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Reconnaissance du 17 octobre 1961 : un combat du Député Asensi pour la Justice et la Vérité

17 octobre 2011 6 718 vues Un commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

Il y a cinquante ans aujourd’hui, le 17 octobre 1961, une manifestation pacifique d’AlgĂ©riens protestant contre un couvre-feu discriminatoire Ă©tait sauvagement rĂ©primĂ©e. Plusieurs centaines de personnes Ă©taient tuĂ©es par les forces de l’ordre, sous le commandement de Maurice Papon, alors PrĂ©fet de police . Pendant de longues dĂ©cennies, une chape de plomb s’est abattue sur un massacre  indissociable de l’histoire coloniale, dans une France Ă  l’Ă©poque engagĂ©e dans la guerre d’AlgĂ©rie. Encore aujourd’hui, l’Histoire officielle française ne retient  de ces exactions qu’un bilan notoirement sous-Ă©valuĂ©.

En 1997, Ă  la tribune de l’AssemblĂ©e nationale, je demandais au gouvernement de faire toute la lumiĂšre sur cet Ă©vĂšnement occultĂ©, au nom des dĂ©putĂ©s communistes et rĂ©publicains. Cette exigence de Justice et de VĂ©ritĂ© demeure et nous comptons dĂ©poser, avec les parlementaires de ma sensibilitĂ©, une loi reconnaissant la rĂ©pression du 17 octobre 1961.

L’Etat français doit assumer sa responsabilitĂ© dans le vĂ©ritable bilan humain de cette tragĂ©die, Ă  l’image de la reconnaissance de sa responsabilitĂ© dans la rafle du Vel d’Hiv’.

Nous le devons Ă  nos amis algĂ©riens, car ce n’est que sur la VĂ©ritĂ© et la Justice que l’amitiĂ© entre nos peuples a un sens et un avenir. Nous le devons Ă©galement aux descendants de cette gĂ©nĂ©ration d’immigrĂ©s algĂ©riens qui n’admettent pas que la France, 50 ans aprĂšs, s’enferme dans le dĂ©ni colonial. Nous le devons enfin au peuple français, car aucune dĂ©mocratie ne peut se satisfaire du silence sur de si terribles Ă©vĂšnements.

Je vous propose de retrouver mon intervention auprÚs du gouvernement pour obtenir la vérité sur la répression du 17 octobre 1961 :

Question de  M.  Asensi François ( Communiste – Seine-Saint-Denis )

15 octobre 1997 – 11Ăšme lĂ©gislature

M. François Asensi :

Monsieur le prĂ©sident, le 17 octobre 1961, une manifestation pacifique de Français d’origine algĂ©rienne Ă©tait sauvagement rĂ©primĂ©e.  Le bilan officiel fait Ă©tat de trois morts, deux manifestants et un policier. Mais il a Ă©tĂ© Ă©tabli depuis, par des articles de presse, le travail de chercheurs et d’historiens, qu’il y aurait eu des dizaines et des dizaines de morts. Des cadavres ont Ă©tĂ© repĂȘchĂ©s dans la Seine.

Le Gouvernement a-t-il l’intention de faire en sorte que nous connaissions la vĂ©ritĂ© ?
Notamment, est-il possible d’ouvrir les archives du ministĂšre de l’intĂ©rieur pour connaĂźtre la vĂ©ritĂ© ?

Trente-six ans aprĂšs, nous avons un devoir de mĂ©moire envers la sociĂ©tĂ© française, envers les victimes et leur famille, envers le peuple algĂ©rien, par solidaritĂ© et par amitiĂ©, envers nous-mĂȘmes, enfin, parce qu’une dĂ©mocratie digne de ce nom ne peut maintenir le secret sur de si terribles Ă©vĂ©nements.

(Applaudissements sur les bancs du groupe communiste, du groupe socialiste et du groupe Radical, Citoyen et Vert. – Exclamations sur les bancs des groupes du Rassemblement pour la RĂ©publique et du groupe de l’Union pour la dĂ©mocratie française.)
M. Jean-Pierre ChevĂšnement, ministre de l’intĂ©rieur :

Monsieur le dĂ©putĂ©, je me souviens fort bien de la pĂ©riode que vous Ă©voquez. A l’Ă©poque sous-lieutenant en AlgĂ©rie, je me souviens de cette pĂ©riode de l’histoire comme Ă©tant marquĂ©e par une lutte sur deux fronts, contre le FLN et contre l’OAS. J’en parle d’autant plus librement que j’en Ă©tais arrivĂ© moi-mĂȘme Ă  la conclusion que l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie Ă©tait non seulement inĂ©vitable mais souhaitable.

AprĂšs la dissolution des SAS, j’Ă©tais chef de cabinet du prĂ©fet d’Oran, et mon bureau a Ă©tĂ© plastiquĂ© par l’OAS. Les archives de la PrĂ©fecture de police comportent trois sortes de renseignements: les messages radio, les ordres de dĂ©placement des unitĂ©s et la liste des noms des personnes arrĂȘtĂ©es et qui ont fait l’objet de contrĂŽles d’identitĂ©.

La loi prĂ©voit que le secret de ces archives ne peut ĂȘtre levĂ© qu’aprĂšs un dĂ©lai de soixante ans, pour des raisons qui tiennent Ă  la protection de la vie privĂ©e, Ă  la sĂ»retĂ© de l’Etat et aux intĂ©rĂȘts de la dĂ©fense nationale. Il est vrai que la loi du 3 janvier 1979 prĂ©voit des dĂ©rogations. Deux demandes ont Ă©tĂ© faites, l’une par un journaliste, l’autre par un professeur d’universitĂ©. Elles ont Ă©tĂ© rejetĂ©es en 1989 et 1995.

Pour ma part, je suis tout à fait disposé, pour autant que cela soit en mon pouvoir, à ce que la vérité soit faite sur ces évÚnements, au nom du devoir de mémoire que vous avez invoqué.
Sur ce plan, il faut quand mĂȘme rappeler que le peuple français, consultĂ© au suffrage universel, Ă  deux reprises, s’est exprimĂ© en janvier 1961 pour l’autodĂ©termination de l’AlgĂ©rie et en avril 1962 pour son indĂ©pendance. Il faut le rappeler, car notre histoire n’est pas faite que de crimes et de lĂąchetĂ©s (Applaudissements sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la RĂ©publique et du groupe de l’Union pour la dĂ©mocratie française), elle est faite aussi de courage et d’hĂ©roĂŻsme, et chaque fois que le peuple français a Ă©tĂ© consultĂ© au suffrage universel, jamais il ne s’est dĂ©shonorĂ©. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, du groupe Radical, Citoyens et Vert, ainsi que sur de nombreux bancs du groupe de l’Union pour la dĂ©mocratie française et du groupe du Rassemblement pour la RĂ©publique.)

1 commentaire »

  • mokhtar a écrit :

    M.Le DĂ©putĂ©, suite au documentaire de vendredi au cinĂ©ma Jacques Tati je vous soumet l’idĂ©e d’accordĂ© une place ou un pont du canal de l’ourcq qui porterait 17 octobre 1961 avec le soutien des municipalitĂ©s de gauches de votre circonscription bien Ă  vous cordiale amitiĂ©.

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