nâexiste quâune seule gauche ». Comme si lâHistoire de France, depuis les LumiĂšres et la RĂ©volution, nâavait pas produit des courants de pensĂ©e divergents, avec dâun cĂŽtĂ© une gauche radicale et de transformation sociale et de lâautre une gauche dâaccompagnement, quand ce nâest pas tout simplement une gauche de capitulation.
Naturellement, le dĂ©bat entre ces diffĂ©rents courants de pensĂ©e est nĂ©cessaire, utile et indispensable parce que les forces progressistes doivent trouver le chemin du rassemblement et de lâaction pour la transformation sociale.
Jâai toujours pensĂ© que le mĂ©tissage des cultures politiques en dĂ©mocratie Ă©tait source de crĂ©ativitĂ© et dâinnovation politique. De la mĂȘme maniĂšre que la prise en compte des parcours militants et le respect des patrimoines les plus divers pouvaient converger en une force nouvelle, capable de changer une sociĂ©tĂ© de plus en plus dure et injuste.
***
Changement : voilà le maßtre-mot de toutes les formations politiques de gauche comme de droite. Mais changer, pour quoi faire ? Changer comment ? Et quelle place accorde-t-on au citoyen dans ce processus ?
La question de la radicalitĂ© mĂ©rite une nouvelle fois dâĂȘtre abordĂ©e. Mais en lâespĂšce, il sâagit moins dâen adopter la posture, en guise de slogan qui nous diffĂ©rencierait des politiques dâaccompagnement du libĂ©ralisme, que dâaffirmer la radicalitĂ© dâun projet Ă©mancipateur. Si, comme je le crois nous traversons une urgence sociale, si le tocsin Ă©cologique sonne pour lâavenir de la planĂšte, si les discriminations gangrĂšnent le lien social, si la dĂ©mocratie recule devant lâindividualisme forcenĂ© et le dogme de la compĂ©tition, si la domination du capital Ă©crase toute rĂ©invention de la place du travail, alors oui il faut changer de sociĂ©tĂ©.
Comment imaginer que lâexplosion des inĂ©galitĂ©s entre le Nord et le Sud, au sein des pays riches et des pays pauvres, puisse former le socle dâun monde pacifiĂ© et dĂ©mocratique ? Comment concevoir une fin de lâHistoire sur une planĂšte plus que jamais minĂ©e par cette violence ?
Une nouvelle page est Ă Ă©crire, la sociĂ©tĂ© post-capitaliste est Ă lâordre du jour. Il faut la construire dĂšs aujourdâhui. La construire dans les luttes sociales, sociĂ©tales, Ă©cologiques, internationales. Il nous faut affirmer lâambition dâune gauche de transformation sociale qui conteste lâemprise social-libĂ©rale, qui gagne la bataille des idĂ©es et construise pas Ă pas une hĂ©gĂ©monie intellectuelle, au sens gramscien du terme.
« Changer de sociĂ©té » est un mot dâordre que le Parti communiste français a Ă©radiquĂ© de son vocabulaire. Pourtant, câest bien lâenjeu aujourdâhui avec la crise systĂ©mique du capitalisme. Jamais les thĂšses marxistes nâont Ă©tĂ© dâune actualitĂ© aussi brĂ»lante. Elles mettent en lumiĂšre ce capitalisme prĂ©dateur qui a financiarisĂ© toutes les activitĂ©s humaines pour ses profits Ă court terme. Un capitalisme qui spĂ©cule contre les Etats pour rallier les gouvernements Ă son entreprise de rĂ©gression sociale. Un capitalisme qui nâenvisage aucune limite Ă la marchandisation de lâhumain, de sa culture, et de son environnement. Le capitalisme vert, et son avatar, lâĂ©cologie de marchĂ©, sont autant de leurres qui ne masquent pas un productivisme sans rivage qui asservit le vivant et meurtri les Ă©cosystĂšmes.
Je veux dire ici que le capitalisme dâĂtat qui se prĂ©tend communiste conduit aux mĂȘmes errements.
***
Changer de sociĂ©tĂ© câest donner un cap dĂ©mocratique et rĂ©volutionnaire. Câest surtout affirmer haut et fort que le principe de justice, dâĂ©galitĂ© et de libertĂ© doivent ĂȘtre au cĆur de cette sociĂ©tĂ©.
Lâabstention massive dans les urnes nâest pas un renoncement, mais un cri de colĂšre contre notre incapacitĂ© Ă renverser les dominations. Je ne crois pas au rejet de la chose publique, je vois simplement des citoyens qui dĂ©sespĂšrent dâun champ politique pris en otage par lâĂ©conomie. Partout, des mobilisations citoyennes Ă©mergent et sâĂ©tayent : mouvement des sans, militants de lâĂ©cologie, salariĂ©s refusant le chĂŽmage et la prĂ©caritĂ©, associations de lutte contre les discriminations, tous sâengagent pour se rĂ©approprier leur destin, et font politique, au sens premier du terme.
La frontiÚre mortifÚre qui sépare ces luttes sociales du champ politique est un verrou à éliminer.
***
Nous ne pouvons pas nous épuiser à vouloir bouger les choses au PCF. Nous ne pouvons pas, non plus, accorder des excuses à des dirigeants campés sur leurs certitudes.
Je crois que le renouveau politique est Ă construire ailleurs. Jâirai pour ma part vers ces chemins nouveaux avec des convictions bien Ă gauche, rĂ©volutionnaires parce quâelles restent plus que jamais communistes. »
François Asensi
Â











Quand les blĂ©s sont sous la grĂȘle, fous sont ceux qui font les dĂ©licats…
Certes on peut critiquer et contester les choix majoritaires du pcf et s’indigner de l’immobilisme de ses dirigeants, mais en France comme ailleurs l’histoire du communisme est celle du pcf. Je ne crois pas Ă un communisme vivant hors de lui.
Certes on peut ĂȘtre communiste en dehors mais dans une situation figĂ©e soit Ă la remorque soit dans la rĂ©pĂ©tition de conflits qui sont anciens et bientĂŽt dĂ©passĂ©s.Le « risque » Ă©tant de se dĂ©couvrir non communiste et bientĂŽt ennemi du communisme, du mouvement du monde.J’ai confiance pour que tu ne cĂšdes pas Ă des « sirĂšnes » qui ne disent pas leurs intentions.
Avec mon amitié
claude
François, je retrouve dans ton texte toutes mes interrogations et aussi mes illusions! Moi aussi j’ai pensĂ© que l’on pouvait faire bouger les choses de l’intĂ©rieur, mais je n’y crois plus guĂšre.
La direction du Pc a bazardĂ© tout le patrimoine culturel, Ă commencer par le marxisme et la notion mĂȘme de communisme. Entre ceux qui ont choisi Freyche en Languedoc et la direction nationale, il n’y a de diffĂ©rence que dans les considĂ©rations opportunistes sous-jacentes visant Ă sauver l’appareil.
Et quant Ă la diversitĂ©, l’Ă©limination de Mackendie au second tour des rĂ©gionales montre bien que la nomenklatura se contrefout Ă©perdument des qualitĂ©s militantes et politiques. AndrĂ© CHASSEIGNE aurait-il sa place en Ile de France? Je n’en suis pas certain.
Bref, il nous faut un nouveau « Que faire? »
Fraternellement
Patrice GUILLAUME
Comment ne pas partager ses propos. Si j’Ă©tais adhĂ©rente du PC voilĂ ce que j’Ă©crirais aux dirigeants de Colonnel Fabien
Pour une fois au PC, ayez le courage de passer aux actes. ArrĂȘtez de parler d’ouverture et de refondation, et faites lĂ vraiment.
Si j’ai votĂ© Front de Gauche au 1er tour des RĂ©gionales, c’est parce que des militants et entre autre François Asensi m’ont convaincue de l’intĂ©rĂȘt de la dĂ©marche. Mais vous, qu’avez vous fait de notre vote ? DerriĂšre toute votre «cuisine d’appareil», je prend celui-ci, je jette celui-lĂ … je trouves qu’il y a lĂ une forme d’irrespect pour ceux qui vous soutiennent et pour tous ces militants qui se dĂ©foncent sur le terrain.
Il faut arrĂȘter de penser que tel des petits moutons, nous allons continuer d’aller voter pour des gens qui nous reprĂ©sentent si peu.
C’est justement parce que le communisme vĂ©hicule d’autres valeurs humanistes qu’il faut vraiment que vous changiez, et que vous reveniez Ă l’essentiel.
Quel regard croyez vous que vos fidĂšles compagnons de lutte ont aujourd’hui du PC? Celui d’un parti qui est incapable de se renouveler, de proposer une autre vision de l’avenir et de la politique. Le PC est devenu une banalitĂ© du paysage politique français, ni le monde ouvrier, ni la jeunesse ne croient plus en vous. Et pourtant, ce sont eux qui incarnent le mieux les valeurs que nous portons.
Je comprend qu’aujourd’hui François Asensi s’interroge sur son avenir au PC. Je ne crois pas que cela soit ni simple, ni facile de quitter un parti qui reprĂ©sente une vie de militantisme. Alors, je me garderais bien de tout jugement.
Si nous voulons peser politiquement Ă l’avenir, il faut que nous soyons capables de rassembler bien au delĂ des partis le vrai peuple de gauche. Non, le communisme n’est pas dĂ©modĂ©, il prend mĂȘme aujourd’hui encore plus de sens tant la crise sociale est grande, et tant le libĂ©ralisme nous Ă©crase.
Alors soyons rĂ©aliste,exigeons l’impossible!
Nicole
Bonjour,
Plus qu’un commentaire, une contribution.
Stéphane Fouéré
PCF, communiste refondateur
membre du comité de section du Mans / Fédération de la Sarthe
Un nouveau commencementâŠĂ lâintĂ©rieur du PCF
Quelques mots dâintroduction pour prĂ©ciser lâintention de mon propos
DâemblĂ©e je le dis dĂšs maintenant: jâai beaucoup rĂ©flĂ©chi sur la poursuite de mon encartement au parti communiste français et surtout bien avant cette annonce collective de nouveaux dĂ©parts du PCF : tous les ans se pose pour moi cette mĂȘme question lancinante et qui me taraude : face Ă de nouveaux coups de massue Ă©lectoraux et de nouvelles crises internes au PCF, je mâinterroge, je doute de la pertinence et de lâefficacitĂ© de ma militance communiste au sein dâun appareil qui nâest plus que lâombre de lui-mĂȘme. Et, sur la mĂȘme lancĂ©e je me dis : partir mais pour aller oĂč sans que cette nouvelle destination nâĂ©miette encore plus la gauche de transformation sociale ? Car, cela, je ne le veux surtout pas.
1- Ce que je pense des nouveaux départs collectifs annoncés
Pour moi, je ne le cache pas : tout nouveau dĂ©part de communistes quâils soient Ă©lus, cadres, permanents ou militants de base mâĂ©branle et mâattriste. Je ne mây rĂ©sous encore pas. Depuis mon adhĂ©sion au PCF il y a plus de 20 ans, jâai souffert de ces dĂ©parts qui se faisaient soit avant ou pendant les congrĂšs, dans les rĂ©unions de section ou de fĂ©dĂ©ration soit et je pense que câest le plus grand nombre discrĂštement, sur la pointe des pieds, Ă la faveur dâun non renouvĂšlement de carte dâadhĂ©sion. Jâai encore en mĂ©moire les dĂ©part dâanciens ministres Charles FITERMAN et Anicet LE PORS, dâintellectuels du monde de la culture, de la recherche. Plus rĂ©cemment, les dĂ©parts publics de Jacques PERREUX et de StĂ©phane GATIGNON qui ont rejoint le mouvement politique Europe Ecologie au moment des Ă©lections rĂ©gionales de mars 2010.
Il faut bien comprendre que ces dĂ©parts du PCF tout au long de son histoire faite de crises et de dissidences, nâont jamais Ă©tĂ© des coups de tĂȘte. Ils ont toujours Ă©tĂ© des dĂ©chirements, de vrais deuils avec des Ă©crits qui donnent la pleine intensitĂ© de cette souffrance qui nâa pas toujours donnĂ© lieu Ă un divorce avec le PCF ou tout au moins avec ses militants sincĂšres qui restaient. Pour toutes ces raisons, je ne jette pas la pierre Ă tous ces militants qui partent. Je ne les juge pas. Chacun a son histoire et son engagement militant au PCF. Si les trajectoires sont bousculĂ©es, elles sont sensĂ©es et argumentĂ©es mĂȘme lorsquâelles amĂšnent un ancien militant du PCF Ă adhĂ©rer Ă un autre parti ou mouvement politique.
La nouvelle gĂ©nĂ©ration de dĂ©parts annoncĂ©s me touche au plus profond de mon engagement car la plupart des militants qui sâapprĂȘtent Ă quitter le PCF ont lancĂ© dans les annĂ©es 1990 le mouvement des Refondateurs Communistes auquel jâai appartenu dĂšs sa crĂ©ation.
2- Quelques brĂšves sur mon histoire et mon parcours militant au PCF âŠutiles pour comprendre mon positionnement
Ce qui a dĂ©clenchĂ© pour moi mon appartenance au PCF en 1988 fut sa campagne contre le rĂ©gime raciste et fasciste de l’Apartheid en Afrique du Sud accompagnĂ© de boycott de produits alimentaires dĂ©marrĂ©e depuis plusieurs annĂ©es. Câest mon engagement antiraciste qui mâa fait adhĂ©rer tout Ă la fois au MRAP et au PCF.Jâavais Ă lâĂ©poque 19 ans et je me retrouvais ĂȘtre le plus jeune dans le comitĂ© de section de Nantes et la FĂ©dĂ©ration de Loire-Atlantique. Mais trĂšs vite, jâai dĂ©chantĂ©. 1989 : le massacre de la place Tien An Men en Chine, insupportable et rĂ©voltant pour un jeune qui rĂȘve dâhumanisme. Jâen garde encore en moi une blessure vive qui ne se cicatrisera jamais. Comment, un parti dit « communiste » et donc qui naturellement met au cĆur de son action la valeur de lâĂȘtre lâhumain pour lâamener Ă son Ă©mancipation, comment un parti communiste se transforme en force autoritaire voire dictatoriale et rĂ©prime dans le sang des lycĂ©ens, Ă©tudiants, salariĂ©s, paysans, fonctionnaires, retraitĂ©s ? Ca, je le lâaccepte pas. Cet Ă©vĂ©nement a Ă©tĂ© ma premiĂšre dĂ©chirure et le dĂ©but dâune dissidence interne. Câest partir de ce qui sâest passĂ© en Chine, que je me suis retrouvĂ© Ă faire une intervention au CongrĂšs FĂ©dĂ©ral de 1990 sur lâĂ©tat des partis et forces communistes et progressistes dans le monde qui mâa amenĂ© Ă mâinterroger et Ă demander solennellement au PCF de repenser ses liens avec ces forces politiques dans le monde et lâamener Ă remettre en cause certaines relations Je me suis alors pris une salve dâinsultes. Je me suis fait alors traitĂ© de « rĂ©visionniste », de « liquidateur », de « socio-dĂ©mocrate » et tutti quantiâŠCa fait quand-mĂȘme bizarre dâadhĂ©rer tout juste Ă un parti et de devenir par la force des Ă©vĂ©nements un communiste critique. Et câest Ă partir de ces deux premiĂšres annĂ©es au PCF que jâai dĂ©cidĂ© de vivre mon communisme autrement. Jâai alors dĂ©cidĂ© de donner un sens Ă mon engagement au PCF pour construire un communisme dĂ©mocratique, humaniste, antiraciste (j’insiste car j’ai cĂŽtoyĂ© au PCF des militants ouvertement racistes et je crois qu’ils n’ont pas totalement disparus…),libre, ouvert sur le rĂ©el et donc sur le mouvement social, sur ce qui fait sociĂ©tĂ©.
Câest donc tout naturellement que je me suis rapprochĂ© des communistes refondateurs depuis 1989 avec son bulletin puis plus tard sa revue « Futurs ». Câest Ă ce moment-lĂ quâen Loire-Atlantique nous avons créé avec plusieurs militants de lâagglomĂ©ration nantaise (surtouts Ă Nantes et Ă RezĂ©) Futurs 44 et que nous avons travaillĂ© avec Guy HERMIER, Patrick BRAOUEZEC, François ASENSI, Roland FAVARO, Roger MARTELLI, StĂ©phane GATIGNON, StĂ©phane PEU, Patrick VASSALO et bien dâautres. Que de bons souvenirs, fructueux en travail commun ! Dans la foulĂ©e, jâai signĂ© lâappel paru le 16 avril 1991 dans le quotidien national Le Monde intitulĂ© « REFONDATIONS », un manifeste pour refonder le politique, la gauche et la sociĂ©tĂ©. Nous avons alors lancĂ© le club « Refondations 44 » avec des militants critiques au PCF, au PS, au Verts, au Mouvement des Citoyens de ChevĂšnement, aux Alternatifs, etcâŠJâai Ă©tĂ© trĂšs déçu que « Refondations » se fasse « avalĂ© » par la CAP (Convergence pour une alternative Progressiste) qui sâest transformĂ©e en mouvement politique. JâĂ©tais pour ma part partisan que « Refondations » reste un club de rĂ©flexion et de production sur les grandes valeurs de la gauche Ă retravailler (ce qui reste dâailleurs dâune brĂ»lante actualité⊠!).
3- Quel sens je veux donner aujourdâhui Ă mon engagement politique
Je vous livre lâĂ©tat de ma rĂ©flexion aujourdâhui qui sâarticule autour de trois grandes orientations pour moi :
ï” Sâengager au PCF câest pour moi agir pour un communisme refondĂ© qui soit humaniste, libre, antiraciste, citoyen, Ă©cologique et solidaire. Un communisme inscrit dans le rĂ©el, ouvert au mouvement social et de la crĂ©ation, qui sait parler aux jeunes gĂ©nĂ©rations avec un parler « jeune » et plus « vieux-jeu », qui sache « intĂ©grer » les jeunes militants pour ne plus les faire fuir dĂšs la premiĂšre rĂ©union de section. Câest en mĂȘme temps refonder aussi lâappareil car comme lâont si bien dit des ex-militants du PCF et dâautres qui sâapprĂȘtent Ă le quitter, la forme parti est en crise. Il devient urgent de requestionner les formes dâengagement aujourdâhui. Dâailleurs tous les partis, mouvements politiques, associatifs et syndicats doivent se regarder en face dans le miroir : de plus en plus de tĂȘtes grisonnantes voire dĂ©jĂ blanches assistent aux rĂ©unions. Quand ce ne sont pas les mĂȘmes qui se retrouvent dans telle association (et souvent plusieurs Ă la foisâŠ), tel parti, tel syndicat, tel conseil de quartiers. Quâest-ce qui fait quâun jeune aujourdâhui sâengage ou pas ? Je nâai pas envie que le PCF devienne le parti des vĂ©tĂ©ransâŠ
ï¶ Sâengager en mĂȘme temps dans le mouvement progressiste en France et dans le monde : câest pour moi travailler avec dâautres, mettre en commun, produire Ă partir de cultures militantes diffĂ©rentes pour construire des fondations alternatives, citoyennes, solidaires, fĂ©ministes et Ă©cologiques
Personnellement, jâai apprĂ©ciĂ© la dĂ©marche du Front de gauche que nous avons-nous, dans la rĂ©gion Pays de la Loire, rĂ©ussi Ă Ă©largir Ă dâautres mouvements et partis tels que les Alternatifs, le NPA, la FASE (FĂ©dĂ©ration pour une Alternative Sociale et Ecologique) Socialisme et RĂ©publique. En mĂȘme temps, il ne faut surtout pas en rester Ă cette construction du Front de Gauche qui ressemble Ă sây mĂ©prendre Ă des cartels de partis et mouvement qui sâagglomĂšrent et se coalisent. Câest un Front de Gauche trĂšs rĂ©ducteur alors quâil faudrait une construction avec tout ce qui fait la sociĂ©tĂ©. Pour notre rĂ©gion, comme pour les deux autres, câest un point dâappui qui nâa malheureusement pas donner les effets escomptĂ©s au niveau du rĂ©sultats des RĂ©gionales 2010âŠMais, ce nâest pas une raison pour baisser les bras, rentrer chez soi et prĂȘcher pour un PCF autocentrĂ© comme certains le rĂ©clament dĂ©jĂ parmi notamment les responsables communistes qui ont fait le choix de lâallier dĂšs le premier tour des RĂ©gionales avec lâĂ©quipe socialiste sortanteâŠUn des rĂ©sultats en tout cas de ce non choix de la direction nationale du PCF a conduit Ă des trajectoires Ă la carte qui donne quand-mĂȘme une forte impression dâun PCF devenu, excusĂ©-moi pour lâimage et pour les camarades espagnols, une « auberge espagnole », un PCF qui sâest complĂštement « balkanisĂ© » jusquâĂ aboutir Ă des PCF rĂ©gionalisĂ©s (on lâa vĂ©cu dans les Pays de la Loire avec les trois FĂ©dĂ©rations de Loire-Atlantique, Maine et Loire et Mayenne qui nâont pas respectĂ© le choix majoritaire pour le Front de Gauche Ă©largi des communistes des cinq dĂ©partements consultĂ©s par vote, et qui ont fait sĂ©cession en monnayant leurs places dĂšs le premier tour sur la liste conduite par le socialiste Jacques AUXIETTE).
ï· Sâengager pour une transformation sociale avec toute la gauche, câest pour moi ne pas oublier les militants des autres partis de gauche et continuer de travailler avec eux un projet de gauche : socialistes, radiaux de gauche, Mouvement RĂ©publicain et Citoyen ( crĂ©e par Jean-Pierre CHEVENNEMENT) Verts, Europe Ecologie (je ne confonds pas les militants dâEurope Ecologie et Daniel COHN BENDIT), progressistes du MUP crĂ©e par Robert HUE (Mouvement Unitaire Progressiste) qui ont toujours, pour certains, des valeurs de gauche et qui les font vivre souvent avec difficultĂ©s dĂšs lors quâils ne sont pas majoritaires dans leur propre part ou mouvement.
Contrairement à certains de me camarades et amis « communistes unitaires », je ne veux pas parler de « gauche de gauche » à cÎté de « la gauche » représentée par le seul Parti Socialiste ou tout au plus la gauche dite « de gouvernement ».
Moi, je veux plutĂŽt parler de grands courants historiques de la gauche française traversĂ©s et travaillĂ©s eux-mĂȘmes par des sensibilitĂ©s : les RĂ©publicains, les Socialistes, les Anarchistes, les Utopistes, les Communistes, les Trotskistes, les MaoĂŻstes, les Ă©cologistes,âŠ
Câest Ă partir de cette volontĂ© de nâexclure Ă -priori aucun courant de la gauche française, que jâai signĂ© lâappel du Club « Gauche Avenir » initiĂ© par Marie-NoĂ«l LINIEMAN et Paul QUILES et rejoint par des militants communistes (de toutes sensibilitĂ©s, dâailleurs dont des communistes unitaires), socialistes, Ă©cologistes, du Parti de Gauche, du MRC, du PRG,âŠet tout rĂ©cemment lâappel lancĂ© par Gauche Avenir pour construire un projet alternatif Ă gauche pour la PrĂ©sidentielle de 2012.
4- Ma décision
A mon interrogation de dĂ©part qui ne cesse de me tarauder « Dois-je sauter dans le train ou rester sur le quai », jây apporte une rĂ©ponse : je reste sur le quai mais pour ne pas, en tout cas je lâespĂšre, attendre le prochain dĂ©part. Câest pourquoi, je lance aussi un appel Ă tous ceux qui dĂ©cident malgrĂ© tout de rester au PCF pour le transformer:
ORGANISONS-NOUS
POUR UN NOUVEAU COMMENCEMENT AU PCF.
Je reviens au PCF qui n’est pas un but en soi…Pourquoi donc le dĂ©part du PCF est annoncĂ© comme douloureux?
un parti communiste doit-il exister concrĂštement dans tout pays quel que soit le type de sociĂ©tĂ© qui s’y est installĂ©?
le PCF se rĂ©sume-t-il Ă son enveloppe institutionnelle, ou bien est-ce le collectif de militants qui ont dĂ©cidĂ© d’entretenir Ă la fois l’apparence de l’institution telle que l’autorise « la rĂ©publique », et la rĂ©alitĂ© humaine bien plus complexe de « la vie du Parti » telle que pratiquement les communistes « se la payent »?
Le dĂ©faut de « la forme parti » est-il Ă©vitable dans une « rĂ©publique » rendue Ă ce niveau extrĂȘme de « pouvoir monarchique »?
Refonder quoi pour refonder vraiment ?
Oui, il faut refonder des pratiques communistes mais pas « le parti » en tant qu’institution tenue Ă ce que l’on appelle « la lĂ©galitĂ© ».
A moins que, justement, le temps soit venu de poser Ă la fois la question « un parti communiste pourquoi faire »?
Ce temps est venu, non pas du fait du « stalinisme des directions », mais du fait qu’une question historique globale se pose Ă tous les peuples et Ă tous les « citoyens du monde », et qu’Ă y regarder de prĂšs, il s’agit de la mĂȘme question:
est-il possible de non plus « devenir humain », mais seulement « demeurer humain » dans un monde globalement exterminateur de toute trace d’humanitĂ© revendiquĂ©e?
Pour inverser la mĂ©canique dĂ©shumanisante, il faut renverser une piĂšce maĂźtresse de ce mĂ©canisme, celle qui dĂ©termine « le sens de l’histoire »
Cette piĂšce dĂ©finit le mode de fonctionnement mĂȘme du « moteur’:
il s’agit dans « la Constitution » de toute sociĂ©tĂ© de la dĂ©finition prĂ©alable: « qui Ă©crit la Constitution »?
On doit poser donc cette question au futur « PCF rĂ©novĂ©, Ă©largi, mĂ©tamorhosĂ© ou tout ce que vous voudrez »:
« Qui va en Ă©crire les statuts »?
un « comitĂ© Ă©lu », ou bien , sur 140000 adhĂ©rants Ă jour des vieilles cotisations d’une annĂ©e « zĂ©ro », un Ă©chantillon de 0,2% tirĂ©s au sort ?
Si vous doutez qu’un tel groupe soit capable d’appeller en consultation, pour l’avancement de ses travaux, des experts compĂ©tents, alors, je doute du bienfondĂ© mĂȘme d’une ambition « refondatrice ».
La question planĂ©taire est celle des « souverainetĂ©s humaines ».
Sans lesquelles, il n’y a plus Ă proprement parler d’humanitĂ©.
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