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François Asensi demande la crĂ©ation d'une commission d’enquĂȘte sur les suicides au travail

23 juillet 2007 3 228 vues 3 commentaires Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

Le lundi 16 juillet, un salariĂ© de l’usine PSA de Mulhouse, s’est suicidĂ© sur son lieu de travail. Ce drame vient s’ajouter Ă  une sĂ©rie dĂ©jĂ  longue de suicides de travailleurs. François Asensi demande la crĂ©ation d’une commission d’enquĂȘte en vue de rechercher les causes des suicides dans le monde du travail…

EXPOSÉ DES MOTIFS

MESDAMES, MESSIEURS,

Le lundi 16 juillet, un salariĂ© de l’usine PSA de Mulhouse, s’est suicidĂ© sur son lieu de travail. Ce drame vient s’ajouter Ă  une sĂ©rie dĂ©jĂ  longue de suicides de travailleurs. Depuis le dĂ©but 2007, six salariĂ©s de PSA, dont cinq Ă  Mulhouse, se sont en effet donnĂ© la mort, dont deux Ă  l’intĂ©rieur des locaux, tandis qu’à quelques mois d’intervalle, huit cadres et techniciens hautement qualifiĂ©s qui travaillaient soit au Technocentre Renault de Guyancourt, soit Ă  la centrale nuclĂ©aire EDF de Chinon, mettaient fin Ă  leurs jours sur leur lieu de travail ou en imputant directement leur geste au travail. DĂ©but mars 2007, une chef de groupe du restaurant Sodexho de Renault-Trucks Saint-Priest (RhĂŽne) a mis fin Ă  ses jours en dĂ©nonçant les pressions qu’elle subissait dans son travail.

La rĂ©pĂ©tition de ces suicides interdit d’éluder, sous de fallacieux prĂ©textes, la rĂ©alitĂ© cruelle qu’ils dĂ©signent. Si les raisons d’un suicide sont trop complexes et intimes pour qu’on puisse prĂ©tendre les saisir entiĂšrement, les circonstances qui entourent ces drames et le dĂ©sir de plus en plus clair des victimes de mettre fin Ă  leurs jours sur leur lieu de travail, envoient un message qu’on ne peut feindre de ne pas entendre : les suicides au travail ont Ă  voir, et au premier chef, avec le travail. Le fait qu’un de ces suicides soit dĂ©jĂ  officiellement considĂ©rĂ© comme un accident du travail, tandis que d’autres cas sont Ă  l’étude, confirme cette Ă©vidence.

Les suicides ne sont pas hĂ©las ! le seul aspect des atteintes Ă  la vie liĂ©es au travail. En France, selon les donnĂ©es officielles de l’assurance-maladie et du ministĂšre du travail, deux travailleurs meurent chaque jour des suites d’un accident et huit du fait des consĂ©quences de l’amiante, tandis que deux millions et demi de salariĂ©s sont quotidiennement exposĂ©s Ă  des produits cancĂ©rigĂšnes.

Mais les suicides sont les terribles rĂ©vĂ©lateurs des souffrances des millions de travailleurs qui, selon les mĂȘmes sources, sont poussĂ©s aux limites physiques et psychiques de ce qu’un ĂȘtre humain peut supporter. Parler de stress semble une rĂ©ponse largement fallacieuse, assez semblable Ă  l’explication qui attribuait les effets de l’opium Ă  « la vertu dormitive du pavot ». MĂȘme si l’on sait repĂ©rer les manifestations physiques et psychiques du stress, on ne peut considĂ©rer cet Ă©tat pathologique comme une sorte de verrue du psychisme et du systĂšme nerveux qu’il suffirait de traiter de maniĂšre spĂ©cifique pour s’en dĂ©barrasser.

Le malaise de plus en plus grave qui se gĂ©nĂ©ralise dans les entreprises est en effet en rapport avec des Ă©vĂ©nements repĂ©rables. Les premiers signes en sont apparus, Ă  la fin des annĂ©es quatre-vingt du siĂšcle dernier, avec la mise en place de mĂ©thodes de management, de modĂšles d’organisation du travail et de styles de formation directement inspirĂ©s par ceux des États-Unis et du Japon.

À partir de cette Ă©poque, les mĂ©decins du travail constatent l’augmentation des maladies psychosomatiques – notamment celles de l’estomac –, des troubles du sommeil, des dĂ©pressions nerveuses, des Ă©tats d’anxiĂ©tĂ©. À ces troubles, qui ne vont cesser de progresser, correspond l’usage de plus en plus massif des somnifĂšres, des antidĂ©presseurs, des anxiolytiques, voire des drogues plus ou moins dures. Les suicides que nous dĂ©plorons constituent l’étape ultime de ce dĂ©sarroi.

Le processus de ces troubles a Ă©tĂ© dĂ©crit par plusieurs spĂ©cialistes de la vie au travail. On a cherchĂ© Ă  dĂ©velopper la motivation des travailleurs non pas en augmentant en eux la conscience du sens et de l’utilitĂ© de l’oeuvre collective, mais en les mettant en compĂ©tition les uns avec les autres, c’est-Ă -dire en les isolant. Une mĂ©thode comme l’individualisation des objectifs, dĂ©sormais mise en place un peu partout, et dont les effets au Technocentre Renault de Guyancourt ont Ă©tĂ© particuliĂšrement pervers, aboutit, d’un cĂŽtĂ©, Ă  exercer sur le salariĂ© une pression constante contre laquelle il n’a aucun moyen de dĂ©fense et, d’autre part, Ă  rendre impossibles ses relations avec ses collĂšgues. Ces mĂ©thodes s’inscrivent par ailleurs dans le cadre d’une course Ă  la rentabilitĂ© qui, tout Ă  la fois, rend les conditions de travail de plus en plus difficiles et tend Ă  rĂ©duire le nombre de travailleurs.

La formation pourrait ĂȘtre un remĂšde partiel Ă  cet Ă©tat de choses si elle favorisait vĂ©ritablement l’expression des travailleurs. Telle n’est pas la voie qui est choisie. La formation au management ou Ă  la communication constitue un relais mal camouflĂ© du pouvoir de l’entreprise. ChargĂ©e d’aggraver et de justifier la dĂ©pendance des travailleurs, elle en alourdit l’amertume et le dĂ©couragement. Les exemples se multiplient de pratiques de formation animĂ©es par des intervenants sans compĂ©tence que leur complaisance Ă  l’égard des directions qui les emploient incite Ă  produire des discours de propagande irrationnels, parfois proches de ceux des sectes, aussi Ă©trangers aux prĂ©occupations de leurs auditeurs qu’à l’intĂ©rĂȘt bien compris de la collectivitĂ© de travail.

L’opinion publique est loin d’ĂȘtre indiffĂ©rente Ă  l’épreuve morale quotidienne que devient le travail pour des millions de travailleurs. Des films comme Ressources humaines et L’Emploi du temps, de Laurent Cantet, Violence des Ă©changes en milieu tempĂ©rĂ©, de Jean-Marc Moutout ou Ils ne mouraient pas tous, mais tous Ă©taient frappĂ©s que Sophie Bruneau et Antoine Roudil ont rĂ©alisĂ© Ă  partir des travaux de Christophe Dejours, en ont donnĂ© une image d’une grande force et d’une grande prĂ©cision. Divers ouvrages de spĂ©cialistes, consultants ou formateurs, ont analysĂ© dans le dĂ©tail les mĂ©thodes et les principes qui rĂ©gissent la vie des entreprises, ont montrĂ© pourquoi et comment ils aboutissaient Ă  ces insupportables drames et ont, parfois, suggĂ©rĂ© des alternatives.

La question tragiquement posĂ©e par les suicides au travail est centrale. Elle ne saurait ĂȘtre Ă©ludĂ©e. Elle concerne directement la vie des citoyens, leur Ă©quilibre, leurs relations, leur existence sociale. Elle concerne le secteur vital de la nation que sont les entreprises. Et, dans ce lieu oĂč se rencontrent les grandes forces de la modernitĂ©, la finance, l’économie et la technique, et oĂč se pose de maniĂšre trĂšs abrupte la question de savoir si, et comment, nous les dominons, elle concerne, en fin de compte, notre destin tout entier.

Par un abominable paradoxe, des travailleurs, des citoyens se donnent la mort dans le lieu mĂȘme oĂč ils devaient gagner leur vie. Au respect que nous leur devons, Ă  celui que nous devons Ă  leurs familles et Ă  leurs amis douloureusement Ă©prouvĂ©s, doit s’ajouter l’extrĂȘme attention qu’il nous faut porter Ă  tous ceux que ces drames bouleversent et questionnent. Aux travailleurs et aux travailleuses, qui ne doivent pas entrer dans leurs bureaux ou dans leurs ateliers avec le sombre pressentiment que leur travail et le suicide peuvent y avoir partie liĂ©e. Aux jeunes qui viennent d’entrer dans les entreprises ou qui se prĂ©parent Ă  le faire, et qui ne pourraient envisager leur avenir de façon sereine s’ils voyaient leurs aĂźnĂ©s plongĂ©s dans ce climat d’angoisse diffuse. À toutes les citoyennes et Ă  tous les citoyens qu’un tel Ă©tat de choses blesse et rĂ©volte, la reprĂ©sentation nationale doit, outre ce respect, de s’informer de façon complĂšte et prĂ©cise sur tous les aspects de la vie au travail qui peuvent contribuer Ă  de tels drames ou les provoquer.

Telles sont les raisons pour lesquelles, Mesdames, Messieurs, il vous est demandé de bien vouloir adopter la proposition de résolution suivante.

PROPOSITION DE RÉSOLUTION

Article unique

En application des articles 140 et suivants du RĂšglement, il est crĂ©Ă© une commission d’enquĂȘte de trente membres en vue de rechercher les causes directes et indirectes, immĂ©diates ou plus lointaines, des suicides que nous avons Ă  dĂ©plorer dans le monde du travail et, plus gĂ©nĂ©ralement, des troubles psychiques et physiques qui affectent les salariĂ©s des entreprises, troubles dont les mĂ©decins du travail et les experts concernĂ©s signalent la frĂ©quence et la gravitĂ©.

3 commentaires »

  • mr makhloufi a écrit :

    LA LOI DE PARKINSON ( rien a voir avec la maladie du mĂȘme nom)veut que plus une entreprise grandit,plus elle engage de gens mĂ©diocres et sur payĂ©s pourquoi?
    tout simplement parce que les cadres en place veulent Ă©viter la concurrence. la meilleur maniĂšre de ne pas avoir de rivaux dangereux consiste a engager des incompĂ©tents. la meilleur façon de supprimer en eux toute vellĂ©itĂ© de faire des vagues est de les surpayer ou de ne pas voir leurs incompĂ©tences. ainsi les castes dirigeantes se trouvent assurĂ©es d’une tranquillitĂ© permanente. a contrario, selon la loi de parkinson tous ceux ayant des idĂ©es, des suggestions originales ou des envies d’amĂ©liorer les rĂšgles de la maison seront systĂ©matiquement Ă©jectĂ©s. ainsi, paradoxe moderne, plus l’entreprise sera grande, plus elle entrera dans un processus de rejet de ses bon Ă©lĂ©ments dynamiques bon marchĂ©, pour les remplacer par des Ă©lĂ©ments archaĂŻques onĂ©reux. et cela au nom de la tranquillitĂ© de la collectivitĂ©.la fonction public malheureusement n’Ă©chappe pas a cet rĂšgle.

  • mr makhloufi a écrit :

    LA LOI DE PARKINSON ( rien a voir avec la maladie du mĂȘme nom)veut que plus une entreprise grandit,plus elle engage de gens mĂ©diocres et sur payĂ©s pourquoi?
    tout simplement parce que les cadres en place veulent Ă©viter la concurrence. la meilleur maniĂšre de ne pas avoir de rivaux dangereux consiste a engager des incompĂ©tents. la meilleur façon de supprimer en eux toute vellĂ©itĂ© de faire des vagues est de les surpayer ou de ne pas voir leurs incompĂ©tences. ainsi les castes dirigeantes se trouvent assurĂ©es d’une tranquillitĂ© permanente. a contrario, selon la loi de parkinson tous ceux ayant des idĂ©es, des suggestions originales ou des envies d’amĂ©liorer les rĂšgles de la maison seront systĂ©matiquement Ă©jectĂ©s. ainsi, paradoxe moderne, plus l’entreprise sera grande, plus elle entrera dans un processus de rejet de ses bon Ă©lĂ©ments dynamiques bon marchĂ©, pour les remplacer par des Ă©lĂ©ments archaĂŻques onĂ©reux. et cela au nom de la tranquillitĂ© de la collectivitĂ©.la fonction public malheureusement n’Ă©chappe pas a cet rĂšgle.

    et c’est pour cela que les gens souffres, le monde du travail ne prend plus en compte l’humanitĂ© on devint de simple numĂ©ro .

  • DAVID a écrit :

    Bonjour Monsieur,

    Je ne sais pas si vous vous souviendrez de moi. Je suis un ancien sevranais,ayant dĂ©mĂ©nagĂ© en septembre 2000. J’Ă©tais inscrit Ă  la cellule Billoux AVEC Jean Michel GUILMAIN .
    Petit dĂ©tail qui vous permettra peut–ĂȘtre de m’identifier. J’ai une grosse tĂȘte.
    Je suis toujours Ă  l’Ă©coute de ce qui se passe dans notre sociĂ©tĂ©.
    Bien cordialement.

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