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Déclarations des maires et élus de Seine-Saint-Denis : "Les quartiers populaires n'ont pas besoin de l'armée, mais de sécurité et de justice sociale"

17 juin 2011 27 831 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer à un ami Envoyer à un ami

Déclaration

Vendredi 14 juin 2011

Maires de villes populaires de Seine-Saint-Denis, nous refusons catégoriquement le recours à l’armée dans les quartiers touchés par le trafic de drogue, tel qu’envisagé par plusieurs élus locaux et responsables nationaux.

Dans un Etat démocratique, le rôle de l’armée est clair : protéger le territoire national de forces étrangères. L’idée de recourir à l’armée dans les banlieues revient à désigner leurs habitants comme des ennemis de l’intérieur. Les quartiers populaires dans lesquels vivent la jeunesse de France ne sont pas des territoires étrangers à la République. Ils en sont le cœur et l’avenir, comme d’autres territoires.

L’idée de recourir à l’armée en banlieue jette de l’huile sur le feu et stigmatise une nouvelle fois les villes de banlieues. La gravité de la situation exige que les responsables politiques et administratifs, les policiers, les magistrats, se rassemblent pour trouver des réponses de fond au problème complexe du trafic de stupéfiants, en dehors de toute surenchère médiatique.

Réclamer l’armée n’est pas une proposition sérieuse, mais un terrible renoncement. Le renoncement d’un Etat de droit et de sa police républicaine à exercer ses missions régaliennes : garantir la sécurité de tous les citoyens, quels que soient leur lieu d’habitation, leur origine, leur statut social. En tant qu’élus, nous ne pouvons cautionner cette forme d’abdication de la République.

Les Français ne sont d’ailleurs pas dupes : dans un récent sondage, 81% sont « d’accord » pour dire que « ce n’est pas à l’armée mais aux forces de police d’assurer la sécurité publique ».

Indéniablement, le trafic de stupéfiants a pris un essor considérable. Sa violence déstabilise la cohésion sociale et gâche la vie de nombreux habitants qui réclament à juste titre une action déterminée de l’Etat. Nous partageons la conviction qu’aucun renoncement n’est possible face à des réseaux mafieux qui défient notre démocratie et pratiquent le plus sauvage des libéralismes.

Dans cette lutte de tous les instants, la police de la République a les compétences pour mettre hors d’état de nuire les trafiquants de drogue, pour peu qu’on lui en donne les moyens. Il faut pour cela mettre un terme à la politique de réduction des effectifs de fonctionnaires de police, et combattre l’inégale répartition des forces de police en Ile-de-France.

La principale guerre à mener est celle contre les inégalités de territoires. Dans des domaines essentiels tels que la santé, l’éducation, la sécurité, l’Etat n’accorde pas à la Seine-Saint-Denis des moyens équivalents à ceux d’autres départements. Beaucoup de personnes incriminées dans des actes de violence et recrutées comme trafiquants sont mineures. Il y a urgence à décupler les moyens éducatifs et préventifs dans notre département, seuls à même de combattre ce fléau.

L’exigence de justice sociale doit être replacée au cœur du débat sur les banlieues. Il est illusoire d’espérer une amélioration substantielle de la vie dans les quartiers tant qu’en Seine-Saint-Denis, le chômage restera largement au-dessus de la moyenne régionale et que la précarité sociale progressera.

La Seine-Saint-Denis n’a ni besoin de militaires, ni de nouvelles stigmatisations dans les médias. Elle a besoin de la police républicaine pour démanteler les trafics et de la justice sociale pour vaincre les discriminations territoriales.

Cette situation est aussi révélatrice de la nécessité de transformer profondément cette société.

Signataires :

François ASENSI (Maire de Tremblay, Président de l’agglomération Sevran-Tremblay-Villepinte)

Michel BEAUMALE (Maire de Stains)

Patrick BRAOUEZEC (Président de l’agglomération Plaine Commune)

Marc Everbecq (Maire de Bagnolet)

Carinne JUSTE (Maire de Villetaneuse)

Didier MIGNOT (Maire du Blanc-Mesnil)

Didier PAILLARD (Maire de Saint-Denis)

Catherine PEYGE (Maire de Bobigny)

Gilles POUX (Maire de La Courneuve)

Nelly ROLAND IRIBERRY (Maire de Villepinte)

Jacqueline ROUILLON (Maire de Saint-Ouen, conseillère générale de Seine-Saint-Denis)

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