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A propos d’une contribution(1) : 13 ans trop tard
Oui, « ce qui n’a pas de nom n’existe pas » ! Appelons-la : rupture

10 novembre 2008 2 975 vues Un commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

AprĂšs le vote des communistes, oĂč il ressort que la base « commune » obtient 60% des exprimĂ©s, 28 % des inscrits et 16 % des adhĂ©rents du PCF, une nouvelle contribution Ă©crite par des partisans de cette mĂȘme base commune rĂ©vĂšle des divergences notables avec le texte officiel de la direction du PCF.

Bien que les auteurs de ce texte proclament que la « base commune » reste la bonne orientation politique, ils n’en soulignent pas moins des points de vue trĂšs diffĂ©rents sur les enjeux de ce congrĂšs et de nombreuses insuffisances.

Il est singulier que cet avis n’ait pas Ă©tĂ© clairement exposĂ© et assumĂ© devant les communistes avant le scrutin, et ce d’autant que certains des auteurs de cette contribution ont Ă©tĂ© parmi les rĂ©dacteurs de cette « base commune ».

Qu’avaient-ils Ă  craindre : que l’on doutĂąt de leur patriotisme de parti, fĂ»t-ce en signant une contribution avec laquelle ils exprimaient des dĂ©saccords.

Cependant, ce texte existe, et il évoque, à mes yeux des idées utiles au débat.

D’une part, la notion de « mĂ©tamorphoser » le parti (selon le Larousse : changer complĂštement de forme et d’état) qu’ils revendiquent, est tout simplement hors jeu de la « base commune ».

De la mĂȘme maniĂšre, cette « base commune » toujours selon les signataires du texte n’a de sens « qu’à condition d’aller au bout des choix proposĂ©s ». Or ceux-ci ne sont pas identifiĂ©s, chacun des signataires ayant sa propre interprĂ©tation du texte.

Ou encore : « assumer pleinement les changements que nous proposons implique de les nommer, car ce qui n’a pas de nom n’existe pas ». Ici, la critique est plus sĂ©rieuse puisqu’elle laisse apparaĂźtre des points contradictoires avec la « base commune ».

« Nous ne voulons pas reproduire la gauche plurielle ni reproduire l’échec des collectifs unitaires », poursuivent-ils. Je serais curieux de connaĂźtre ceux qui veulent reproduire de tels Ă©checs
 Quant Ă  la gauche plurielle, notons que cette notion est implicitement reconduite et constitue le fil rouge de la stratĂ©gie de rassemblement proposĂ©e par la « base commune ».

Poursuivons. Les signataires reconnaissaient justement « s’imaginer que nous rassemblerons dans le moule d’une culture issue de prĂšs de 90 ans d’histoire est illusoire ». Excellente remarque ! Mais lĂ  encore, le texte « base commune » n’en dit mot. Pourtant, c’est bien sur cette question cardinale que rĂ©side l’enjeu majeur de ce congrĂšs.

Enfin, les signataires proposent un nouveau nom à cette formation nouvelle qu’ils appellent de leurs vƓux. De tout cela, aucune trace dans la base commune, si ce n’est une allusion à repenser nos symboles.

Je veux dire ici, qu’il y a encore 13 ans aprĂšs la PrĂ©sidentielle de 1995, j’aurais fait mienne des propositions de cette contribution. Mais, il aurait fallu alors, et une vision, et de l’audace, pour dĂ©gager la perspective d’une visĂ©e communiste en France. La mutation proposĂ©e alors pouvait y conduire. Elle s’éreinta et se brisa sur une culture communiste qui dominait les dĂ©bats politiques et s’avĂšre aujourd’hui encore une force funeste d’inertie et de rĂ©action. C’est ce qui explique d’ailleurs qu’aucun parti communiste au monde n’a pu se transformer ni repenser le communisme. L’exemple le plus cruel est celui de Gorbatchev en URSS.

Cela eĂ»t Ă©tĂ© encore possible avec un Parti dĂ©jĂ  certes affaibli, mais disposant encore d’une implantation nationale. Dix ans aprĂšs, avec moins de 5% d’intentions de vote et dans une phase de marginalisation et d’effacement, ces objectifs sont inaccessibles et dĂ©mobilisateurs. L’émiettement Ă  la gauche du parti socialiste et le spectacle de division offert au peuple de gauche invalident toute dĂ©marche fondĂ©e autour des structures existantes, mĂȘmes rĂ©novĂ©es ou mĂ©tamorphosĂ©es. Ici, cette contribution ne va pas au bout de ces propres analyses et maintient de fait le statu quo.

C’est pourquoi la proposition qui est faite de rassembler autour de cette nouvelle formation est inatteignable avec 1,93 % et la concurrence de plusieurs offres politiques sur tout l’arc de la gauche de transformation sociale.

Au demeurant, cette dĂ©marche est-elle bien diffĂ©rente de celle proposĂ©e par la LCR et son nouveau Parti anticapitaliste ? A contrario, pour se rassembler, il faut produire de l’en-commun, croiser nos patrimoines militants, mĂ©tisser nos cultures, et se donner une force commune d’émancipation humaine et de transformation sociale et citoyenne.

Est-ce contradictoire avec la nĂ©cessitĂ© de promouvoir un espace communiste identifiĂ© et organisĂ© ? Je ne le pense pas. C’est mĂȘme selon moi une condition pour que cette nouvelle force soit durable et garantisse un avenir d’émancipation.

Dirigeants du PCF, vous avez toutes les cartes en main et vous le savez. Notre culture, notre histoire, nos traditions vous placent au centre des dĂ©cisions. Mieux que quiconque, vous savez qu’un congrĂšs communiste se gagne toujours par ses directions. Celles-ci dĂ©cident toujours ceux qui incarneront les directions futures.

C’est globalement cette construction endogĂšne que produit la matrice depuis 1920, et c’est bien avec celle-ci qu’il faut rompre dĂ©finitivement.

Il n’est pas possible de poursuivre sur cette voix, sans risquer une nouvelle et profonde saignĂ©e de militants. Redonner du sens Ă  l’Ɠuvre Ă©mancipatrice des communistes requiert de la luciditĂ©, de l’écoute, du partage et le recul nĂ©cessaire pour comprendre l’époque d’aujourd’hui.

Pour ce CongrĂšs, il est tout juste temps de fixer un ordre du jour qui redonne de l’espoir et de la combativitĂ© aux militants. Celui pourrait ĂȘtre :

1. La riposte aux politiques ultralibérales de Sarkozy et les initiatives unitaires pour lui donner force,

2. La préparation des élections européennes avec la constitution de larges listes de rassemblement sans exclusive de tous ceux qui veulent une Europe sociale, pacifique et démocratique,

3. Dans le courant du deuxiĂšme semestre 2009, l’organisation d’assises constituantes sur le projet communiste du 21Ăšme siĂšcle, ouvertes Ă  tout le peuple communiste, et son apport Ă  un espace politique commun de transformation sociale et d’émancipation.

4. La mise en place d’une direction provisoire pluraliste Ă©lue pour conduire ces trois objectifs.

(1) : parmi les signataires Patrice Cohen-Seat, Nicole Borvo et Alain Hayot
Pour lire leur contribution : http://alternativeforge.net/spip.php?article1835

1 commentaire »

  • Nicole a écrit :

    Et voilĂ  c’est reparti ….. nouveau congrĂ©s du PC …. et choisissons le renouveau dans la continuitĂ©. On pourrait aussi l’intituler « chronique d’une mort annoncĂ©e ». Comme beaucoup de gens de gauche qui ne sont pas dans un parti je desespĂšres de voir un jour une formation qui rĂ©ponde enfin Ă  mes attentes. Mais pourquoi les dirigeants du PC ne veulent pas comprendre que nous pourrions demain ĂȘtre nombreux Ă  rejoindre les rangs de cette formation s’ils sortaient enfin de leur shĂ©ma d’appareil centralisĂ© et sclĂ©rosĂ©. Qu’ont-ils peur, du renouvellement et du rajeunissement de leur cadre? Et puis c’est quoi ce parti dans lequel on ne peut mĂȘme pas faire entendre sa diffĂ©rence et ses divergences ? Je croyais que ce congrĂšs devait ĂȘtre un moment de rassemblement et d’ouverture.
    Conclusion : en vieillissant il y a des communistes qui se bonifient et d’autres qui deviennent sourds et aveugles…. A bien pour « Le congrĂšs Extraordinaire, le retour »

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