Accueil » Affaires internationales, Interventions en sĂ©ances Ă  l'AssemblĂ©e Nationale

Intervention à l'Assemblée: "Rompons définitivement avec les pratiques de la Françafrique"

2 mars 2011 4 876 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

Je suis intervenu Ă  l’AssemblĂ©e nationale dans le cadre du dĂ©bat sur les rapports entre la France et le continent Africain proposĂ© par le groupe GDR (Gauche DĂ©mocratique et RĂ©publicaine) dont je fais partie. A cette occasion, j’ai appelĂ© la France Ă  changer radicalement sa politique Ă  l’Ă©gard du continent africain. La realpolitik doit laisser sa place Ă  de nouvelles relations avec l’Afrique, dĂ©barrassĂ©es des compromissions et arrangements coupables du passĂ©. Notre politique Ă©trangĂšre doit s’attacher Ă  promouvoir le dĂ©veloppement de l’Afrique et Ă  accompagner les peuples sur le chemin difficile de la dĂ©mocratie.


« Madame la prĂ©sidente, monsieur le ministre, je me fĂ©licite Ă©galement de la tenue de ce dĂ©bat sur la politique de la France en Afrique. Comme beaucoup de mes concitoyens, comme beaucoup d’Africains, je ne peux vous cacher mon malaise Ă  l’idĂ©e de dĂ©battre des relations qui lient notre pays Ă  ce continent de plus d’un milliard d’habitants.

Tout d’abord, comment ne pas Ă©voquer la rĂ©volte des peuples tunisien, Ă©gyptien et libyen ? Ce printemps des peuples bouleverse le cours de l’histoire et offre un cinglant dĂ©menti aux formules inacceptables du discours de Dakar. Ce soulĂšvement populaire est l’expression d’une opposition massive Ă  des rĂ©gimes autoritaires, prĂ©dateurs et corrompus. Cette rĂ©volte des peuples, que la France officielle n’a pas vu venir, est aussi un constat d’échec pour notre diplomatie.

Les bruits de bottes d’une intervention Ă©trangĂšre en Libye menĂ©e par les États-Unis se font dĂ©sormais entendre. Il semblerait que la prĂ©sence d’importants champs pĂ©trolifĂšres suscite bien des convoitises. À ce titre, je partage les propos de M. Alain JuppĂ© : une intervention en Libye serait totalement contreproductive. J’ajoute qu’elle s’apparenterait Ă  une aventure de type nĂ©ocoloniale et ne ferait que dĂ©grader nos rapports avec l’Afrique. Ce serait de surcroĂźt un formidable cadeau Ă  faire au dictateur Kadhafi.

La France doit dĂ©finitivement rompre avec les pratiques de la Françafrique. Il est temps de revenir au message universel de la France, qui a su donner le vertige de la libertĂ© aux peuples du monde entier. Il est temps de renouer avec cette France qui, ayant pris conscience de l’impasse de la colonisation, avait su accompagner la plupart des peuples africains vers l’indĂ©pendance.

La France doit effectuer un grand tournant dans sa relation avec l’Afrique. Notre politique Ă©trangĂšre doit viser l’émancipation des peuples d’Afrique et le droit au dĂ©veloppement de ces pays. Un dĂ©veloppement librement choisi par les peuples est la condition pour qu’ils vivent et s’épanouissent dans leur pays. Si nous ne faisons pas cette rupture politique et culturelle indispensable, la France continuera de maintenir des rapports paternalistes de type nĂ©ocolonialiste avec l’Afrique.

Trop longtemps, la France a soutenu des dictateurs pour prĂ©server des intĂ©rĂȘts mercantiles. Comment accepter de telles compromissions avec des rĂ©gimes qui oppriment leur peuple, dĂ©tournent leurs ressources, foulent au pied les principes de la dĂ©mocratie ? Une des vocations de la diplomatie est certes de faire valoir les intĂ©rĂȘts de la France dans le monde. Mais, cette action doit se traduire par de vĂ©ritables contreparties pour le dĂ©veloppement des pays. Or dans de nombreux pays d’Afrique, certains grands groupes prospĂšrent sans que les pays d’accueil en retirent les fruits. Total, qui a fait un bĂ©nĂ©fice de 10 milliards d’euros en 2010, rĂ©alise 30 % de sa production en Afrique. AREVA, Bouygues ou BollorĂ© font Ă©galement des milliards de bĂ©nĂ©fices alors que la population, elle, continue de vivre dans la misĂšre et voit son environnement naturel se dĂ©grader.

Les Ă©changes avec l’Afrique devraient au contraire se faire au bĂ©nĂ©fice des peuples français et africains, selon une logique « gagnant-gagnant ». L’Afrique a besoin de dĂ©velopper une agriculture vivriĂšre pĂ©renne, d’assurer l’accĂšs Ă  l’eau, Ă  la santĂ©, Ă  l’éducation, pour que les Africains ne soient plus contraints Ă  l’exode.

L’aide publique participe au dĂ©veloppement du continent. L’aide française n’est nĂ©anmoins pas Ă  la hauteur des enjeux actuels. Toujours bien en deçà du seuil de 0,7 % du PIB fixĂ© par l’ONU, le volume de l’aide au dĂ©veloppement diminue d’annĂ©e en annĂ©e.

Au-delĂ , la France doit promouvoir un systĂšme d’échange plus juste, pour prĂ©server ces pays des excĂšs de la mondialisation financiĂšre. Ainsi, la mise en place d’une taxe sur les transactions financiĂšres permettrait de mobiliser des fonds considĂ©rables pour l’Afrique.

Il est temps de mettre au pas le systĂšme spĂ©culatif qui fait tant de dĂ©gĂąts sur ce continent. La tutelle des agences de notation doit cesser. Elles n’hĂ©sitent pas Ă  abaisser la notation de l’Égypte et de la Tunisie parce que celles-ci accĂšdent Ă  la dĂ©mocratie. C’est scandaleux !

La politique Ă©trangĂšre de la France doit changer. La realpolitik doit laisser la place Ă  de nouvelles relations avec le continent africain, dĂ©barrassĂ©es des compromissions et arrangements coupables du passĂ©. Pour de nombreux pays, la France continue d’incarner les idĂ©aux de justice, d’égalitĂ© et d’universalitĂ© des droits de l’homme, mĂȘme si ce message a Ă©tĂ© lĂ©gĂšrement troublĂ© ces derniers temps. Le rĂŽle de la diplomatie française doit ĂȘtre d’accompagner les peuples sur le chemin difficile de la dĂ©mocratie. La dette que nous avons contractĂ©e Ă  l’égard des pays africains lors de la colonisation nous oblige Ă  assumer certains devoirs.

L’Afrique a donnĂ© des grands hommes Ă  l’histoire. Des hommes comme Nelson Mandela ou Patrice Lumumba ont Ă©tĂ© des vigies Ă©clairĂ©es pour l’émancipation des peuples africains.

Nous, les dĂ©putĂ©s communistes, avons foi en l’avenir de l’Afrique et nous croyons en l’homme africain« .

Laissez votre réponse !

Ajoutez votre commentaire si dessous, ou le trackback de votre propre site. Vous pouvez aussi vous abonner aux commentaires via RSS.

Vous pouvez utiliser ces balises :
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>