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L'Equipe de France n'est pas Ă  vendre

18 juin 2010 2 253 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

 

En mission auprĂšs de la ministre des sports sur la rĂ©forme des statuts des FĂ©dĂ©rations sportives, il y a dix ans exactement, j’ai plaidĂ© pour une dĂ©mocratisation des fĂ©dĂ©rations sportives :

« Le fonctionnement actuel des fĂ©dĂ©rations fait apparaĂźtre des situations de blocage, un manque de rĂ©activitĂ©, de transparence et une certaine paralysie dans le fonctionnement voire la prise de dĂ©cision ». Ce constat, Ă  l’heure des polĂ©miques sur l’Ă©quipe de France de football, n’a pas pris une ride. Contrairement Ă  ceux qui comptent tirer profit de la dĂ©bĂącle en Afrique du Sud pour renforcer le business du football et leurs intĂ©rĂȘts, je proposais de surmonter les blocages en redonnant le pouvoir aux licenciĂ©s par l’Ă©lection directe du PrĂ©sident des fĂ©dĂ©rations sportives.

Vous pouvez retrouver ici ce rapport sur la rĂ©forme des FĂ©dĂ©rations sportives, et je vous propose mon point de vue sur le dĂ©bat entourant aujourd’hui l’Equipe de France :

 

DĂ©claration

24 juin 2010

L’Equipe de France n’est pas Ă  vendre

 

La France du football est sous le choc du spectacle dĂ©solant offert par son Ă©quipe nationale. L’heure est Ă  la recherche de responsables et les critiques pleuvent sur le management et la gestion sportive de la FĂ©dĂ©ration française de football, il est vrai peu encline Ă  l’autocritique.

Je crains que l’offensive pour la dĂ©stabiliser renforce au contraire le conservatisme de cette structure et un comportement rĂ©tif Ă  toute rĂ©forme.

Quel est l’enjeu du dĂ©bat actuel : d’aucuns considĂšrent, et ils sont nombreux parmi les ministres de la majoritĂ©, les patrons de clubs, et les affairistes du football, qu’il faut aujourd’hui dĂ©tacher l’équipe de France de la FĂ©dĂ©ration, et lui donner un statut privĂ©, au nom de la « compĂ©tence » des actionnaires.

Mais attention, danger ! Ce n’est ni plus ni moins que la confiscation de la marque « France » que dĂ©lĂšgue l’Etat. Confiscation Ă  des fins mercantiles et privĂ©es, ce qui ne garantit pas de bons rĂ©sultats.

En intervenant dans ce dĂ©bat, l’État est dans son rĂŽle. C’est lui qui attribue aux fĂ©dĂ©rations sportives leur dĂ©lĂ©gation de service public. Par ce statut, la FĂ©dĂ©ration de football se doit de rendre compte de son action aux licenciĂ©s, mais Ă©galement Ă  l’Etat sur la mise en Ɠuvre de conventions passĂ©es avec lui.

Quant aux Ă©tats gĂ©nĂ©raux du football que veut organiser le prĂ©sident de la RĂ©publique, ceux-ci sont les bienvenus Ă  condition qu’ils respectent le modĂšle français associatif et qu’ils rĂ©unissent tous les acteurs de ce sport : public, Ă©ducateurs, joueurs, prĂ©sidents de clubs, Ă©lus nationaux et surtout locaux, les clubs amateurs, les dirigeants de districts et de ligues, et naturellement les instances fĂ©dĂ©rales.

Les amoureux du ballon rond comme la plupart des habitants de ce pays ne peuvent se réjouir de la débùcle sportive et éthique lors du Mondial. Pourtant, certaines voix autorisées semblent décidées à en tirer partie.

Dans ce concert de critiques, j’entends la remise en cause du modĂšle fĂ©dĂ©ral et l’accaparement de la France du football par les thurifĂ©raires de l’argent roi. La critique contre son prĂ©tendu amateurisme masque le regret que cette instance associative ne soit pas soumise aux intĂ©rĂȘts mercantiles des clubs professionnels et de leurs actionnaires.

Le vocabulaire de cette offensive est instructif. « Réforme de la gouvernance », « audit externe », « états généraux du football », le ministÚre des Sports entend imposer au football les lois du libéralisme.

Je refuse que l’Ă©quipe nationale devienne une vulgaire franchise. Le dialogue avec les structures professionnelles doit certainement ĂȘtre amĂ©liorĂ©, sans pour autant que leur soient confiĂ©es les manettes de la sĂ©lection nationale de football. Souhaitons-nous un fonctionnement calquĂ© sur le basket-ball aux États-Unis, dans lequel les meilleurs joueurs français dĂ©clinent les convocations en Ă©quipe de France sous la pression de leur club de NBA ?

En assurant la cohĂ©sion de l’ensemble du mouvement footballistique, de la division d’honneur  aux sommets de la Ligue 1,  il est dans le rĂŽle de la FĂ©dĂ©ration d’assumer les valeurs de ce sport sa diffusion auprĂšs du plus large public. Beaucoup de nations nous envient ce modĂšle français qui nous a tout de mĂȘme menĂ© Ă  la victoire lors de la coupe du monde 1998.

C’est Ă  un vĂ©ritable coup de force contre le peuple du football, ses deux millions de licenciĂ©s, ses millions d’amis, auquel nous assistons. La voix des passionnĂ©s du ballon rond doit absolument se faire entendre.

 ***

La faillite de la sĂ©lection nationale en Afrique du Sud montre l’inquiĂ©tante dĂ©rive d’un sport corrompu par les enjeux financiers. Les comportements irrespectueux, des joueurs Ă  l’entraĂźneur,  marquent une profonde perte de repĂšres et l’abandon des valeurs collectives au profit d’un individualisme forcenĂ©. Certains joueurs y voient un simple tremplin, pour briller individuellement, en opposition aux valeurs collectives et Ă  l’altruisme, fondements de tout sport d’équipe.

Ces Ă©volutions entrent en rĂ©sonance avec les fragilitĂ©s de notre sociĂ©tĂ©, mais rĂ©vĂšle plus encore les impasses du « football-business » arrachant des adolescents « immatures » Ă  leurs familles et les ballottant telles des marchandises apatrides. En appeler Ă  l’amour du maillot chez ces joueurs, pour la plupart exilĂ©s fiscaux, est d’une rare hypocrisie. Sans les exonĂ©rer de leurs responsabilitĂ©s, le rĂŽle de leurs entourages est en cause, poussant aux transferts indĂ©cents et aux contrats publicitaires faramineux pour leurs propres intĂ©rĂȘts.

Il faut refuser la stigmatisation des banlieues populaires, qui s’est exprimĂ©e jusqu’au gouvernement, aprĂšs l’Ă©limination du mondial. Reporter la dĂ©faite de l’Ă©quipe de France sur un supposĂ© manque de patriotisme des joueurs issus des banlieues est proprement inacceptable et injuste. Comment cette diversitĂ© qui a fait notre force en 1998 pourrait-elle devenir une faiblesse aujourd’hui?

Il faut bien admettre que nous n’avons pas une grande Ă©quipe. La prĂ©sence nombreuse de joueurs dans les meilleurs clubs europĂ©ens n’y suffit pas. Une bonne Ă©quipe de football, ce ne peut ĂȘtre seulement l’addition de bons joueurs. Il y faut aussi l’esprit d’équipe qui en fait une force aux qualitĂ©s collectives physiques et mentales.

Le fonctionnement des centres de formation ne peut rester Ă  l’abri de toute introspection. Les amateurs de ce sport constatent un formatage des Ă©lĂšves-joueurs et la recherche de profils stĂ©rĂ©otypĂ©s faisant la part belle aux qualitĂ©s physiques intrinsĂšques, notamment en milieu de terrain. Combien de Lionel Messi auront Ă©tĂ© freinĂ© dans leur ascension par cette obsession de la performance individuelle au dĂ©triment de la crĂ©ativitĂ© ?

La dĂ©faite de l’Ă©quipe de France en Afrique du Sud est aussi la dĂ©faite du beau jeu. Jamais nous n’avons vu dans cette sĂ©lection les jeux de mouvements dans lesquels le ballon prend vie par les efforts de tous, par les dĂ©placements souvent vains de chaque joueur, offrant enfin une brĂšche Ă  un coĂ©quipier. A croire que ce qui a le plus manquĂ© dans la formation de nos joueurs, c’est l’esprit de solidaritĂ©.

 

La réforme des statuts des fédérations sportives, François ASENSI, rapporteur auprÚs de la ministre des Sports

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