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La mĂ©moire de Guy Moquet
une leçon de libertĂ© !

22 octobre 2007 2 941 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

Pour Nicolas Sarkozy, la lettre du jeune rĂ©sistant est un symbole : le sacrifice d’une jeunesse. Pour ce PrĂ©sident de la RĂ©publique, Guy Moquet n’est plus un jeune homme qui voulait vivre libre et paye le prix de sa libertĂ©, mais une icĂŽne du don de soi rĂ©signĂ©. Dans la lettre de Guy Moquet, le chef de l’Etat veut dire Ă  notre jeunesse : « soyez rĂ©signĂ©s Ă  votre sacrifice ». La lecture de Guy Moquet en ce 22 octobre annonce ce qu’il attend de la jeunesse d’aujourd’hui : qu’elle ne vive pas sa libertĂ© et accepte cet Ă©tat de fait.

Mais est-ce le sens des mots de Guy Moquet ? Ce jeune homme ne dit-il pas dans l’instant exact oĂč il les Ă©crit tout le contraire ? Dans ce moment oĂč il sait qu’il est perdu, il Ă©crit parce que c’est l’ultime acte d’un homme libre.

C’est bien la libertĂ© qui au cƓur de sa lettre, celle que l’Etat français pĂ©tainiste va lui retirer le 13 octobre 1940, celle que l’on peut lire dans les tagues qu’il Ă©crit sur les murs ou dans les tracts qu’il distribue clandestinement Ă  la sortie des cinĂ©mas, celle pour laquelle il organise les Jeunesses Communistes de son arrondissement, celle pour laquelle son pĂšre Prosper se fait Ă©lire dĂ©putĂ© communiste en 1936
 Enfant de 1936, ce profond moment de libertĂ© accordĂ© au plus grand nombre, en 1940 il veut ĂȘtre de ces hommes qui veulent poursuivre ce grand geste d’émancipation de tous pour tous, de prise en compte de la parole du peuple, dĂ©nigrĂ©e par ceux qui crient « PlutĂŽt Hitler que le Front Populaire ».

Ce que Pucheu, le Ministre de l’IntĂ©rieur de PĂ©tain, veut tuer dans les 27 de Chateaubriand le 22 octobre 1940, c’est la libertĂ© que les hommes ont voulu donner Ă  leur destin 5 ans auparavant. Syndicalistes, communistes, ouvriers, instituteurs, ingĂ©nieurs, les 27 incarnaient toute la diversitĂ© d’un engagement commun pour le progrĂšs social, la dignitĂ© des humbles, la libertĂ© de chacun de pouvoir choisir sa vie.

En Guy Moquet, ce que l’on veut assassiner, c’est l’idĂ©e d’une libertĂ© acquise et qui bouleverse tous les ordres Ă©tablis. Ce que Guy Moquet porte dans sa jeunesse, c’est la transmission de cette idĂ©e merveilleuse, la libertĂ© pour tous et chacun d’écrire sa vie. C’est cela que l’on a voulu tuer. C’est pour cela qu’il rĂ©sistait. C’est cela que ses mots nous racontent.

Je comprends pourquoi les professeurs d’histoire ne voulaient pas participer Ă  la mise en scĂšne de cette lettre par le pouvoir. Je comprends qu’ils ne souhaitaient pas ĂȘtre les outils d’une idĂ©ologie. Je partage avec eux cette idĂ©e que Nicolas Sarkozy veut s’accaparer de Guy Moquet ce qu’il n’est pas



Mais justement, profitons de cette tentative du pouvoir pour raconter l’Histoire. Profitons de la reconnaissance du jeune homme pour faire reconnaĂźtre la justice de son combat. Profitons du 22 octobre pour dire vĂ©ritablement ce que porte Guy Moquet : il est rĂ©sistance contre la force des temps ; il incarne la libertĂ© malgrĂ© tout ; il s’engage pour la justice sociale. Soyons historiens contre ces idĂ©ologues qui, parce qu’ils cĂ©lĂšbrent officiellement Guy Moquet, se trouvent lĂ©gitimes Ă  rendre hommage Ă  l’antidreyfusard et nationaliste Barres (interview de Henri Guaino, LibĂ©ration du 20 octobre 2007).

Je suis parlementaire, militant et de gauche. C’est bien pour servir la mĂ©moire de Guy Moquet que je me suis rendu lundi au lycĂ©e HĂ©lĂšne Boucher. J’ai dit aux jeunes l’histoire de ce jeune homme, non sa mort, mais sa vie et les espoirs qu’elle porte. Je pense qu’il est formateur pour les jeunes de voir que leurs Ă©lus ne sont pas tous la voix du pouvoir.

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