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Sortons de l’impasse d’une Europe au service des marchĂ©s

25 octobre 2011 7 219 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

L’Europe est au pied du mur face Ă  la crise financiĂšre. Lors de l’examen du budget europĂ©en Ă  l’AssemblĂ©e nationale, le 24 octobre, j’ai plaidĂ© pour une profonde rĂ©forme dĂ©mocratique et sociale de ses institutions, afin que la construction europĂ©enne se mette au service des peuples, enfin.

Le budget de l’Union europĂ©enne pour 2012 est marquĂ© du sceau du libĂ©ralisme qui a menĂ© l’Europe politique dans l’impasse. Il rĂ©duit Ă  la portion congrue l’intervention publique et sacrifie les politiques en faveur de l’emploi et des solidaritĂ©s. Au nom des dĂ©putĂ©s communistes et rĂ©publicains, je me suis opposĂ© Ă  ce budget de renoncement.

Voici mon intervention :

ASSEMBLEE NATIONALE

Lundi 24 octobre 2011

Intervention de François ASENSI, Député de Seine-Saint-Denis :

Monsieur le prĂ©sident, monsieur le ministre, messieurs les rapporteurs, mes chers collĂšgues, la discussion sur l’article 30 et le prĂ©lĂšvement sur recettes est aujourd’hui presque anecdotique eu Ă©gard Ă  la crise profonde que traverse l’Union europĂ©enne. Elle est en effet au pied du mur.

La crise financiĂšre fait rage et les gouvernements europĂ©ens apparaissent comme terriblement dĂ©passĂ©s. Le sommet europĂ©en d’hier en est la preuve Ă©clatante. Les dirigeants des États membres ne proposent qu’une solution : mettre en Ɠuvre les Ă©ternelles recettes libĂ©rales qui nous ont dĂ©jĂ  conduits Ă  la crise. Des plans d’austĂ©ritĂ© d’une violence inouĂŻe se succĂšdent ainsi Ă  travers toute l’Europe, conjuguant baisse des salaires, rĂ©duction des services publics, relĂšvement de l’ñge de dĂ©part Ă  la retraite et privatisations.

Les consĂ©quences sont brutales pour les citoyens europĂ©ens. Les chiffres parlent d’eux-mĂȘmes : selon Eurostat, en 2010, 23 millions d’entre eux sont au chĂŽmage, et 80 millions de personnes vivent dans l’Union sous le seuil de pauvretĂ©. La prĂ©caritĂ© ne cesse d’augmenter et l’angoisse de l’avenir grandit, notamment chez les jeunes, qui se considĂšrent de plus en plus comme une gĂ©nĂ©ration sacrifiĂ©e.

Ces attaques contre le socle social européen, au demeurant si insuffisant, sont totalement inacceptables.

Au nom des dĂ©putĂ©s communistes et rĂ©publicains, je tiens Ă  exprimer toute ma solidaritĂ© aux peuples grecs, espagnols, portugais. Je tiens aussi Ă  exprimer mon soutien Ă  tous les « indignĂ©s » qui manifestent contre les plans d’austĂ©ritĂ©, Ă  tous ceux qui rĂ©clament une dĂ©mocratie rĂ©elle contre un modĂšle social qui voit les États plier sous la fĂ©rule des marchĂ©s.

Monsieur le ministre, en ce moment de crise, quel est le message de la France au sein de l’Union europĂ©enne ? Quelle est l’action de notre pays pour faire vivre l’idĂ©e europĂ©enne ? Que fait le Gouvernement pour que le vieux continent redevienne une communautĂ© politique de progrĂšs et d’espoir ?

Lors de l’éclatement de la crise financiĂšre en 2008, les gouvernements europĂ©ens avaient promis de mettre la finance au pas. Ces vƓux pieux n’ont jamais Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s. Les banques et les agences de notation continuent de spĂ©culer en toute impunitĂ© sur les dettes souveraines. La GrĂšce, mais aussi l’Espagne, le Portugal ou l’Italie sont dans l’Ɠil du cyclone — la faute en est notamment Ă  la spĂ©culation qui a fait bondir les taux d’intĂ©rĂȘt Ă  plus de 20 % pour la GrĂšce.

Chaque annĂ©e, en France, prĂšs de 50 milliards d’euros sont allouĂ©s au remboursement des intĂ©rĂȘts de la dette. C’est absurde en soi, car les contribuables nourrissent ainsi les financiers. C’est de surcroĂźt intolĂ©rable en l’occurrence, quand on sait que les États europĂ©ens ont soutenu les banques Ă  hauteur de 1 700 milliards d’euros aprĂšs la crise de 2008. En effet, depuis 2008, ils ont pris en charge la dette privĂ©e des banques, fruit de pratiques spĂ©culatives, sans aucune contrepartie. Comment expliquer autrement la crise de la dette ? Le scandale de Dexia illustre bien ce systĂšme financier ubuesque.

L’Union europĂ©enne a une grande responsabilitĂ© dans cette crise. Elle s’est faite complice d’un nĂ©olibĂ©ralisme sauvage qui fait prĂ©valoir les intĂ©rĂȘts des marchĂ©s financiers. La construction europĂ©enne, ce bel idĂ©al, a Ă©tĂ© dĂ©voyĂ©e par les traitĂ©s successifs. L’Europe est allĂ©e dans le sens de la dĂ©rĂ©gulation Ă  outrance et elle n’a pas su rĂ©soudre son dĂ©ficit dĂ©mocratique.
L’indĂ©pendance absolue de la Banque centrale europĂ©enne et l’obligation faite aux États d’emprunter auprĂšs des marchĂ©s financiers se sont avĂ©rĂ©es catastrophiques. Les dogmes du laisser-faire et de la concurrence libre et non faussĂ©e, gravĂ©s dans le marbre des traitĂ©s de Maastricht et de Lisbonne, n’ont pas apportĂ© la prospĂ©ritĂ© tant vantĂ©e par les Ă©conomistes nĂ©olibĂ©raux. Bien au contraire, les États sont aujourd’hui surendettĂ©s, dans l’incapacitĂ© totale de relancer la croissance et l’emploi, et confrontĂ©s Ă  un renforcement des inĂ©galitĂ©s insupportable.
Le budget de l’Union europĂ©enne est marquĂ© du sceau de ce libĂ©ralisme qui a menĂ© l’Europe politique dans l’impasse. Il rĂ©duit Ă  la portion congrue l’intervention publique et sacrifie les politiques en faveur de l’emploi et des solidaritĂ©s. En un mot, c’est un budget de renoncement.
Ce budget stagne, en hausse de seulement 2 %. La contribution française reste stable : elle s’élĂšve Ă  18,8 milliards d’euros. Avec un budget reprĂ©sentant seulement 1 % du PIB de l’ensemble des États, comment pourrions-nous faire face aux dĂ©fis immenses nĂ©s de la crise ?
Au-delĂ  du montant total, l’affectation des crĂ©dits appelle certaines critiques.
Les efforts consentis pour relancer l’économie et amortir les consĂ©quences de la crise sont clairement insuffisants. Symbole de cette Europe libĂ©rale, les crĂ©dits du programme europĂ©en d’aide aux plus dĂ©munis baissent drastiquement, passant de 480 Ă  113 millions d’euros ! C’est l’Europe du chacun pour soi qui triomphe.
Monsieur le ministre, si d’aventure la Grande-Bretagne et l’Allemagne maintenaient leur diktat en ce domaine, la France se substituerait-elle Ă  ce plan pour permettre Ă  quatre millions de nos concitoyens de continuer Ă  vivre grĂące Ă  la solidaritĂ© ? Des associations caritatives comme le Secours populaire, le Secours catholique ou les Restos du cƓur ont besoin de ce programme. Il est vraiment scandaleux d’avoir supprimĂ© une grande partie de cette aide alimentaire alors que les stocks et les surplus existent.
Je note que les 50 milliards d’euros destinĂ©s aux fonds structurels sont largement insuffisants tant les inĂ©galitĂ©s se creusent aux quatre coins de l’Europe. Il faut faire plus pour intĂ©grer les rĂ©gions restĂ©es en marge de la croissance, qui souffrent de graves problĂšmes sociaux, comme ce fut le cas avec l’Espagne, le Portugal ou l’Irlande, faute de quoi la construction europĂ©enne restera fondĂ©e sur un chĂąteau de cartes social et Ă©conomique.
Par ailleurs, ce budget privilĂ©gie une fois de plus la lutte contre l’immigration au dĂ©triment de la promotion des droits de l’homme et de la citoyennetĂ© europĂ©enne.
Les fonds allouĂ©s pour bĂątir une Europe forteresse sont en forte augmentation, avec une hausse de 17 % Ă  hauteur de 1,3 milliard d’euros. La France a d’ailleurs insistĂ© pour que le budget du programme « Gestion des flux migratoires » soit augmentĂ© sensiblement. Dans le mĂȘme temps, les crĂ©dits destinĂ©s Ă  la citoyennetĂ©, Ă  la jeunesse et Ă  la culture sont en chute libre puisqu’ils diminuent de 22 %.
Je ne me reconnais pas dans cette Europe qui se referme de plus en plus sur elle-mĂȘme, avec un traitement de l’immigration inhumain et inadaptĂ©. Je pense au projet de mur Ă  la frontiĂšre grĂ©co-turque, aux centres de rĂ©tention, au drame de ces migrants fuyant le conflit libyen, Ă  qui l’on refuse dĂ©sespĂ©rĂ©ment d’accorder le droit d’asile.
Enfin, l’enveloppe allouĂ©e Ă  la politique Ă©trangĂšre de l’Union europĂ©enne absorbe 9 milliards d’euros. Mais, monsieur le ministre, quelle est la vision du monde prĂŽnĂ©e par la diplomatie europĂ©enne ? Quel est l’avenir de la dĂ©fense europĂ©enne, plus que jamais arrimĂ©e Ă  l’OTAN ? Autant de questions qui se bousculent, alors que la diplomatie europĂ©enne s’est montrĂ©e absente lors des rĂ©volutions arabes et qu’elle refuse de reconnaĂźtre l’État palestinien – j’ai bien parlĂ© de la diplomatie europĂ©enne et non des positions de la France.
Lors des dĂ©bats sur le traitĂ© constitutionnel europĂ©en de 2005 et au moment de l’adoption de son ersatz, le traitĂ© de Lisbonne, nous avions mis en garde contre l’impasse d’une Europe au service des marchĂ©s. Les peuples s’étaient prononcĂ©s pour une autre Europe, sociale, protectrice, dĂ©mocratique. Ils n’ont pas Ă©tĂ© Ă©coutĂ©s. Leur choix souverain a Ă©tĂ© bafouĂ© par les gouvernements en place, toutes tendances politiques confondues.
Pourtant, les propositions que nous avions alors avancĂ©es sont plus que jamais d’actualitĂ©. À mesure que la crise progresse, leur mise en Ɠuvre devient chaque jour plus indispensable pour sauver le continent du marasme Ă©conomique et du dĂ©sastre social.
Quelles sont ces propositions ?
Nous demandons la renégociation des traités européens pour mettre fin au déni démocratique et rompre avec les politiques libérales. Pendant des années, les fondés de pouvoir du capitalisme financier ont prétendu que toute renégociation était impossible ; ils la jugent désormais incontournable.
Nous proposons de mettre la Banque centrale europĂ©enne au service des peuples en lui donnant pour objectif de soutenir l’emploi, les salaires et le dĂ©veloppement durable, et en lui permettant Ă©galement d’accorder des prĂȘts aux États.
Nous voulons garantir les services publics en revenant sur le dogme de la concurrence libre et non faussée.
Nous soutenons une harmonisation par le haut des politiques sociales et fiscales avec l’instauration d’un salaire minimum europĂ©en.
Nous demandons l’instauration immĂ©diate d’une taxe sur les transactions financiĂšres pour lutter contre la pauvretĂ© et limiter la spĂ©culation, comme nous le proposons depuis plusieurs annĂ©es. Cette taxe pourrait rapporter prĂšs de 100 milliards d’euros par an.
Il faut enfin mettre en place une fiscalitĂ© aux frontiĂšres de l’Europe pour protĂ©ger nos emplois et notre systĂšme social du dumping des pays Ă©mergents. Il ne s’agit pas de fermer les frontiĂšres ou de limiter les Ă©changes mais de refuser la loi de la jungle actuelle du libre-Ă©changisme.
La mondialisation doit ĂȘtre une chance pour l’humanitĂ©, Ă  la condition de la mettre au service du dĂ©veloppement social et Ă©cologique de la planĂšte et de ses sept milliards d’habitants.
Députés communistes, républicains, citoyens et du parti de gauche, nous portons ces propositions. Nous continuerons à lutter pour une réforme démocratique et sociale des institutions européennes, pour que la construction européenne se mette au service des peuples français et européens.
Le budget de l’Union europĂ©enne ne s’inscrit rĂ©solument pas dans cet objectif. VoilĂ  pourquoi nous voterons contre le prĂ©lĂšvement communautaire inscrit dans le projet de loi de finances pour 2012.

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