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Déclarations des maires et élus de Seine-Saint-Denis : "Les quartiers populaires n'ont pas besoin de l'armée, mais de sécurité et de justice sociale"

17 juin 2011 27 843 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

DĂ©claration

Vendredi 14 juin 2011

Maires de villes populaires de Seine-Saint-Denis, nous refusons catĂ©goriquement le recours Ă  l’armĂ©e dans les quartiers touchĂ©s par le trafic de drogue, tel qu’envisagĂ© par plusieurs Ă©lus locaux et responsables nationaux.

Dans un Etat dĂ©mocratique, le rĂŽle de l’armĂ©e est clair : protĂ©ger le territoire national de forces Ă©trangĂšres. L’idĂ©e de recourir Ă  l’armĂ©e dans les banlieues revient Ă  dĂ©signer leurs habitants comme des ennemis de l’intĂ©rieur. Les quartiers populaires dans lesquels vivent la jeunesse de France ne sont pas des territoires Ă©trangers Ă  la RĂ©publique. Ils en sont le cƓur et l’avenir, comme d’autres territoires.

L’idĂ©e de recourir Ă  l’armĂ©e en banlieue jette de l’huile sur le feu et stigmatise une nouvelle fois les villes de banlieues. La gravitĂ© de la situation exige que les responsables politiques et administratifs, les policiers, les magistrats, se rassemblent pour trouver des rĂ©ponses de fond au problĂšme complexe du trafic de stupĂ©fiants, en dehors de toute surenchĂšre mĂ©diatique.

RĂ©clamer l’armĂ©e n’est pas une proposition sĂ©rieuse, mais un terrible renoncement. Le renoncement d’un Etat de droit et de sa police rĂ©publicaine Ă  exercer ses missions rĂ©galiennes : garantir la sĂ©curitĂ© de tous les citoyens, quels que soient leur lieu d’habitation, leur origine, leur statut social. En tant qu’élus, nous ne pouvons cautionner cette forme d’abdication de la RĂ©publique.

Les Français ne sont d’ailleurs pas dupes : dans un rĂ©cent sondage, 81% sont « d’accord » pour dire que « ce n’est pas Ă  l’armĂ©e mais aux forces de police d’assurer la sĂ©curitĂ© publique ».

IndĂ©niablement, le trafic de stupĂ©fiants a pris un essor considĂ©rable. Sa violence dĂ©stabilise la cohĂ©sion sociale et gĂąche la vie de nombreux habitants qui rĂ©clament Ă  juste titre une action dĂ©terminĂ©e de l’Etat. Nous partageons la conviction qu’aucun renoncement n’est possible face Ă  des rĂ©seaux mafieux qui dĂ©fient notre dĂ©mocratie et pratiquent le plus sauvage des libĂ©ralismes.

Dans cette lutte de tous les instants, la police de la RĂ©publique a les compĂ©tences pour mettre hors d’état de nuire les trafiquants de drogue, pour peu qu’on lui en donne les moyens. Il faut pour cela mettre un terme Ă  la politique de rĂ©duction des effectifs de fonctionnaires de police, et combattre l’inĂ©gale rĂ©partition des forces de police en Ile-de-France.

La principale guerre Ă  mener est celle contre les inĂ©galitĂ©s de territoires. Dans des domaines essentiels tels que la santĂ©, l’éducation, la sĂ©curitĂ©, l’Etat n’accorde pas Ă  la Seine-Saint-Denis des moyens Ă©quivalents Ă  ceux d’autres dĂ©partements. Beaucoup de personnes incriminĂ©es dans des actes de violence et recrutĂ©es comme trafiquants sont mineures. Il y a urgence Ă  dĂ©cupler les moyens Ă©ducatifs et prĂ©ventifs dans notre dĂ©partement, seuls Ă  mĂȘme de combattre ce flĂ©au.

L’exigence de justice sociale doit ĂȘtre replacĂ©e au cƓur du dĂ©bat sur les banlieues. Il est illusoire d’espĂ©rer une amĂ©lioration substantielle de la vie dans les quartiers tant qu’en Seine-Saint-Denis, le chĂŽmage restera largement au-dessus de la moyenne rĂ©gionale et que la prĂ©caritĂ© sociale progressera.

La Seine-Saint-Denis n’a ni besoin de militaires, ni de nouvelles stigmatisations dans les mĂ©dias. Elle a besoin de la police rĂ©publicaine pour dĂ©manteler les trafics et de la justice sociale pour vaincre les discriminations territoriales.

Cette situation est aussi révélatrice de la nécessité de transformer profondément cette société.

Signataires :

François ASENSI (Maire de Tremblay, PrĂ©sident de l’agglomĂ©ration Sevran-Tremblay-Villepinte)

Michel BEAUMALE (Maire de Stains)

Patrick BRAOUEZEC (PrĂ©sident de l’agglomĂ©ration Plaine Commune)

Marc Everbecq (Maire de Bagnolet)

Carinne JUSTE (Maire de Villetaneuse)

Didier MIGNOT (Maire du Blanc-Mesnil)

Didier PAILLARD (Maire de Saint-Denis)

Catherine PEYGE (Maire de Bobigny)

Gilles POUX (Maire de La Courneuve)

Nelly ROLAND IRIBERRY (Maire de Villepinte)

Jacqueline ROUILLON (Maire de Saint-Ouen, conseillÚre générale de Seine-Saint-Denis)

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