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Intervention de François Asensi au 34 Úme CongrÚs du PCF

12 dĂ©cembre 2008 2 026 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

Le communisme politique, celui qui est né en 1920 dans la matrice commune du mouvement communiste international, est dans la phase ultime de son extinction.

Le dĂ©clin inexorable du communisme français depuis des dĂ©cennies s’est concrĂ©tisĂ© par un score groupusculaire Ă  la prĂ©sidentielle de 2007.

En ce mois de dĂ©cembre 2008, c’est bien la question existentielle de l’avenir du communisme en France qui doit ĂȘtre au cƓur de ce congrĂšs.

Pourquoi en sommes nous arrivĂ©s lĂ  ? Pourquoi, alors que la question communiste, la visĂ©e qu’elle porte est la rĂ©ponse la plus moderne, la plus universelle en ce 21Ăšme siĂšcle, pourquoi cette image passĂ©iste de nostalgiques d’un autre temps, d’une autre Ă©poque, d’un autre siĂšcle, nous colle Ă  la peau ?

Pourquoi la jeunesse nous observe t-elle avec indiffĂ©rence et se dĂ©tourne dĂšs que nous l’appelons au combat commun ?

Ce que propose la base commune ignore tous les possibles sur l’avenir du communisme français. Les rĂ©dacteurs de ce texte nous proposent d’emprunter le mĂȘme chemin, de revenir sur nos pas, de recommencer ce qui a Ă©chouĂ©. Ce chemin Ă©troit s’avĂ©rera Ă  nouveau sans issue.

La thĂšse fataliste qui est proposĂ©e par la direction actuelle du PCF, se rĂ©sume Ă  considĂ©rer comme acquis et inĂ©luctable, l’emprise du parti socialiste qui a prĂ©emptĂ© la gauche depuis trente ans et fait le choix, au plus fort de la bulle financiĂšre capitaliste et du libĂ©ralisme triomphant, de rĂ©Ă©crire sa loi fondamentale au bĂ©nĂ©fice du social libĂ©ralisme.

Ce changement dans la continuitĂ©, comme nous y invite la base commune, c’est au bout du compte reconduire des accords Ă©lectoraux mortifĂšres sous le label d’une gauche plurielle relookĂ©e.

Ce choix implique de rester dans le carcan du bipartisme et d’un rapport de force dĂ©favorable aux forces de la transformation sociale et d’accepter la domination outranciĂšre d’un parti socialiste recentrĂ©.

La continuitĂ© proposĂ©e dans le texte officiel, c’est de prĂ©tendre rĂ©ussir Ă  nous seuls, communistes, comme le rĂ©pĂšte souvent Marie Gorge Buffet : « faire bouger la gauche » alors que le parti est Ă  l’étiage de son influence depuis 1920.

Comment ferez-vous accepter – et je m’adresse Ă  la direction – Ă  un futur gouvernement de gauche archi dominĂ© par le parti socialiste et lĂ©gitimĂ© par le suffrage universel, un projet politique transformateur pour l’économie, pour une Europe autre que celle de la concurrence libre et non faussĂ©e. Une autre Europe que celle de Maastricht, Nice, Amsterdam, Barcelone, Lisbonne, plĂ©biscitĂ©e par nos alliĂ©s historiques.

Je suis d’accord sur l’idĂ©e de faire Ă©voluer le parti socialiste et de l’enraciner Ă  gauche parce qu’il est une composante indispensable du rassemblement majoritaire que nous voulons face au sarkozisme. Reste que la question du rĂ©Ă©quilibrage induit un puissant mouvement d’Education populaire, politique et citoyen, que nous ne pouvons seul, parti communiste, conduire et animer.

De cette impossibilitĂ© dĂ©coule l’indispensable rassemblement de toutes les forces de la critique sociale autour d’un projet victorieux et durable Ă  gauche.

C’est de ce mouvement que naĂźtra Ă  gauche une nouvelle hĂ©gĂ©monie politique, sociale, culturelle, citoyenne au sens gramscien du terme, attractive pour toute la sociĂ©tĂ©.

Il faut en finir une fois pour toute avec des victoires électorales de la gauche par défaut. Il ne suffit pas de gagner à gauche, il faut gouverner durablement à gauche, sans compromis avec le social libéralisme.

Je lis dans la base commune, je cite : « notre objectif demeure une majorité, un gouvernement une présidence de la république de gauche qui impulseraient une politique de gauche porteuse de grandes réformes transformatrices. ».

Cependant, rien n’est dit sur la construction de cette majoritĂ©. Ou plutĂŽt si, la proposition de fronts populaires et citoyens. Si l’idĂ©e des fronts est sĂ©duisante, sa dĂ©clinaison sur des fronts partiels et limitĂ©s, aux thĂ©matiques diffĂ©rentes, ne produira pas l’unicitĂ© nĂ©cessaire dans l’espace politique et institutionnel, c’est-Ă -dire jusqu’aux Ă©lections.

L’absence de liens entre ces fronts, et la sĂ©quence politique du suffrage universel, est totalement ignorĂ©e dans la base commune. Pourtant, nous avons dĂ©jĂ  donnĂ© et payĂ© trĂšs cher notre manque de lisibilitĂ© politique.

Veut-on reproduire l’exemple du rĂ©fĂ©rendum constitutionnel oĂč un large front s’est constituĂ© et la PrĂ©sidentielle qui a suivi oĂč chacun est retournĂ© mesurer sa propre influence Ă  l’aune du suffrage universel. Faut-il insister ici sur le dĂ©sastre de ce choix politique ?

Si le passage des fronts Ă  la sĂ©quence Ă©lectorale, est totalement flou dans la base commune, reste alors des alliances de type purement Ă©lectoraliste qui en continuitĂ©, avec ce que nous avons produit jusqu’à prĂ©sent, achĂšvera de nous effacer du paysage politique français.

Cette nouvelle gauche plurielle relookée, sera déclinée sur le mode : « discipline républicaine ».

EnserrĂ© dans le bipartisme, ce plus petit dĂ©nominateur commun nous prĂ©servera peut-ĂȘtre quelques siĂšges, dans les assemblĂ©es Ă©lues locales, nationales, rĂ©gionales, mais ce « chacun pour soi » et Dieu pour le PS, officialisera dĂ©finitivement une situation de dĂ©pendance vis-Ă -vis du puissant alliĂ© socialiste.

S’extraire de cette tutelle valide l’idĂ©e d’une nouvelle force politique.

On a beaucoup écrit sur le sujet dans nos rangs. Diaboliser ce thÚme pour stigmatiser les « vilains communistes » a naturellement quelques vertus dans notre ancienne culture.

Je saisis bien les amalgames et le bĂ©nĂ©fice de cette instrumentalisation afin de justifier, au nom de l’efficacitĂ© bien entendu, des directions homogĂšnes. Qu’en est-il alors de la diversitĂ©, rĂ©duite Ă  portion congrue si ce n’est totalement Ă©radiquĂ©e, mais toujours choisie avec discernement par les directions. C’est en somme le retour du centralisme dĂ©mocratique originel dans toute sa splendeur.

Le choix de la nouvelle force n’est, comme le prĂ©tend le nouveau pĂŽle traditionnaliste constituĂ© pour ce congrĂšs, ni la fin de la sĂ©quence communiste en France, ni la fin de sa composante « parti ».

Le choix rĂ©volutionnaire et innovant des communistes serait de s’inscrire dans la construction d’un vĂ©ritable pĂŽle de gauche, Ă  la fois uni sur un projet de transformation sociale et nĂ©cessairement pluraliste. Le mĂ©tissage des cultures, la construction commune d’un projet, ne peuvent se rĂ©aliser que dans la diversitĂ© des patrimoines militants, de leur histoire et de leur expĂ©rience. Libre Ă  chacun de choisir son mode et ses rĂšgles de vie.

Cette force agrĂšgera ce que la gauche « critique » tient de composantes dans l’arc sociĂ©tal le plus large.

Cette force qui a vocation à rassembler majoritairement à gauche et dans le pays doit pouvoir aussi présenter des candidats communs aux élections, sauf à accepter la dispersion des forces et leur satellisation totale au social libéralisme.

Qui peut prĂ©tendre que nous serions moins communistes dans cette convergence avec d’autres sur un projet de rĂ©formes d’essence anti capitaliste ?

Prendre cette direction, c’est certainement faire le nouveau choix stratĂ©gique que ne veulent pas la direction et les rĂ©dacteurs de la base commune. Soit ! Mais disons les choses clairement aux militants : si l’on ne fait pas ce choix la discipline rĂ©publicaine restera l’unique visĂ©e, l’horizon indĂ©passable du parti communiste.

A contrario, choisir le chemin de la novation, c’est sauter de ce train qui nous conduit Ă  la gare de nulle part ; nous ne le pouvons car il est dĂ©jĂ  pratiquement Ă  l’arrĂȘt.

Sauter du train, c’est rompre avec notre culture d’origine, cette fameuse matrice Ă  laquelle nous restons liĂ©s, pour construire le communisme de ce siĂšcle. Saurons-nous enfin ĂȘtre communistes autrement ?

Ce congrĂšs sera encore celui des occasions perdues. Il aurait pu dĂ©cider un processus constituant, non pas pour crĂ©er une nouvelle force, ni un nouveau parti, mais fonder ce que veut dire ĂȘtre communiste, dans ce 21Ăšme siĂšcle. De ce travail de fondation, auraient dĂ©coulĂ©s les outils de la mise en Ɠuvre.

Les auteurs de la base commune n’ont pas voulu regarder au-delĂ  de l’horizon. Il suffisait de prendre du recul et de la hauteur, de dĂ©dramatiser l’enjeu existentiel de nos dĂ©bats.

Personne ici peut se prétendre légataire de notre histoire. Personne peut se prévaloir de la pensée des communistes et détenir en leur nom un mandat impératif.

16 % seulement des adhĂ©rents ont votĂ© ce texte estampillĂ© « base commune ». Qui peut s’estimer dans ces conditions dĂ©tenteur de la souverainetĂ© et gardien de la vĂ©ritĂ© ?

Si nous voulons garder et dĂ©velopper un nouvel espace communiste reconnu et identifiĂ©, le cheminement avec d’autres dans une nouvelle force d’émancipation humaine de transformation sociale s’impose comme une nĂ©cessitĂ© absolue. L’avenir du communisme ne dĂ©pend pas que de nous.

D’autres forces, d’autres mouvements, d’autres formations sous des formes et dans des rythmes divers, porteront la lutte d’émancipation, et sa visĂ©e communiste. Les partis naissent et meurent, les idĂ©es restent quand elles sont universelles. Si nous voulons ĂȘtre de ce mouvement, pour l’humanitĂ©, sachons percevoir qu’une communautĂ© de destins nous lie Ă  d’autres. Et ils sont innombrables.

NB : Compte tenu du temps imparti, j’ai du un peu Ă©courter ce texte. Mais j’ai prĂ©fĂ©rĂ© vous en donner la version prĂ©vue dans son intĂ©gralitĂ©.

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