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Cambodge: la justice doit passer

11 dĂ©cembre 2007 1 830 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

M. François Asensi attire l’attention de M. le ministre des affaires Ă©trangĂšres et europĂ©ennes sur le rĂŽle que compte jouer la France dans le tribunal spĂ©cial des khmers rouges (TKR) installĂ© au Cambodge et chargĂ© de juger les auteurs du gĂ©nocide qui a Ă©tĂ© commis dans ce pays.

Un ancien chef de l’État cambodgien, Khieu Samphan, vient d’ĂȘtre placĂ© en dĂ©tention par ce tribunal. Khieu Samphan est la cinquiĂšme haute personnalitĂ© du rĂ©gime des Khmers rouges Ă  se retrouver aux mains de ce tribunal aprĂšs Nuon Chea, Kang Kech Ieu, Ieng Sary et son Ă©pouse. Mais pour l’instant, la justice n’est pas encore passĂ©e sur ces hauts dignitaires et les crimes de masse perpĂ©trĂ©s sous leur autoritĂ©.

De nombreuses estimations circulent sur le nombre de victimes. Les affirmations les plus frĂ©quentes avancent que prĂšs de deux millions de personnes auraient trouvĂ© la mort entre 1975 et 1979 sous leur direction. Toute la lumiĂšre doit ĂȘtre faite sur les mĂ©canismes nationaux et internationaux qui ont permis cette tragĂ©die. L’Ă©tendue de ce massacre exige que les responsabilitĂ©s soient dĂ©terminĂ©es avec prĂ©cision. Ceux-ci rĂ©pondent pleinement Ă  la qualification de gĂ©nocide et de crime contre l’humanitĂ©. Pour se rĂ©concilier avec lui-mĂȘme, un nouveau Cambodge ne pourra se reconstruire qu’en levant l’impunitĂ© qui persiste jusqu’Ă  prĂ©sent sur ces crimes abominables.

Le tribunal spĂ©cial des khmers rouges est un tribunal cambodgien parrainĂ© par l’ONU. Des juristes internationaux se sont ainsi joints Ă  des juges cambodgiens. NĂ©anmoins, il semble que ce tribunal n’ait pas bĂ©nĂ©ficiĂ© des soutiens notamment financiers qu’il aurait dĂ» recevoir devant l’immensitĂ© du crime. Le budget de 56 millions de dollars qui lui a Ă©tĂ© attribuĂ©, dĂ©jĂ  en grande partie dĂ©pensĂ©, est notoirement insuffisant.

La France, en tant qu’ancienne puissance coloniale, a une responsabilitĂ© historique et morale particuliĂšre quant au passĂ© de ce pays. Un certain nombre des responsables mis en jugement avaient suivi leurs Ă©tudes en France et avaient Ă©tĂ© intellectuellement nourris par le meilleur de sa culture et les plus brillants de ses philosophes dont les enseignements sont aux antipodes des actes sanguinaires qui ont profondĂ©ment meurtri le Cambodge. Notre pays ne peut donc se dĂ©sintĂ©resser de ce pays, de son histoire et de son avenir.

François Asensi demande donc au gouvernement comment la France envisage d’aider ces tribunaux Ă  fonctionner dans de bonnes conditions, notamment sur le plan financier. Il lui propose de prendre des initiatives pour permettre le bon dĂ©roulement de ces procĂšs et contribuer Ă  la manifestation de la vĂ©ritĂ©.

Réponse du M. le ministre des Affaires étrangÚres et européennes

La France a toujours soutenu le tribunal des Khmers rouges (TKR), au nom du devoir de mĂ©moire et parce que cette juridiction est une composante essentielle du processus de reconstruction nationale initiĂ© avec les Accords de Paris (1991) que la France avait co-prĂ©sidĂ©s. Cette position a Ă©tĂ© rĂ©solument rĂ©affirmĂ©e Ă  de nombreuses reprises, notamment Ă  l’occasion de la visite d’État du Roi Sihamoni en novembre 2006, et s’est traduite financiĂšrement, lors de la premiĂšre levĂ©e de fonds, par une contribution qui plaçait la France au second rang des donateurs, derriĂšre le Japon. Avec ce dernier, la France co-prĂ©side le « groupe des amis », enceinte d’Ă©changes et de discussions chargĂ©e de superviser les travaux du tribunal et entretient des rapports rĂ©guliers avec l’administration de celui-ci. Le TKR semble dĂ©sormais sur les rails : cinq anciens dirigeants khmers rouges ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s, leurs instructions ont commencĂ© et la chambre prĂ©liminaire a dĂ©jĂ  tenu plusieurs audiences pour connaĂźtre de demandes de libĂ©ration provisoire. Pour autant, toutes les difficultĂ©s ne sont pas surmontĂ©es : les retards accumulĂ©s du fait de nĂ©gociations dĂ©licates entre l’ONU et les autoritĂ©s cambodgiennes, des difficultĂ©s de gestion ainsi qu’une sous-budgĂ©tisation originelle ont crĂ©Ă© un besoin de financement qui rend nĂ©cessaire un nouvel appel Ă  contributions. La France, partenaire essentiel du Cambodge pendant la dĂ©cennie qui a suivi les Accords de Paris, restera, dans ces circonstances nouvelles, aux cĂŽtĂ©s du Cambodge pour que justice soit enfin faite dans l’intĂ©rĂȘt de la rĂ©conciliation nationale du pays.

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