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Traité européen: le Président de la République doit respecter le suffrage universel

19 octobre 2007 234 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

Vendredi 19 octobre, François Asensi est intervenu à l’Assemblée nationale pour définir les contours d’une « Autre Europe ». Il a également réclamer le respect du suffrage universel et la tenue d’un référendum sur le traité européen.

A l’occasion du Projet de loi de finance pour 2008, François Asensi est intervenu dans les débats sur la contribution française au budget européen. Il en a profité pour redire son hostilité d’une Europe libérale réduite à un grand marché, d’une Europe forteresse repliée sur elle-même. Il a défendu l’idée d’une Europe ouverte, généreuse, solidaire, démocratique et respectueuse de l’expression du suffrage universel.

Pour une autre Europe, François Asensi s’engage

« Comme le prĂ©cĂ©dent, ce projet de budget manque singulièrement d’ambition et il n’engage aucune dynamique nouvelle pour l’Union EuropĂ©enne. Alors que depuis 3 ans, 12 nouveaux pays sont entrĂ©s dans l’Union, chacun continue de vouloir payer le moins possible. Non seulement ce budget pour l’Europe n’augmente pas mais il enregistre une diminution de 296 millions d’euros. DĂ©penser moins avec plus de pays, c’est tourner rĂ©solument le dos au principe de solidaritĂ©. Renoncer Ă  combattre vraiment les inĂ©galitĂ©s entre les pays membres, c’est condamner les nouveaux entrants Ă  une seule alternative : le dumping social. La limitation des ambitions budgĂ©taires n’entraĂ®ne qu’une chose : le recul des politiques publiques. Elles seules peuvent pourtant nous libĂ©rer de ce libĂ©ralisme qui ne produit qu’une concurrence impitoyable entre les pays de l’Union.

Il est vrai, comme le reconnaĂ®t le rapporteur du budget, que la contribution nationale au budget communautaire « est assez largement indĂ©pendante des volontĂ©s du gouvernement et du parlement ». Autrement dit, est demandĂ© Ă  la reprĂ©sentation nationale de faire un chèque en blanc sur les choix budgĂ©taires europĂ©ens, malgrĂ© les promesses qui sont faites rĂ©gulièrement d’associer plus Ă©troitement les parlements nationaux Ă  la politique europĂ©enne. »

« On se prend Ă  rĂŞver de ce que pourrait ĂŞtre une ambitieuse politique publique de solidaritĂ© europĂ©enne. Elle permettrait un rattrapage Ă©conomique, social et environnemental aux 12 derniers pays adhĂ©rents. Faut-il rappeler que ce sont les fortes dotations budgĂ©taires de l’Europe qui ont permis Ă  l’Espagne, au Portugal ou Ă  l’Irlande de devenir de grands pays europĂ©ens. Pourquoi n’a-t-on pas la mĂŞme volontĂ© de solidaritĂ© pour les nouveaux entrants?

Une ambitieuse politique publique européenne permettrait également de mettre en œuvre un autre Politique Agricole Commune. La PAC qui consomme actuellement 43 % du budget européen n’empêche pas la désertification de nos campagnes, favorise une agriculture intensive destructrice de l’environnement et renforce l’exploitation des paysans du sud. L’Europe ne devrait-elle pas montrer l’exemple en matière agricole, afin de promouvoir souveraineté alimentaire, préoccupation écologique et juste rémunération des pays en développement ?

Contre l’hégémonie destructrice de l’Europe libérale

Un embryon de politique industrielle a existé en Europe avec Ariane Espace ou Airbus. Où est-elle aujourd’hui ? Alors qu’une entreprise constituée de capitaux publics européens comme Airbus fait les preuves de son efficacité en s’imposant comme le premier avionneur mondial, on s’évertue à en changer la structure et l’organisation pour la livrer aux marchés boursiers. On a soumis Airbus, fruit d’une politique publique ambitieuse, à logique financière d’EADS. Le résultat s’étale aujourd’hui publiquement dans les juteux profits de quelques initiés, tout à la fois actionnaires et hauts dirigeants. Mais n’oublions pas qui paye le prix de cette gestion pour le profit à tout prix : les10 000 salariés en Europe qui vont être licenciés.

Le constat est identique pour EDF. A la demande de la commission européenne, l’opérateur énergétique édifié dans un esprit de service public pour fournir un service de qualité et bon marché a du être privatisé au nom de l’idéologie libérale. Non seulement le prix de l’électricité augmente fortement, mais l’Etat se prive d’un outil majeur d’intervention dans le secteur hautement stratégique de la politique énergétique.

Tout comme pour la politique industrielle, ce sont les services publics dont la commission europĂ©enne rĂ©clame le dĂ©mantèlement. La Poste, la SNCF, les AĂ©roports de Paris sont sacrifiĂ©s, au mĂ©pris des personnels, de l’équitĂ© sociale et de l’amĂ©nagement du territoire. Les services aux usagers sont mĂ©thodiquement rĂ©duits, considĂ©rĂ©s comme autant d’entraves au grand marchĂ© europĂ©en de concurrence parfaite, libre et non faussĂ©e. »

Contre la politique de l’Europe forteresse

« A l’intĂ©rieur de ses frontières, l’Union EuropĂ©enne n’a donc pour seule ambition que d’installer un ultralibĂ©ralisme destructeur des solidaritĂ©s et des biens publics. A l’extĂ©rieur de ses frontières, l’Union EuropĂ©enne mène une politique de fermeture et de repli sur soi, indigne du grand projet humaniste qu’elle devrait porter.

Cette politique de l’Europe forteresse s’est tragiquement concrétisée en juin 2005 dans les cadavres des clandestins accrochés aux barbelés de Ceuta et Melilla. Mais c’est chaque jour que l’Europe forteresse produit ses tragiques effets. On décompte au moins 3000 morts entre décembre 2003 et 2006 à nos frontières. Plus insidieusement, l’UE tente d’« externaliser » le contrôle de l’immigration, en installant dans les pays d’origine ou de transit des « centres de tri ». Toutes ces méthodes entraînent des violations répétées des droits de l’Homme, que dénoncent les ONG.

Mais le nouveau pouvoir en France entend pousser plus loin encore cette volontĂ© de fermeture de l’Europe. Devant les ambassadeurs rĂ©unis le 27 aoĂ»t dernier, Nicolas Sarkozy faisait de la politique de l’immigration une grande prioritĂ© pour l’Europe. Immigration choisie, quotas d’expulsions, centres de rĂ©tention, test ADN sont-ils l’avenir de la politique europĂ©enne ? La stigmatisation des Ă©trangers Ă  l’échelle de l’Europe est-elle l’ambition française pour l’Europe ? Quant Ă  la nouvelle politique de la dĂ©fense qui engage le retour de la France au sein des instances dĂ©cisionnelles de l’OTAN, elle met Ă  mal non seulement toute la tradition d’indĂ©pendance de la politique Ă©trangère française, mais abandonne toute idĂ©e de politique de dĂ©fense vĂ©ritablement europĂ©enne.  »

Contre le déni de la parole du peuple.

« L’Europe voulue par Nicolas Sarkozy poursuit des ambitions contre lequel s’est pourtant soulevĂ© le « non » de 2005. Celui-ci rĂ©clamait une Europe solidaire, une Europe ouverte, une Europe de la paix, une Europe capable de s’opposer Ă  la politique impĂ©rialiste amĂ©ricaine.

Mais le prĂ©sident de la RĂ©publique a montrĂ© le peu de cas qu’il faisait du suffrage universel. A peine Ă©lu, il remet sur les rails ce que les français ont refusĂ© Ă  une très large majoritĂ© en mai 2005. Quelles sont les ambitions de son traitĂ© simplifiĂ©, soutenu Ă©tonnement Ă  la fois par les tenants du oui et les eurosceptiques ? Est-il plus clair, plus lisible, plus transparent ? Les rĂ©dacteurs ont renoncĂ© eux-mĂŞmes aux expressions de « mini-traitĂ© » ou de « traitĂ© simplifiĂ© » puisqu’il ne comporte, avec ses 12 protocoles et ses 25 dĂ©clarations diverses, pas moins de 256 pages, toutes plus technocratiques les une que les autres. Marque-t-il un recul du modèle libĂ©ral que rĂ©clamait pourtant le « non » ? Aucune mention n’est faite sur un contrĂ´le de la BCE par les instances politiques. Quant au principe de la concurrence libre et non faussĂ©e qui remet en cause toute politique de services publics, s’il est absent du traité…il est bien prĂ©sent dans le protocole 6 sur le marchĂ© intĂ©rieur. Que dit-il en matière de droit social ? La charte des droits fondamentaux qui permettait quelques avancĂ©es en matière sociale pour tous les europĂ©ens est rĂ©duite Ă  un seul article rendu juridiquement inapplicable.

Enfin, la profonde volonté démocratique exprimée dans le référendum a-t-elle été entendue ? La stabilité promise des institutions ne garantit nullement le contrôle démocratique nécessaire. Elle reste une construction politique qui donne le pouvoir aux gouvernements et à la Commission, et non aux peuples européens. Les pouvoirs du parlement européen sont toujours aussi réduits. Quant aux parlements nationaux, ils restent des chambres d’enregistrements des décisions de la commission.

Le mini-traité, dans sa forme comme dans son fond, indique clairement que le message délivré n’a pas été compris. Alors que les Français, par leur refus, réclamaient une Europe de la solidarité, des droits sociaux et de la démocratie, on leur propose une Europe à nouveau libérale, anti-sociale et anti-démocratique.

Le dĂ©ni suffrage universel attendrait un sommet si le gouvernement refusait au peuple son droit au rĂ©fĂ©rendum. Jamais la question europĂ©enne n’avait Ă©tĂ© aussi centrale que lors du rĂ©fĂ©rendum français sur le TCE. Jamais les Français ne s’étaient sentis autant appartenir Ă  l’Europe. Jamais aucun peuple europĂ©en ne s’était autant investi pour que l’Europe soit ouverte, solidaire et dĂ©mocratique. C’est ce que dit le « non » Ă  l’Europe libĂ©rale ! Ceux qui se disent si dĂ©mocrates et EuropĂ©ens ne devraient rien avoir Ă  craindre de l’intĂ©rĂŞt des Français pour bâtir un vrai projet europĂ©en. »

Le jour même où le sommet de Lisbonne entérine ce projet de traité simplifié, cet article 31 du projet de loi de finance 2008 porte tout le paradoxe de la politique européenne actuelle. La participation de l’Etat français au budget européen sera un jour le moyen pour mener une politique véritablement ambitieuse pour l’Europe. Mais tant qu’il incarne cette Europe libérale, sans solidarité, ni démocratie, nous ne pouvons qu’appeler à voter contre.

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