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Un congrĂšs si peu extraordinaire…

7 novembre 2008 2 025 vues Un commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

Je veux ici exposer les raisons pour lesquelles je n’ai pas votĂ© le texte du Conseil national intitulĂ© base commune.

1 – En premier lieu ce texte n’a Ă©tĂ© approuvĂ© que par 88 membres du Conseil national sur 230 ; cette faible participation souligne le peu de motivation des responsables du PCF et une manifeste perte de confiance. Cela est confirmĂ© par les rĂ©sultats du scrutin puisque la base commune avec 21967 voix reprĂ©sente 27,88 % des 78779 inscrits et 16,39 % des 134000 adhĂ©rents revendiquĂ©s par le parti. On m’objectera que le pourcentage sur les votants avec 60 % des suffrages est plutĂŽt flatteur. Mais indique-t-il une vraie tendance ? A chacun d’en juger.

2 – Les rĂ©dacteurs de cette contribution n’ont pas acceptĂ© les conclusions de l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale qui avait donnĂ© mandat aux dirigeants du parti de proposer aux communistes toutes les options ouvertes, en vue d’un congrĂšs vĂ©ritablement exceptionnel. N’était-ce pas la moindre des choses pour faire face Ă  la crise existentielle du parti communiste en France (22,5 % aux prĂ©sidentielles de 1969, 1,93 % en 2007).

3 – La seule option en discussion comme en atteste ce texte est celle de la continuitĂ©. Rien ne changera malgrĂ© les formules ressassĂ©es et les promesses jamais tenues par le passĂ©. Par exemple « nous ferons mieux vivre la diversitĂ© » « nous voulons transformer en profondeur le parti » alors que Marie-George Buffet prĂ©pare une gouvernance dite « homogĂšne » Ă©cartant les autres sensibilitĂ©s au nom parait-il de l’efficacité  mais de quelle efficacitĂ© s’agit-il ?

4 – Nous restons la formation façonnĂ©e par sa matrice originelle bolchevique de parti guide auto proclamĂ©, et de dirigeants infaillibles qui s’exonĂšrent de toute auto critique. Ces mĂȘmes dirigeants dĂ©signeront comme toujours leurs propres successeurs. De cette culture du siĂšcle dernier, dans sa dĂ©clinaison « parti », aucune formation communiste au monde n’a rĂ©ussi Ă  s’en extraire pour se transformer, ni mĂȘme pour se rĂ©former. La reprĂ©sentation sociale dĂ©mocrate du socialisme est quant Ă  elle de la mĂȘme façon invalidĂ©e. Tous les partis socio dĂ©mocrates europĂ©ens sont en crise. Une crise qui n’offre aucun dĂ©bouchĂ© politique, si ce n’est l’abandon mĂȘme du socialisme et son ralliement aux politiques de troisiĂšme force, d’accompagnement du nĂ©o libĂ©ralisme.

5 – En guise de stratĂ©gie, le Conseil national propose Ă  nouveau l’alliance formelle avec une formation socialiste dans un rapport de force totalement dĂ©sĂ©quilibrĂ© et qui nous donne peu de prise sur les orientations de ce parti. Les dirigeants de cette formation dans la prĂ©paration de leur congrĂšs prĂŽnent d’ailleurs ouvertement un accompagnement du social libĂ©ralisme et au mieux, une rĂ©gulation des marchĂ©s financiers, voire une alliance avec le MODEM. Les inclinaisons gauchisantes de circonstance et tactiques (crise financiĂšre et congrĂšs obligent), ne sont guĂšre convaincantes.

6 – Jamais ce texte n’affiche la nĂ©cessitĂ© d’une rupture avec une stratĂ©gie d’union qui a Ă©tĂ© un Ă©chec et arrive aujourd’hui en fin de cycle. Cette action a concouru Ă  notre dĂ©clin jusqu’à notre effacement dans l’espace politique français. Deux remarques Ă  ce stade. – a) Rupture ne signifie pas pour moi renoncer Ă  faire Ă©voluer un PS Ă  gauche et, il va sans dire, ne procĂšde Ă  aucune exclusive envers cette formation et ses militants qui ont leur place dans le rassemblement majoritaire. – b) Je ferais Ă©galement une mauvaise analyse si je faisais porter sur le PS nos difficultĂ©s existentielles et notre incapacitĂ© Ă  Ă©voluer. La raison principale de notre dĂ©clin est en nous.

7– Continuer comme par le passĂ© dans une union dans laquelle nous avons trĂšs peu de prise, dans laquelle nous exerçons peu d’influence et qui sert uniquement de rĂ©servoir de voix Ă  nos alliĂ©s, c’est assurĂ©ment s’enfermer dans un autisme politique. C’est notre propre utilitĂ© dĂ©jĂ  fort mal reconnue par l’opinion qui sera plus que jamais remise en question. DĂšs lors, l’offre politique d’Olivier Besancenot et du NPA aura de beaux jours devant elle.

8 – Pour conclure ce texte, l’orientation proposĂ©e par le Conseil national et son refus du changement hypothĂšquent l’avenir de l’espace communiste en France, son histoire et sa culture. Sans vĂ©ritable influence, sans une force politique pour porter nos idĂ©aux, notre projet, nous sommes rĂ©duits Ă  l’impuissance. Ce silence des communistes fait douter de notre utilitĂ© et dĂ©tourne de nous l’opinion publique, les salariĂ©s, les chĂŽmeurs, les jeunes, les prĂ©caires, vers d’autres offres politiques. C’est lĂ  l’explication du 1,93 % de l’élection prĂ©sidentielle. Alors que l’idĂ©e communiste n’a pris aucune ride dans un monde globalisĂ© oĂč la crise du capitalisme, vĂ©ritable crise systĂ©mique fait rage, c’est uniquement le communisme politique du siĂšcle dernier auquel nous restons liĂ©s, qui a Ă©tĂ© invalidĂ© par l’histoire et pas le beau nom de communisme. Ce communisme politique dont nous sommes issus a produit le goulag, les Ă©tats totalitaires liberticides. Nous pouvons dire avec raison que nous avons pris des distances avec cette perversion de notre idĂ©al, reste que l’histoire retiendra ses traits les plus abjects. Si nous voulons faire vivre l’idĂ©e gĂ©nĂ©reuse et magnifique du communisme et lui garantir un futur dans ce nouveau siĂšcle, une rupture politique franche sans appel, s’impose. Si nous voulons garder et dĂ©velopper un espace communiste reconnu et identifiĂ©, le cheminement avec d’autres dans une nouvelle force d’émancipation humaine de transformation sociale s’impose comme une nĂ©cessitĂ© absolue. L’avenir du communisme ne dĂ©pend pas que de nous.

9 – D’autres forces, d’autres mouvements, d’autres formations sous des formes et dans des rythmes divers, porteront la lutte d’émancipation, et sa visĂ©e communiste. Les partis naissent et meurent, les idĂ©es restent quand elles sont universelles. Si nous voulons ĂȘtre de ce mouvement pour l’humanitĂ©, sachons percevoir qu’une communautĂ© de destins nous lie Ă  d’autres. Et ils sont innombrables. Il faut ĂȘtre aveugle et sourd pour ne pas le comprendre.

François ASENSI
Député
Maire de Tremblay-en-France

NB – En Seine-Saint-Denis nous attendons toujours une Ă©bauche sĂ©rieuse d’analyse sur la perte du Conseil gĂ©nĂ©ral et de plusieurs villes communistes emblĂ©matiques : Montreuil, Aubervilliers, Pierrefitte. Si ces dĂ©faites ne peuvent ĂȘtre de la responsabilitĂ© du seul PC, pourquoi n’avons-nous jamais ripostĂ© sur le fond aux agressions du PS de Seine-Saint-Denis ? Comment dĂšs lors prĂ©tendre que la sĂ©quence Ă©lectorale clĂŽt ce chapitre, et demander ensuite aux communistes de reproduire la gauche plurielle, pour la prĂ©senter comme un nouvel horizon indĂ©passable ? Dois-je rappeler ici les calomnies qui ont servi d’argument aux socialistes de Seine-Saint-Denis lors des Ă©lections municipales, cantonales et mĂȘme lĂ©gislatives ? Exemple : « les communistes spĂ©cialisent les territoires pour y faire vivre les pauvres », « ils en espĂšrent des dividendes Ă©lectoraux », « ils refusent toute mixitĂ© sociale, ils rejettent les cadres », « ils appartiennent au passĂ© », « ils sont responsables de l’insĂ©curitĂ© dans les villes ». C’est sur ce fond de commerce que le PS a gagnĂ© Ă  notre dĂ©triment des villes et le DĂ©partement. Jamais la SecrĂ©taire nationale du PCF Ă©lue de Seine-Saint-Denis, ni la direction fĂ©dĂ©rale n’ont opposĂ© Ă  ces contre vĂ©ritĂ©s les ripostes nĂ©cessaires. Au lieu de cela, nous rĂ©pĂ©tions sans arrĂȘt « union union avec le PS » comme si notre sort dĂ©pendait de son bon vouloir unitaire. Nous avons payĂ© cher ce silence
 car tout de mĂȘme : qui a chassĂ© les ouvriers de la capitale ? Qui rejette aujourd’hui les cadres, les jeunes diplĂŽmes de Paris ? Qui a crĂ©Ă© cet insupportable apartheid social qui Ă  l’instar de toutes les mĂ©tropoles du monde, produit les banlieues du mal vivre, si ce n’est le capitalisme prĂ©dateur de vie ? De tout cela, silence dans les rangs socialistes.

1 commentaire »

  • LABELLE Nicole a écrit :

    Tout Ă  fait d’accord avec cette contribution. Que vont devenir tous les orphelins du PCF qui ne se reconnaissent dans aucune formation actuelle ? Quelle perspective proposent-on Ă  « gauche » pour rassembler tous ceux qui souffrent aujourd’hui de la politique ultra libĂ©rale et leur donner envie de se battre ?

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