Accueil » Actions nationales, Affaires internationales

"Une politique Ă©trangĂšre sans moyens et, plus grave, sans vision"

9 novembre 2010 1 924 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

L’ultra-austĂ©ritĂ© promue dans le projet de loi de Finances pour 2011 accable un peu plus une politique Ă©trangĂšre française en perte de vitesse, soumise Ă  l’atlantisme depuis la rĂ©intĂ©gration de l’OTAN et fidĂšle au nĂ©olibĂ©ralisme du FMI et de l’OMC.

A la veille de la PrĂ©sidence française du G20, j’ai demandĂ© au ministre des Affaires Ă©trangĂšres un engagement sans ambiguitĂ© en faveur de la paix au Proche-Orient et en Asie,  ainsi qu’une action dĂ©terminĂ©e pour lutter contre la mondialisation.


INTERVENTION DU DEPUTE FRANCOIS ASENSI :

Monsieur le prĂ©sident, monsieur le ministre, mes chers collĂšgues, l’examen du budget de l’action extĂ©rieure rĂ©vĂšle, plus encore que les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes, une politique Ă©trangĂšre sans moyens et, plus grave, sans vision.

À nouveau, la politique Ă©trangĂšre de la France est sacrifiĂ©e sur l’autel de la RGPP. Les moyens du ministĂšre et ses effectifs chuteront de plus de 5 % en 2011. La hausse de 4,8 % des crĂ©dits est une illusion d’optique puisque 160 suppressions de postes sont programmĂ©es cette annĂ©e, 700 sur la pĂ©riode 2009-2011. Comme nous le redoutions l’annĂ©e passĂ©e, les agents locaux des services culturels sont la variable d’ajustement, avec les deux tiers des suppressions d’emplois. OĂč s’arrĂȘtera le malthusianisme budgĂ©taire, qui rend la mission des personnels de plus en plus difficile et nuit au dialogue social, comme le soulignent fort justement les organisations syndicales ?

Porteuse d’une vision autonome et Ă©quilibrĂ©e de l’ordre mondial, la France a longtemps occupĂ© une place privilĂ©giĂ©e dans le concert des nations. Force est de constater que sa crĂ©dibilitĂ© s’étiole dĂ©sormais dangereusement sous l’effet d’une politique Ă©trangĂšre illisible, dĂ©cidĂ©e dans les couloirs de l’ÉlysĂ©e et sous l’influence des rĂ©seaux de la Françafrique.

Hormis l’ouverture de nouveaux marchĂ©s de services Ă  nos entreprises dans les pays en dĂ©veloppement, que compte faire la France pour combattre une mondialisation profondĂ©ment injuste ?

Au-delĂ  de la vente de nos armements et de la protection de nos approvisionnements Ă©nergĂ©tiques, de quelle maniĂšre la France peut-elle Ɠuvrer Ă  une gĂ©opolitique de la paix ?

En dehors de la vente du nuclĂ©aire civil, quelle vision du dĂ©veloppement durable projette la France Ă  l’orĂ©e du sommet climatique de Cancun ?

Une politique commerciale ne fonde pas une politique étrangÚre, aussi nécessaire soit-elle. Gardons-nous de réduire les ambassadeurs à des VRP de nos multinationales.

Lors de la confĂ©rence des ambassadeurs, le PrĂ©sident de la RĂ©publique annonçait que l’annĂ©e 2011 serait placĂ©e sous le signe de la prĂ©sidence du G8 et du G20. Votre gouvernement semble depuis ĂȘtre revenu Ă  plus de prudence – c’est peut-ĂȘtre la raison pour laquelle vous refusez, en tout cas jusqu’à ce jour, d’organiser un dĂ©bat sur le G8 et le G20 devant notre assemblĂ©e.

Moralisation du capitalisme, éradication des paradis fiscaux, régulation de la finance : depuis un an, le G20 a enfourché les chevaux de bataille comme on enfile des perles. Les résultats se font attendre, et la spéculation est repartie de plus belle.

Depuis la suppression des taux de change fixes, le systĂšme monĂ©taire est structurellement dĂ©sĂ©quilibrĂ© et favorise une spĂ©culation effrĂ©nĂ©e. En 2001, 1 000 milliards de dollars s’échangeaient chaque jour sur le marchĂ© des changes. Depuis, ce chiffre a quadruplĂ©.

Nous partageons l’objectif de lutter contre les Ă©goĂŻsmes monĂ©taires et de crĂ©er une nouvelle devise de rĂ©fĂ©rence. Mais c’est une mission impossible dans le cadre de la doctrine monĂ©tariste. Depuis plusieurs annĂ©es, la France est Ă  la tĂȘte des principales institutions internationales, FMI, OMC, BCE. Pour quel bilan ? Les politiques nĂ©olibĂ©rales ne sont aucunement enrayĂ©es.

Il est par ailleurs absurde de poser la question de la rĂ©gulation monĂ©taire sans Ă©voquer la mise en place d’une taxation sur les transactions de change. Or, plus la prĂ©sidence du G20 approche, plus la France semble atone Ă  ce sujet. Qu’allez-vous proposer pour taxer la finance pour aider le dĂ©veloppement ?

Par ailleurs, nous refusons de légitimer une instance du G20 qui promeut la loi du plus fort et du plus riche contre la démocratie onusienne. Votre proposition de créer un secrétariat permanent du G20 est inacceptable.

IndĂ©niablement, de lourdes menaces hypothĂšquent l’avĂšnement de la paix perpĂ©tuelle, pour reprendre les termes de Kant. Ces menaces s’enracinent dans la montĂ©e des injustices, des fondamentalismes, de la compĂ©tition Ă©conomique.

L’action de la France pour favoriser cette paix n’est, hĂ©las, pas exempte d’ambiguĂŻtĂ©s et d’errements. Notre diplomatie conciliante envers l’État d’IsraĂ«l est un Ă©chec cuisant qui nous a marginalisĂ©s du processus de paix au Moyen-Orient.

Notre diplomatie accommodante envers des rĂ©gimes africains corrompus a plongĂ© le continent dans une vague de coups d’État et de violences qui semblaient appartenir au passĂ©.

Enfin, je regrette que la politique Ă©trangĂšre de la France bascule dans une politique du repli, au dĂ©triment d’une volontĂ© de dialogue entre les cultures. Les sinistres accords de gestion concertĂ©e des flux migratoires, tout comme les stigmatisations rĂ©pĂ©tĂ©es des populations Ă©trangĂšres, creusent un fossĂ© avec de nombreux pays partenaires. Symbole de cette politique inefficace et Ă©goĂŻste, la France prĂ©fĂšre investir 20 millions dans la construction d’un centre de rĂ©tention Ă  Mayotte plutĂŽt que d’Ɠuvrer au dĂ©veloppement de l’archipel des Comores.

La suppression d’institutions culturelles Ă  l’étranger, la rĂ©duction du format des ambassades et l’externalisation des missions des consulats sont Ă©galement rĂ©vĂ©latrices d’une fermeture dont nos amis Ă©trangers s’inquiĂštent. Alors que la reprĂ©sentation nationale n’a pas tranchĂ© la question du rattachement des services culturels Ă  l’Institut français, la RGPP l’a actĂ©. Elle a mĂȘme lancĂ© la fusion avec le rĂ©seau des alliances françaises Ă  partir de 2011, avec pour consĂ©quence la rĂ©duction des points de contact avec la culture française.

Nous ne pourrons adopter ce budget de renoncement, qui rĂ©duit notre prĂ©sence sans assurer notre influence dans le monde. Favorable Ă  un nouvel ordre mondial pacifiĂ©, rĂ©gulĂ© et Ă©quilibrĂ©, notre vision de la politique Ă©trangĂšre ne peut s’accommoder du versant libĂ©ral et atlantiste pour lequel a optĂ© le Gouvernement. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et SRC.)

Laissez votre réponse !

Ajoutez votre commentaire si dessous, ou le trackback de votre propre site. Vous pouvez aussi vous abonner aux commentaires via RSS.

Vous pouvez utiliser ces balises :
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>