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"Faisons appliquer la loi SRU dans toute sa rigueur pour stopper la ghettoisation de l'Ile-de-France"

4 février 2011 2 600 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer à un ami Envoyer à un ami

Aussi nécessaire qu’elle soit pour inventer une alternative à l’urbanisme de tours et réduire les inégalités sociales, la politique de la ville se montre impuissante, depuis 20 ans, à enrayer la spirale de la ségrégation spatiale en Ile-de-France. Les inégalités territoriales s’accroissent et les populations les plus fragiles se retrouvent assignées dans certains quartiers. La politique du gouvernement, de l’assouplissement de la carte scolaire aux surloyers en HLM, en passant par la non-application de la loi SRU, accompagne et accentue la perte de mixité sociale.

Je vous propose de retrouver le texte de mon intervention et sa vidéo lors du débat sur la politique de la ville, organisé le 1er février dernier à l’Assemblée nationale, en présence du ministre de la ville, Maurice Leroy :

François ASENSI, Député de Seine-Saint-Denis

D̩bat sur la politique de la ville Рmardi 1er f̩vrier 2011

Première intervention

Je voulais m’adresser au président de l’Assemblée nationale pour faire des observations sur l’organisation du débat. Je limiterai mon propos à deux minutes, puisque c’est le temps dont on m’a indiqué que je dispose. Mais je proteste avec force contre les modalités d’organisation de ce débat, qui corsètent les députés jusqu’à les empêcher de développer tout propos d’ensemble. Notre groupe a adressé un courrier à ce sujet au président de l’Assemblée. Il est resté sans effet. Quand on relègue les élus en dehors de l’hémicycle et qu’on les cantonne à des questions lapidaires, où est le renforcement tant vanté de leurs pouvoirs de contrôle ? En fait de revalorisation du rôle du Parlement, la réforme constitutionnelle de 2008 a rabaissé notre institution. Les députés deviennent de simple faire-valoir de l’action gouvernementale.

Je n’admets pas le mode de désignation des membres des missions dans notre comité d’évaluation. Les députés des groupes GDR et Nouveau centre en sont systématiquement écartés. Cette négation du pluralisme et du débat d’idées est inacceptable. La plupart des parlementaires communistes administrent des territoires fragilisés et ont une grande expérience de la politique de la ville. Nous résistons au quotidien, avec d’autres – nous ne sommes pas les seuls – à la ségrégation des territoires et des individus promue par un système que souvent l’État accompagne. Notre vision, peut-être, dérange. Elle a, en tout état de cause, été écartée de cette mission au profit d’un consensus. Socialistes et UMP, certes majoritaires à l’assemblée, sont dans toutes les missions. Les députés GDR et Nouveau centre en sont écartés.

À regret donc, je serai bref sur le travail, pourtant dense, de nos collègues. Il confirme l’échec de vingt ans de politique de la ville – le terme d’échec est peut-être trop fort, car il y a du travail accompli. À mon tour, je veux féliciter publiquement M. Borloo, comme je le fais dans ma circonscription, pour la politique qu’il a défendue, et en particulier pour cette innovation qu’a constituée l’ANRU, malgré les observations que l’on pourrait faire à ce sujet.

Mais la fracture s’aggrave dangereusement entre les ghettos de pauvres et les ghettos de riches en Île-de-France. Dans cette région, regardons les choses en face : la politique de la ville est bien un échec. Les familles de Neuilly ont désormais un revenu moyen cinq fois supérieur à celles de Sevran, et sont quatre fois moins touchées par le chômage. Aucun gouvernement, de droite ou de gauche, n’a placé ce problème au cœur de son action.

Globalement, en raison du travail accompli, je ne parlerai pas d’échec, mais d’impuissance. Élever des digues de sable face à l’océan, voilà en quoi consiste la politique de la ville. Je pourrai y revenir au sujet de l’Île-de-France. Dans mon propos liminaire, je voulais avant tout protester contre la manière dont sont organisés ces débats qui méritaient mieux que cette magnifique salle Lamartine.

En tant que président de séance, je veux dire au nom du président de l’Assemblée que ce choix a été arrêté après une longue discussion entre les groupes. On a voulu faire une expérience dans cette salle. Je vous parle en tant que membre de l’opposition autant qu’en président de séance : ayons l’honnêteté de reconnaître – que dans notre «grand hémicycle» – appelons cette salle le «petit hémicycle» –, chacun fait son intervention puis s’en va : c’est un ballet permanent. Pensons ne serait-ce qu’à l’image que nous donnons ainsi. Peut-être faut-il trouver un autre lieu, une salle plus grande que celle-ci, mais qui ne donne pas cette vision de trente ou quarante députés dans un immense hémicycle fait pour accueillir 577 personnes. Il y va de l’image de la démocratie.

Telle est donc la position du bureau et de la conférence des présidents. Je comprends tout à fait que l’on exprime la position d’un groupe, et c’est ce que vous avez fait. Mais essayons au moins de voir si nous pouvons avoir une discussion plus vivante, et sans doute plus intéressante sur le fond.

M. Maurice Leroy, ministre. Je rappelle à François Asensi, que j’étais il y a deux mois encore vice-président de l’Assemblée : je respecte donc totalement le débat parlementaire et je n’en minimise pas la portée. Vous répondre dans cette salle n’a rien de discourtois, et je ne vais pas m’immiscer dans des questions d’organisation qui relèvent de vos instances.

François Asensi soulignait la spécificité de l’Île-de-France. Sans vouloir mettre en avant le projet du Grand Paris dont j’ai aussi la charge, je pense qu’on doit parvenir à le conjuguer avec la politique de la ville. Il permet par exemple de résoudre les questions de transport qui sont capitales. Mettre une heure trente en transports en commun pour aller de Clichy-Montfermeil à l’aéroport de Roissy, c’est une aberration quand on pense au gisement d’emplois que cela représente pour les jeunes et tous les habitants de ces cités. Sur le projet du Grand Paris, nous travaillons avec le conseil régional et le président Huchon ainsi qu’avec les huit conseils généraux de la région. C’est, me semble-t-il, le bon niveau pour le faire et les contrats de développement territoriaux en cours d’examen doivent pouvoir y contribuer. Bien entendu, ce n’est pas le nouveau sirop Typhon ; mais ce sont des outils nouveaux et à mes yeux le Grand Paris doit aussi contribuer à faire avancer la politique de la ville en Île-de-France.

2ème Intervention

Depuis trente ou quarante ans, on applique en Île-de-France une politique de sélection des territoires. Il y a d’un côté ceux où habitent les cadres, les quartiers huppés, et de l’autre ceux où l’on relègue les populations en grande difficulté. Dans les années 1970, on a construit tout autour un Paris une chaîne de grands ensembles. C’est là où précisément passera demain le métro automatique et c’est une bonne chose. Il faut sûr cet urbanisme de tours et de barres, c’est vrai. Mais on reloge sur place les mêmes populations en grande difficulté ! Dans ces conditions, toutes les politiques de la ville n’y suffiront jamais. Que fait-on dans une commune où chaque année 130 gosses sortent des collèges sans formation ou sont déscolarisés ? Leur trouver un emploi sera très difficile.

On a sélectionné des territoires et on continue. Peut-être est-ce la main invisible du marché qui, par le biais de la pression foncière, chasse maintenant les couches moyennes de Paris après en avoir chassé les petites gens. Et de cercle en cercle, on continue à repousser les populations en difficulté dans les mêmes territoires où elles s’entassent comme autant de bombes sociales. En 1990 déjà, si vous me permettez de me citer, voici ce que je disais à l’Assemblée : «Les poches de misère sont autant de bombes à retardement. À trop attendre pour les faire disparaître, il risque d’être trop tard pour éviter l’instauration d’un mur d’incompréhension et d’intolérance.» Aujourd’hui, la spécialisation des territoires se poursuit. On ne parvient pas à inverser la tendance.

Certes, il y a la loi DALO, mais où voulez-vous que nous logions les gens ? Ce qu’il faut faire, c’est appliquer la loi SRU dans toute sa rigueur et construire des logements sociaux ailleurs que dans les villes les plus pauvres. Aujourd’hui, les projets en cours continuent d’alimenter un cycle infernal dont nous ne parvenons plus à sortir.

sevransolidarité

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