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Entretien dans l'Humanité : "une instrumentalisation évidente de la laicité"

5 avril 2011 4 054 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

HUMANITE

5 avril 2011

Entretien rĂ©alisĂ© par‹ SĂ©bastien CrĂ©pel

Pour François Asensi, député maire communiste de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis), la loi de 1905 reste éminemment moderne.

En liant dĂ©bat sur la laĂŻcitĂ© et sur la place de l’islam, les responsables de l’UMP cherchent-ils Ă  stigmatiser les musulmans de France?

François Asensi : Comme l’UMP est en grande difficultĂ© Ă©lectorale, le calcul de ses dirigeants est d’aller chasser sur les terres du FN pour gagner ses Ă©lecteurs au vote UMP. Dans cette optique, il y a une instrumentalisation Ă©vidente du thĂšme de la laĂŻcitĂ©, qui a pour but de remettre en cause la place des musulmans en France, et donc de stigmatiser l’islam. Ce qui est tout Ă  fait contraire Ă  la loi de 1905 de sĂ©paration de l’Église et de l’État, dont l’article premier stipule que «la RĂ©publique assure la libertĂ© de conscience» et qu’elle «garantit le libre exercice des cultes».

S’agit-il, sous couvert de laĂŻcitĂ©, d’une incursion de l’État dans les affaires religieuses?

François Asensi : On ne peut aborder ce thĂšme sans se rappeler le discours de Latran du prĂ©sident de la RĂ©publique et les propos qu’il a tenus sur le rĂŽle des prĂȘtres face aux instituteurs. On est Ă  mille lieues d’une conception rĂ©publicaine qui veut que, selon la belle formule de Victor Hugo, c’est «l’État chez lui, l’Église chez soi». La sĂ©paration de l’un et de l’autre est la seule garantie de la libertĂ© d’exercer sa foi si on le souhaite, tout comme celle de ne pas croire et de ne pas avoir de religion. La loi de 1905 affirme la libertĂ© de conscience qui permet le vivre-ensemble dans un cadre librement acceptĂ© par tous.

On insiste beaucoup sur la place à accorder aux cultes. Mais qu’en est-il de celle des non-croyants?

François Asensi : La libertĂ© des cultes est consubstantielle Ă  la libertĂ© des non-croyants de pouvoir affirmer leur philosophie dans le cadre rĂ©publicain. La loi de 1905 ne s’adresse pas qu’aux pratiquants des religions, elle garantit Ă©galement aux athĂ©es le droit de ne pas croire en toute libertĂ©. On voit bien comment l’UMP cherche Ă  tordre cette vocation universelle, qui est celle de garantir la libertĂ© de penser, de croire et de ne pas croire.

Pour vous, il n’est donc nul besoin de rĂ©viser la loi sur la laĂŻcitĂ©?

François Asensi : Cette loi garde toute sa valeur, car elle est à caractùre universel. C’est un cadre unique, qui permet la construction de lieux de cultes sans que l’État ne participe à leur financement. C’est justement cela que l’UMP souhaite remettre en cause aujourd’hui.

Quelle est la part de responsabilitĂ© des pouvoirs publics dans la garantie de l’exercice des cultes?

François Asensi : Selon la loi de 1905, il appartient aux pouvoirs publics d’entretenir les Ă©difices religieux, non de les construire. À Tremblay, nous avons simplement veillĂ© Ă  dĂ©gager un terrain au cƓur de la citĂ© que les croyants ont achetĂ© sur leurs propres deniers pour y construire la mosquĂ©e. Ce qui est inacceptable, c’est de contraindre certains cultes Ă  aller prier dans des lieux dĂ©saffectĂ©s, cachĂ©s, loin, en pĂ©riphĂ©rie des villes. Je le rĂ©pĂšte : permettre Ă  chacun de vivre sa foi dans des conditions dignes et dĂ©centes, ce n’est pas contraire Ă  la laĂŻcitĂ©, c’est une condition de celle-ci. Cela permet d’éviter de voir les rues transformĂ©es en lieu de priĂšre, ce Ă  quoi je suis catĂ©goriquement opposĂ©.

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