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Mon intervention au congrès de la CGT Roissy : " Je ne suis pas de ceux qui croient à la fin de la classe ouvrière! "

1 mai 2011 6 072 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer à un ami Envoyer à un ami

Congrès de l’Union locale CGT Roissy

28-29 avril 2011


Mesdames et Messieurs les congressistes,

Cher(e)s ami(e)s et camarades,

Un Congrès est toujours un moment fondateur dans la vie d’une union locale. Il trace un cap et fixe de nouvelles ambitions pour défendre les droits des salariés face à l’évolution du monde du travail. Aussi, je tiens à vous dire que je suis particulièrement heureux d’accueillir votre Congrès à Tremblay-en-France.

Avec près de 5000 adhérents présents dans plus de cent entreprises, l’Union locale joue un rôle essentiel pour faire de la plateforme aéroportuaire un espace de progrès social et de droits pour les salariés.

Il y a fort à faire. Les travailleurs de la plateforme subissent comme tous les français les régressions sociales et civilisationnelles impulsées ces dernières années par la droite libérale et le MEDEF. Leur projet est clair, cohérent : affaiblir le Pacte social né sous le Conseil National de la Résistance. Car ses valeurs de solidarité et d’égalité sont des obstacles pour les tenants de l’argent roi et du capitalisme financier.

Les mauvais coups se sont succédés, du relèvement de l’âge de départ en retraite au démantèlement de la médecine du travail, en passant par la liquidation du droit du travail. Le monde du travail s’est mobilisé et s’est opposé par millions à ces choix, en septembre dernier. Quelle réponse cinglante à ceux qui spéculent sur l’essoufflement des syndicats ! Dans cette mobilisation, la CGT a joué un rôle majeur.

Les députés communistes ont trouvé dans ce mouvement social un point d’appui indispensable pour lutter dans les institutions. Certes, l’amertume a été à la mesure de l’ampleur du mouvement, mais je suis convaincu que des graines ont été semées.

***

Le monde du travail à Roissy Charles de Gaulle a aussi ses spécificités. Ce pôle économique, avec 180 000 emplois, est l’un des plus prospères d’Europe. Il a été identifié par le gouvernement et Christian Blanc comme un des « clusters » français.

Vous le savez, je suis attaché à l’essor de la plateforme aéroportuaire, et la ville de Tremblay a largement contribué à la valorisation de cet espace. Mais le développement économique n’est pas une fin en soi.

L’essor économique doit correspondre à un projet de territoire et une nouvelle urbanité. La récente création de la communauté d’agglomération Terres de France, que je préside, sera un instrument essentiel pour définir ce projet avec les habitants, en lien avec les communes voisines.

Le développement de la plateforme de Roissy doit se mettre au service des habitants. Il doit être partagé avec les salariés, qui créent la richesse. Nous en sommes encore loin. Une grande partie des habitants de notre territoire ne connaissent pas les fruits de cette richesse. Ils sont confrontés au chômage de masse. Ils subissent les temps partiels et l’intérim. Ils peinent à boucler les fins de mois avec de petits salaires.

Car la plateforme aéroportuaire est aussi un laboratoire de l’évolution du capitalisme et de ses modes d’organisation du travail. Le recours à la sous-traitance et à la filialisation est devenu la norme et permet aux grands groupes de fuir leurs responsabilités à l’égard des salariés, par des plans de licenciements déguisés. Les employés d’Airelle et d’Aerobag en ont fait les frais. Ces méthodes sont inacceptables.

La flexibilité du marché du travail fait ici des ravages. Le CDI et le temps-plein deviennent des exceptions. Cette évolution désastreuse renforce le caractère aliénant du travail et le prive de toute dimension émancipatrice. Les drames humains à France Télécom ou d’autres grandes entreprises ne sont que la partie immergée de l’iceberg du management libéral.

Il ne suffit pas de s’émouvoir de ses excès dans certaines entreprises. Il faut remettre en cause en profondeur la lame de fond de la précarisation des salariés. C’est la principale question adressée aux forces politiques de gauche, avec celle des salaires.

Si cette flexibilisation du travail a été conçue par la droite thatchérienne, la social-démocratie a joué un rôle actif dans sa promotion. L’Union européenne s’est fait le chantre de la libéralisation du marché du travail au moment où la majorité des pays membres étaient gouvernés à gauche. En France, le gouvernement Jospin a accepté la dérégulation du travail en contrepartie de la baisse souhaitable du temps de travail. Un choix que les députés communistes ont combattu, de manière acharnée, à l’Assemblée nationale.  A ma connaissance, la social-démocratie n’est toujours pas revenue de ce mirage libéral sur le marché du travail.

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Parce que la plateforme aéroportuaire est un laboratoire du nouveau capitalisme financiarisé, l’action syndicale y est plus qu’ailleurs indispensable. A ce titre, la création d’une Bourse du travail est une exigence que je partage totalement.

Nous le savons, la précarisation du travail et l’isolement des salariés sont des freins à la lutte syndicale. Mais les combats menés chez TAT, Manustra ou à GSF montrent que les salariés sont prêts à se battre pour leurs droits. Des victoires sont possibles.

Je ne suis pas de ceux qui croient à la fin de la classe ouvrière, ce prêt à penser de la sociologie. Elle est indéniablement moins homogène. Mais l’exploitation des salariés demeure et se renforce sous l’effet de la globalisation. La réalité de notre pays, ce sont des millions de français qui travaillent durs, créent de la richesse, mais sont pourtant sous le seuil de pauvreté. Comment accepter une telle société ?

Ici, ce sont des milliers de salariés qui font fonctionner dans l’ombre et avec dévouement la plateforme aéroportuaire, dans des conditions souvent difficiles. C’est la responsabilité des forces de gauche de défendre ces millions de travailleurs et de se battre pour leur dignité et de meilleures conditions de vie.

Vous savez que vous pourrez toujours me trouver à vos côtés pour ce combat.

Je vous remercie de votre attention et je vous souhaite une bonne poursuite de vos travaux, avec demain je crois la présence du secrétaire général Bernard Thibaut.

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