Accueil » 3 villes ensembles, ActualitĂ©s

A Sevran comme ailleurs, aucune complaisance face au trafic de drogue

5 fĂ©vrier 2011 3 810 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

« Au-delĂ  des sommes fabuleuses qu’elle brasse, des guerres qu’elle gĂ©nĂšre, la drogue dĂ©truit la conscience sociale, la conscience de classe, la morale, l’éthique, le dĂ©sir et l’amour. », Jacques Broda, Professeur de sociologue Ă  l’universitĂ© d’Aix-Marseille, spĂ©cialiste de la jeunesse

Déclaration de François Asensi :

Devant les consĂ©quences graves des stupĂ©fiants sur la santĂ© publique et la sĂ©curitĂ© des Sevranais, le dĂ©putĂ© juge inacceptable d’autoriser la vente libre des drogues.

.

« Madame, Monsieur,

A Sevran, un policier a Ă©tĂ© rĂ©cemment blessĂ© par des trafiquants de drogue dans le quartier de CitĂ© Basse. Cette attaque lĂąche, par une voiture fonçant sur un policier Ă  pied, dĂ©montre la dĂ©termination de dealers sans foi ni loi lorsqu’il s’agit de prĂ©server un commerce juteux.C’Ă©tait dĂ©jĂ  le cas en aoĂ»t 2009, lorsque cinq personnes avaient pĂ©ri dans un incendie liĂ© au trafic de stupĂ©fiants Ă  la PĂ©rouse.

Démanteler des réseaux mafieux organisés selon les rÚgles du grand banditisme

Je condamne avec la plus grande fermetĂ© ces actes criminels et je tiens Ă  exprimer mon entiĂšre solidaritĂ© au policier et Ă  l’ensemble de la Police rĂ©publicaine, dont la mission est d’assurer la sĂ©curitĂ© de tous les Sevranais, dans des conditions souvent difficiles.

Aucune complaisance n’est de mise face au trafic de drogue. Il met en cause la santĂ© de milliers de jeunes et rend la vie insupportable dans plusieurs quartiers de Sevran. Pour vous connaĂźtre, je sais que vous aspirez Ă  retrouver la tranquillitĂ© et que vous souhaitez le dĂ©mantĂšlement de ces rĂ©seaux mafieux organisĂ©s selon les rĂšgles du grand banditisme. A de nombreuses reprises, j’ai portĂ© ce message auprĂšs du PrĂ©fet de Seine-Saint-Denis et du ministre de l’IntĂ©rieur. Nous ne pouvons tolĂ©rer plus longtemps la dĂ©rive criminelle du trafic de cannabis, qui a endeuillĂ© Ă  plusieurs reprises la ville de Sevran. L’Etat doit faire face Ă  ses obligations rĂ©publicaines.

Proposer la vente libre du cannabis fragilise le travail d’Ă©ducation des parents

Depuis plusieurs mois dans les mĂ©dias, le maire de Sevran, StĂ©phane Gatignon, se prononce en faveur de la vente libre de cannabis. Il a mĂȘme Ă©tĂ© jusqu’à suggĂ©rer la mise en culture de pavot (opium) en Ile-de-France. Ces prises de position suscitent un vĂ©ritable malaise dans la population sevranaise qui ne partage pas ce point de vue. En tant que dĂ©putĂ© de Sevran, je ne peux accepter qu’un sujet aussi grave soit dĂ©battu sans les Sevranais, premiĂšres victimes des violences du trafic de drogue.

Je m’interroge sur les consĂ©quences du message portĂ© par le premier magistrat de Sevran auprĂšs des jeunes, des familles et des trafiquants. Comment mettre en garde les adolescents Sevranais sur les dangers de la drogue lorsqu’un responsable politique banalise sa consommation ? Le travail d’éducation des parents et des Ă©ducateurs se trouve fragilisĂ©, tout comme les efforts des professionnels de la santĂ© et de la prĂ©vention aux addictions. Comment dissuader les plus jeunes de se tenir Ă  l’écart de ces trafics lorsque le maire de Sevran leur donne la perspective de sa lĂ©galisation ?

Accompagner les consommateurs, plutĂŽt que les sanctionner

Dans le dĂ©bat sur la libĂ©ralisation de l’usage de drogue, je n’admets pas que la question de la santĂ© publique soit relĂ©guĂ©e au second rang. On ne peut expliquer aux français que le tabac ou l’alcool sont des flĂ©aux et autoriser la libre consommation d’une drogue telle que le cannabis. PrĂ©cisĂ©ment parce qu’il s’agit d’une question de santĂ© publique, la rĂ©pression des consommateurs de cannabis n’est pas une solution. A ce titre, la loi de 1970 rĂ©glementant les stupĂ©fiants est obsolĂšte. Les personnes victimes d’addiction, hormis lorsqu’elles sont dangereuses pour autrui, ne doivent pas ĂȘtre sanctionnĂ©es mais accompagnĂ©es.

Je ne crois pas Ă  la possibilitĂ© de « casser » les trafics en lĂ©galisant les stupĂ©fiants. PrĂ©senter la libre vente du cannabis comme l’antidote Ă  la violence des rĂ©seaux de trafiquants est une rĂ©ponse simpliste et dĂ©magogique Ă  un problĂšme complexe, mĂȘlant les questions de santĂ© publique, de sĂ©curitĂ© et d’Ă©conomie mafieuse. Des pays comme l’Espagne ou les Pays-Bas avaient fait le choix de la libĂ©ralisation du marchĂ© du cannabis, mais songent dĂ©sormais Ă  revenir en arriĂšre. Dans ces pays, les rĂ©seaux mafieux persistent et prospĂšrent, des drogues plus nocives se rĂ©pandent et le tourisme de la drogue dĂ©stabilise certaines villes.

La légalisation des stupéfiants ne brisera pas les trafics

Le trafic de cannabis s’enracine dans la crise Ă©conomique et sociale, particuliĂšrement forte dans les quartiers populaires. Le chĂŽmage endĂ©mique est la premiĂšre cause de la recherche de revenus de substitution.Une poignĂ©e d’individus cĂšde Ă  la tentation de l’argent facile de la drogue. Il est illusoire de penser que ces mĂȘmes individus, une fois le cannabis lĂ©galisĂ©, s’intĂ©greraient Ă  l’économie lĂ©gale du jour au lendemain. Les rĂ©seaux mafieux se tourneraient probablement vers d’autres trafics tout aussi rentables et plus nocifs. On peut dĂ©jĂ  observer l’expansion prĂ©occupante du trafic de cocaĂŻne, dont la baisse des prix banalise l’usage auprĂšs d’une partie de la jeunesse. D’ailleurs, la rĂ©glementation de la vente du tabac par l’Etat n’empĂȘche pas que se dĂ©veloppe un marchĂ© noir de plusieurs milliards d’euros nourrissant l’économie du crime.

Pour autant, le statu quo n’est pas tenable, pas plus que la politique de l’autruche. Pour que Sevran et la plupart des villes en France Ă©chappent Ă  la spirale de la violence mafieuse, je demande au gouvernement et aux pouvoirs publics de se mobiliser sur trois prioritĂ©s :

– engager enfin une vĂ©ritable politique de prĂ©vention sur les consĂ©quences sanitaires et sociales du cannabis, notamment sur le dĂ©crochage scolaire et les conduites Ă  risque

– combattre efficacement la paupĂ©risation et la relĂ©gation de certains quartiers, qui nourrissent le terreau de l’économie souterraine

– enfin, lutter sans merci contre le trafic de drogue Ă  l’échelle locale et internationale.

La tranquillitĂ© des Sevranais, la santĂ© des plus jeunes, mĂ©rite la mobilisation de tous, Ă©lus, citoyens, parents d’élĂšves et responsables associatifs. Vous pouvez compter sur mon action rĂ©solue Ă  vos cĂŽtĂ©s.

Cordialement »
François ASENSI, Député de Sevran, Tremblay, Villepinte


Réaction de Xavier Aknine, médecin addictologue :

Je partage pour l’essentiel les idĂ©es que dĂ©veloppe F. Asensi dans sa dĂ©claration intitulĂ©e : Aucune complaisance pour les trafiquants de drogues. En particulier , il est juste de contester le simplisme de la position qui consiste Ă  dire que la lĂ©galisation du cannabis suffirait Ă  casser le trafic . MĂȘme si ce produit , qui n’est pas une drogue douce , contrairement aux propos de S. Gatignon , Ă©tait vendu lĂ©galement dans les bureaux de tabac ,  un commerce clandestin de cannabis plus concentrĂ© , se dĂ©velopperait immanquablement en parallĂšle.

Je suis mĂ©decin , spĂ©cialisĂ© en addictologie depuis 15 ans , actuellement coordinateur de l’Ă©quipe de soins du Csapa Emergence Ă  Paris 13Ăš ( pour les patients de plus de 25 ans ) et sais par expĂ©rience que l’abus de cannabis chez les jeunes  entraĂźne souvent une souffrance psychique majeure liĂ©e Ă  l’ isolement , l’Ă©chec scolaire et l’exclusion sociale. De plus , la consommation de ce produit est souvent associĂ©e Ă  l’alcool. Il faut , selon moi , dĂ©velopper la prĂ©vention et le soin pour toutes les conduites addictives ( produits licites et illicites ) car les moyens allouĂ©s Ă  la lutte contre les addictions sont insuffisants et la loi de 1970 , qui a instaurĂ© les centres de soins anonymes et gratuits , doit ĂȘtre actualisĂ©e. De mĂȘme , il faut dĂ©velopper la rĂ©duction des risques liĂ©e Ă  l’usage de drogues, qui est dĂ©sormais inscrite dans la loi. Il s’agit d’assurer un accompagnement Ă©ducatif et social aux usagers de drogues marginalisĂ©s et de favoriser leur accĂšs aux soins .

Sur ce plan, il faut dĂ©fendre l’idĂ©e de la dĂ©pĂ©nalisation de l’usage des drogues car les usagers doivent ĂȘtre traitĂ©s comme des patients et non comme des dĂ©linquants. En particulier , les dĂ©putĂ©s doivent autoriser les expĂ©rimentations de salles de consommation supervisĂ©es, pour rĂ©duire les pratiques les plus Ă  risque d’overdose et de contamination du VIH et de l’hĂ©patite C, comme cela se fait en Suisse. C’est l’occasion d’entrer en contact avec les toxicomanes les plus dĂ©socialisĂ©s et ayant recours Ă  l’injection de drogues.

Pour les patients hĂ©roĂŻnomanes, les traitements de substitution ( SUBUTEX et METHADONE ) qui sont prescrits en France depuis 1996 , ont permis  Ă  plus de 100 000 personnes de se stabiliser, de renouer les liens avec leur famille et d’effectuer un parcours de rĂ©insertion socio-professionnel. 90% de ces patients sont suivis par leur mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste et 10% par les centre spĂ©cialisĂ©s ( CSAPA ).

Concernant la cocaĂŻne et le crack , des protocoles expĂ©rimentaux de traitement sont en cours dans plusieurs centres spĂ©cialisĂ©s mais aucune molĂ©cule n’a montrĂ© sa supĂ©rioritĂ© par rapport aux autres et il s’agit de traitements visant Ă  rĂ©duire le craving ( envie irrĂ©pressible de consommer ) de la cocaĂŻne lors du sevrage.

Enfin , un soutien doit ĂȘtre apportĂ© aux parents et familles des patients. Pour ce qui est du trafic des drogues , il relĂšve de l’organisation criminelle Ă  l’origine d’une Ă©conomie mafieuse et il doit ĂȘtre combattu fermement et sans faille.
Dr AKNINE Xavier
Médecin Généraliste , Addictologue


Laissez votre réponse !

Ajoutez votre commentaire si dessous, ou le trackback de votre propre site. Vous pouvez aussi vous abonner aux commentaires via RSS.

Vous pouvez utiliser ces balises :
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>