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La mémoire de Guy Moquet…une leçon de liberté !

22 octobre 2007 2 934 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer à un ami Envoyer à un ami

Pour Nicolas Sarkozy, la lettre du jeune résistant est un symbole : le sacrifice d’une jeunesse. Pour ce Président de la République, Guy Moquet n’est plus un jeune homme qui voulait vivre libre et paye le prix de sa liberté, mais une icône du don de soi résigné. Dans la lettre de Guy Moquet, le chef de l’Etat veut dire à notre jeunesse : « soyez résignés à votre sacrifice ». La lecture de Guy Moquet en ce 22 octobre annonce ce qu’il attend de la jeunesse d’aujourd’hui : qu’elle ne vive pas sa liberté et accepte cet état de fait.

Mais est-ce le sens des mots de Guy Moquet ? Ce jeune homme ne dit-il pas dans l’instant exact où il les écrit tout le contraire ? Dans ce moment où il sait qu’il est perdu, il écrit parce que c’est l’ultime acte d’un homme libre.

C’est bien la liberté qui au cœur de sa lettre, celle que l’Etat français pétainiste va lui retirer le 13 octobre 1940, celle que l’on peut lire dans les tagues qu’il écrit sur les murs ou dans les tracts qu’il distribue clandestinement à la sortie des cinémas, celle pour laquelle il organise les Jeunesses Communistes de son arrondissement, celle pour laquelle son père Prosper se fait élire député communiste en 1936… Enfant de 1936, ce profond moment de liberté accordé au plus grand nombre, en 1940 il veut être de ces hommes qui veulent poursuivre ce grand geste d’émancipation de tous pour tous, de prise en compte de la parole du peuple, dénigrée par ceux qui crient « Plutôt Hitler que le Front Populaire ».

Ce que Pucheu, le Ministre de l’Intérieur de Pétain, veut tuer dans les 27 de Chateaubriand le 22 octobre 1940, c’est la liberté que les hommes ont voulu donner à leur destin 5 ans auparavant. Syndicalistes, communistes, ouvriers, instituteurs, ingénieurs, les 27 incarnaient toute la diversité d’un engagement commun pour le progrès social, la dignité des humbles, la liberté de chacun de pouvoir choisir sa vie.

En Guy Moquet, ce que l’on veut assassiner, c’est l’idée d’une liberté acquise et qui bouleverse tous les ordres établis. Ce que Guy Moquet porte dans sa jeunesse, c’est la transmission de cette idée merveilleuse, la liberté pour tous et chacun d’écrire sa vie. C’est cela que l’on a voulu tuer. C’est pour cela qu’il résistait. C’est cela que ses mots nous racontent.

Je comprends pourquoi les professeurs d’histoire ne voulaient pas participer à la mise en scène de cette lettre par le pouvoir. Je comprends qu’ils ne souhaitaient pas être les outils d’une idéologie. Je partage avec eux cette idée que Nicolas Sarkozy veut s’accaparer de Guy Moquet ce qu’il n’est pas…

…Mais justement, profitons de cette tentative du pouvoir pour raconter l’Histoire. Profitons de la reconnaissance du jeune homme pour faire reconnaître la justice de son combat. Profitons du 22 octobre pour dire véritablement ce que porte Guy Moquet : il est résistance contre la force des temps ; il incarne la liberté malgré tout ; il s’engage pour la justice sociale. Soyons historiens contre ces idéologues qui, parce qu’ils célèbrent officiellement Guy Moquet, se trouvent légitimes à rendre hommage à l’antidreyfusard et nationaliste Barres (interview de Henri Guaino, Libération du 20 octobre 2007).

Je suis parlementaire, militant et de gauche. C’est bien pour servir la mémoire de Guy Moquet que je me suis rendu lundi au lycée Hélène Boucher. J’ai dit aux jeunes l’histoire de ce jeune homme, non sa mort, mais sa vie et les espoirs qu’elle porte. Je pense qu’il est formateur pour les jeunes de voir que leurs élus ne sont pas tous la voix du pouvoir.

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