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Mon intervention pour le groupe GDR sur l’intervention française au Mali

16 janvier 2013 4 728 vues 7 commentaires Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier ministre,
Chers collĂšgues,

La situation malienne, aussi urgente soit elle, n’est pas un fait nouveau. Depuis un an maintenant, coup d’Ă©tat et avancĂ©e des sĂ©cessionnistes de l’AZAWAD menacent l’intĂ©gritĂ© du pays.

J’ai une pensĂ©e forte pour le peuple malien, ce peuple ami, otage de  l’instabilitĂ© et de la terreur imposĂ©e depuis des mois par les fondamentalistes islamistes. On dĂ©compte plus de 230 000 personnes dĂ©placĂ©es. Leurs familles, nombreuses en France, sont inquiĂštes et rĂ©clament une intervention internationale pour rĂ©tablir la dĂ©mocratie. Nous sommes Ă  leurs cĂŽtĂ©s.

J’ai Ă©galement une pensĂ©e forte pour nos soldats, engagĂ©s sur un terrain pĂ©rilleux. Je pense Ă  la douleur des familles de nos otages.

***

Que devait faire la France face Ă  l’offensive des troupes djihadistes  lancĂ©e jeudi dernier?

La position des députés du Front de gauche, communistes et républicains, est claire : abandonner le peuple malien aux fous de dieu aurait été une erreur politique et une faute morale.

La non-intervention aurait été la pire des lùchetés.

Une action militaire internationale Ă©tait nĂ©cessaire pour Ă©viter l’installation d’un Etat terroriste.

Les djihadistes du Nord Mali et leurs affidĂ©s d’Al-Qaida n’ont qu’un but : imposer Ă  l’échelle de la planĂšte des rĂ©gimes despotiques, sanguinaires et moyenĂągeux. Leur fondamentalisme constitue une forme nouvelle du fascisme.
Ils n’ont qu’une mĂ©thode : instrumentaliser l’Islam, religion de paix pour l’immense majoritĂ© des musulmans, afin de justifier leurs combats contre la dĂ©mocratie et les droits des femmes. Mais aussi pour masquer le caractĂšre mafieux de leurs organisations, basĂ©es sur le trafic d’armes et de drogues, comme au Sahel, nouvelle plaque tournante.

Les dĂ©mocraties ne peuvent baisser les bras. Elles doivent soutenir les efforts des progressistes qui en expriment le souhait, comme aujourd’hui au Mali.

***

Pour autant, nous Ă©mettons de lourdes rĂ©serves sur l’opĂ©ration militaire dĂ©clenchĂ©e, sur sa forme, ses conditions, ses objectifs.
Soyons lucides : cette intervention n’apportera pas un Etat malien stable, pas plus que la dĂ©mocratie, elle n’en est qu’un prĂ©alable.
La guerre est toujours la derniĂšre des solutions, la moins bonne, la plus incertaine.

Rien ne nous assure que cette intervention ne se termine par un Ă©chec, de grande souffrance pour les peuples, des dĂ©flagrations en cascade dans l’ensemble du monde musulman.
Ne nous laissons pas bercer d’illusion par un consensus rassurant, et par l’enthousiasme des va t en guerre!

Je parlais de rĂ©serves sur la forme. Notre Parlement n’a pas Ă©tĂ© consultĂ© au prĂ©alable, nous le dĂ©plorons. L’urgence existait, certes, mais le scĂ©nario d’une offensive vers le sud malien Ă©tait prĂ©visible. Comment croire que cette colonne armĂ©e se soit constituĂ©e en seulement 48h?
Cette intervention ne doit pas ĂȘtre la dĂ©cision d’un PrĂ©sident de la RĂ©publique soucieux d’affirmer son autoritĂ©, mais la dĂ©cision de la France et de l’ensemble de ses reprĂ©sentants.

***

Nous émettons également des réserves sur ses objectifs.

Monsieur le ministre, il est également impératif de clarifier les buts de cette guerre pour éviter un enlisement que je redoute.
Ils sont pour l’heure confus. Assurer la sĂ©curitĂ© de nos ressortissants? Lutter contre le terrorisme? Assurer l’intĂ©gritĂ© du Mali?
Le PrĂ©sident de la RĂ©publique a dĂ©clarĂ© que l’intervention durerait « le temps nĂ©cessaire », avant de concĂ©der qu’elle serait limitĂ©e dans le temps.
Quand considÚrera-t-on que la mission de la France est terminée?

La France doit affirmer clairement l’objectif poursuivi au Mali – appuyer la reconstruction d’un Etat de droit dĂ©mocratique – et s’y limiter.
Gardons Ă  l’esprit les enseignements de la guerre contre le terrorisme lancĂ©e aprĂšs les attentats terrifiants du 11 septembre. Nos troupes reviennent Ă  peine d’Afghanistan, tirant les leçons de cette impasse.
La lutte sans faille des dĂ©mocraties contre le terrorisme est bien entendu vitale. Mais si cette lutte devient une guerre armĂ©e, oĂč et quand s’arrĂȘtera-t-elle ?
Saurons-nous y mettre un terme avant qu’elle devienne contreproductive, en nourrissant l’idĂ©e funeste du choc des civilisations et en renforçant les ferments d’union de groupes trĂšs divers sous la banniĂšre d’Al Qaida ?
Saurons-nous prendre le dessus sur les troupes djihadistes sans provoquer leur repli au Niger, en Mauritanie, en Algérie, avec une potentielle déstabilisation de ces pays?

L’acheminement de troupes françaises au sol et de blindĂ©s ces derniers jours modifie en profondeur notre engagement. Au risque d’utilisation de boucliers humains sous les frappes aĂ©riennes s’ajoute la crainte de nouveaux dĂ©placements de population sur un territoire gigantesque.
On dĂ©compte 150 000 rĂ©fugiĂ©s depuis le dĂ©but l’enlisement du Mali, 30 000 supplĂ©mentaires depuis le dĂ©but de l’opĂ©ration française.
Tout doit ĂȘtre mis en Ɠuvre pour Ă©viter une catastrophe humanitaire et protĂ©ger les civils.

***

Si nous partageons la dĂ©cision de notre diplomatie, nous nous interrogeons sur ses incohĂ©rences. La France a soutenu les printemps arabes, bien que trop tardivement, et apportĂ©e son concours Ă  l’épanouissement des droits et des libertĂ©s, notamment pour les femmes.

Dans le mĂȘme temps, notre pays entretient des relations troublantes avec certaines composantes du monde arabe. Oui, il faut en finir avec la guerre en Syrie et le rĂ©gime despotique de Bachar El Assad, mais faut-il pour cela appuyer des mouvances fanatiques ? L’Occident a trop souvent jouĂ© aux apprentis sorciers.

Faut-il montrer tant d’indulgence envers les pĂ©tromonarchies arabes, au premier rang desquelles le Qatar ? Ce pays, ennemi des droits de l’homme, joue un double jeu infernal en jouant sur les divisions du monde islamique, entre chiites et sunnites. Il n’hĂ©site pas Ă  dĂ©stabiliser des rĂ©gions entiĂšres pour appuyer des rĂ©gimes obscurantistes.

***

J’en viens aux rĂ©serves sur les conditions de dĂ©clenchement de cette opĂ©ration et Ă  la position de la communautĂ© internationale.
L’option militaire n’avait rien d’inĂ©luctable, elle n’est due qu’aux faiblesses et aux lenteurs de la communautĂ© internationale et du pouvoir malien lui-mĂȘme.
« En aucun cas, la France n’interviendra elle-mĂȘme au Mali », affirmait François Hollande en novembre.

Il y a deux semaines encore, la voie politique, de la négociation, était privilégiée.
La rĂ©solution 2085 du 22 dĂ©cembre, selon la lecture mĂȘme de notre ambassadeur Ă  l’ONU, « n’était pas une dĂ©claration de guerre ». Elle posait de nombreux prĂ©alables avant tout recours Ă  la force.
D’une part, un effort du pouvoir malien pour rĂ©pondre Ă  la question touarĂšgue et organiser de nouvelles Ă©lections. D’autre part, une prĂ©paration militaire consĂ©quente de l’armĂ©e malienne et des partenaires africains.
Aucune de ces conditions n’est rĂ©unie. Nous partons donc en guerre dans la plus mauvaise des configurations, dans l’imprĂ©paration, avec les immenses pĂ©rils que cela comporte.

***

La rĂ©solution onusienne autorisait le dĂ©ploiement d’une «mission internationale sous conduite africaine», or l’opĂ©ration «Serval» s’avĂšre ĂȘtre d’abord une «opĂ©ration franco-française». L’intervention de la France doit retrouver au plus vite le cadre onusien. Les troupes des pays africains doivent prendre le relais de cette intervention.
Notre pays a pris ses responsabilitĂ©s, mais le cavalier seul de la France est prĂ©occupant. En effet, il nous isole sur la scĂšne diplomatique, nous expose en termes de sĂ©curitĂ© et nuit Ă  la crĂ©dibilitĂ© mĂȘme de l’intervention.

***

La communauté internationale, nos alliés, font assaut de déclarations pour saluer notre engagement, sans apporter de solidarité en actes. Le soutien unanime masque une lùcheté générale. Cet attentisme est consternant.
Quand conforterons le systÚme onusien en réformant les mécanismes de décision qui le sclérosent ?

Je pose Ă©galement la question : oĂč est l’Union europĂ©enne dans ce conflit ? Son inertie illustre l’impasse actuelle de la construction europĂ©enne.

***

Notre intervention militaire dans une ancienne colonie française recueille le soutien de l’opinion africaine et de ses reprĂ©sentants. L’AlgĂ©rie a ainsi ouvert son espace aĂ©rien et fermĂ© ses frontiĂšres. Cette coopĂ©ration relative n’était pas couru d’avance, elle est Ă  metter au crĂ©dit du dĂ©gel de nos relations ces derniĂšres semaines.

Elle suscite néanmoins un certain malaise, probablement en raison du deuil impossible et inachevé de la Françafrique.

Comment ne pas percevoir le poids de la colonisation dans le conflit actuel et l’hĂ©ritage de frontiĂšres tracĂ©es artificiellement ?
Au Mali comme sur l’ensemble du continent, les impĂ©rialismes ont dĂ©chirĂ© des rĂ©gions, agglomĂ©rĂ© des peuples rivaux, afin de prĂ©server leur influence sur ses richesses.
Ce temps doit ĂȘtre vĂ©ritablement rĂ©volu, en Centrafrique, au Gabon, au Niger. Des engagements ont Ă©tĂ© pris, nous attendons des gestes forts, au plus vite.

***

L’Afrique est la chance de notre planĂšte. Nous devons conforter les efforts de ses peuples pour retrouver leur dignitĂ© et assurer leur dĂ©veloppement, sans ingĂ©rence ni domination.

La solution au chaos et Ă  la dĂ©stabilisation du continent africain n’est pas militaire, mais politique, sociale et Ă©conomique. Les pays du Nord doivent enfin promouvoir un dĂ©veloppement partagĂ© de la planĂšte. L’Afrique est une terre de grande richesse. Ses richesses premiĂšres doivent bĂ©nĂ©ficier aux peuples, et non ĂȘtre pillĂ©es. Ses richesses humaines et intellectuelles, elles aussi, doivent pouvoir rester dans leur pays et participer au progrĂšs de leur sociĂ©tĂ©, et non ĂȘtre contraintes Ă  l’exil en Occident.

Il a beaucoup Ă©tĂ© question de l’ « homme africain » dans un passĂ© rĂ©cent.

Cet homme africain, la femme africaine, sont pleinement dans l’Histoire de notre temps, ils sont les acteurs du monde de demain. Respectons-les, marchons Ă  leurs cĂŽtĂ©s !

Nos amis africains attendent de la France cette relation d’égal Ă  Ă©gal, soucieuse de leur devenir.

CaptureMali

7 commentaires »

  • vieille dame a écrit :

    Alors vous soutenez des décisions imprécises, arbitraires et incohérentes ? vous pensez que la France doit protéger tout pays au prise avec des dictateurs et y envoyer ses avions de combat ? ou seulement ceux qui sont dans la sphÚre « anciennes colonies » ?

  • NICOLAS Pierre a écrit :

    en parcourant le net , j’ai trouvĂ© une seule et ancienne pĂ©tition pour la Paix au Mali .

    lecteur du blog de F.A., Que pensez vous de la reprise du texte suivant pour le transformer en pétition ?

    PrNIC …….me rĂ©pondre Ă  PrNICO@aol.com

    —————————————————-

    La guerre au Mali : des choix Ă  faire quand les caisses sont vides ?

    Politique de la canonniÚre et en retour renforcement des extrémismes, déploiements de personnels des plans vigipirate et accoutumance des personnes au « tout policier « , militarisation de la planÚte
    ou investissement résolu dans les démarches politiques, diplomatiques !

    militarisation de la planĂšte ; (gros) coups de pouce Ă  l’industrie de l’armement
    ou investissements dans tous les champs d’Ă©ducation et de formation ;

    Utilisation de la recherche en matiĂšre de miniaturisation et de sophistication des Ă©quipements militaires
    ou investissement dans des Ă©quipements de santĂ© entre autre…

    Matraquage des esprits dans les mĂ©dias sur l' »unitĂ© nationale » derriĂšre le prĂ©sident et appui des pays de l’OTAN ?

    Ou investissement de la France pour que sa VOIX rejoigne celles des peuples qui luttent contre les politiques nĂ©o-coloniales, d’expansion, de nĂ©olibĂ©ralisme, en Afrique, au Moyen-Orient, en AmĂ©rique du sud……….;

    La France n’a pas Ă  ĂȘtre « en guerre » par la seule volontĂ© d’un seul homme . La France « en Guerre » , ce n’est pas le changement !

    En ces temps d’ austĂ©ritĂ© imposĂ©s par le capital , nous choisissons les investissements prĂ©citĂ©s qui conduisent fondamentalement Ă  la PAIX !

    ————————————————-

    Si le texte convient tel quel – si vous souhaitez l’amĂ©liorer – si vous ĂȘtes Ok pour ĂȘtre premiers signataires ?………Ă  vous de voir !

    Pierre NICOLAS 26400 Divajeu

  • Hoarau a écrit :

    Quoique je pense probablement le contraire de cette « vielle dame » (l’intervention Ă©tait nĂ©cessaire et inĂ©vitable, il faut comparer l’alternative Ă  celle que LĂ©on Blum a mal tranchĂ© en 1936) elle a raison de pointer l’incohĂ©rence du discours. Nous ne devons pas chercher Ă  garder Ă  tous prix les mains propres, et Ă  gagner sue tous les tableaux. Evidemment, l’intervention comporte un risque d’enlisement, et de rĂ©activation de la Françafrique. Mais la Ferance a bel et bien un lien historique avec cette rĂ©gion, dont il ne faut pas que les gens de la gauche de la gauche s’imaginent qu’ils peuvent l’assumer sans l’assumer, l’approuver en lĂ© dĂ©sapprouvant, de palinodiues en double langage. Ce n’est absolument pas ĂȘtre va-t’en -guerre que d’assumer le rĂŽle de la contre-violence dans l’histoire. S’il ya un point sur lequel le discours un peu dĂ©gingandĂ© et dĂ©sarticulĂ© d’Asensi, , mĂ©lange de rĂ©alisme et d’Ă©tats d’Ăąme, touche juste, c’est dans la caractĂ©risation du fondamentalisme islamiste comme un fascisme, que nous avons toujours combattu.
    Il n’y aps absoiluement pas Ă  craindre de se compromettre avec Hollande lorsqu’il agit correctement. Je trouve que le ton sur lequel les mises en garde sont profĂ©rĂ©es est pusillanime et auto-immunisateur. On peut combattre la Françafrique sans sombrer dans la miĂšvrerie et le pacifisme bĂȘlant et verdĂątre.

    Jacques Hoarau

    Jacques Hoarau

  • Hoarau a écrit :

    Quoique je pense probablement le contraire de cette « vielle dame » (l’intervention Ă©tait nĂ©cessaire et inĂ©vitable, il faut comparer l’alternative Ă  celle que LĂ©on Blum a mal tranchĂ© en 1936) elle a raison de pointer l’incohĂ©rence du discours. Nous ne devons pas chercher Ă  garder Ă  tous prix les mains propres, et Ă  gagner sue tous les tableaux. Evidemment, l’intervention comporte un risque d’enlisement, et de rĂ©activation de la Françafrique. Mais la France a bel et bien un lien historique avec cette rĂ©gion, dont il ne faut pas que les gens de la gauche de la gauche s’imaginent qu’ils peuvent l’assumer sans l’assumer, l’approuver en lĂ© dĂ©sapprouvant, de palinodies en double langage. Ce n’est absolument pas ĂȘtre va-t’en -guerre que d’assumer le rĂŽle de la contre-violence dans l’histoire. S’il y a un point sur lequel le discours un peu dĂ©gingandĂ© et dĂ©sarticulĂ© d’Asensi, , mĂ©lange de rĂ©alisme et d’Ă©tats d’Ăąme, touche juste, c’est dans la caractĂ©risation du fondamentalisme islamiste comme un fascisme, que nous avons toujours combattu.
    Il n’y a absolument pas Ă  craindre de se compromettre avec Hollande lorsqu’il agit correctement. Je trouve que le ton sur lequel les mises en garde sont profĂ©rĂ©es est pusillanime et auto-immunisateur. On peut combattre la Françafrique sans sombrer dans la miĂšvrerie et le pacifisme bĂȘlant et verdĂątre.

    Jacques Hoarau

    Jacques Hoarau

  • allain graux a écrit :

    Je suis en grande partie en accord avec les points exprimĂ©s, constatant la nĂ©cessitĂ© de cette intervention, mais exprimant nos rĂ©serves et posant les questions qu’il faut poser quant Ă  la politique africaine et Ă©trangĂšre du gouvernement français.
    Ci-dessous, le point de vue que j’avais exprimĂ© Ă  ce sujet :

    MALI
    http://allaingraux.over-blog.com/article-mali-114366492.html

    La France est intervenue au Mali avec ses avions, ses hĂ©licoptĂšres pour stopper une attaque des bandes armĂ©es des groupes islamistes de l’Aqmi d’Ansar Dine, du Mujao qui ont mis le territoire sahĂ©lien au Nord du Mali, de Gao Ă  Tombouctou et Douentza en coupe rĂ©glĂ©e. Ces trafiquants, armĂ©s par les mercenaires de Kadhafi, font rĂ©gner la terreur sur ces rĂ©gions aprĂšs en avoir chassĂ© les Touaregs. Ce fractionnement du pays a aggravĂ© la situation Ă©conomique et sociale des populations, particuliĂšrement dans les rĂ©gions contrĂŽlĂ©s par les islamistes, mais aussi dans les zones frontaliĂšres de DjennĂ©, Mopti, oĂč l’approvisionnement et les activitĂ©s sont rĂ©duites .
    Mais, pourquoi cette révolte ?
    Les hommes du dĂ©sert organisĂ©s dans le MLNA avaient pensĂ© profiter de la dĂ©liquescence d’un gouvernement corrompu et inefficace Ă  rĂ©gler les nombreux problĂšmes sociaux et de dĂ©veloppement du pays, pour crĂ©er leur propre Etat, l’Azawad.
    AprĂšs avoir rĂ©tabli la dĂ©mocratie, le prĂ©sident Amadou Toumani TourĂ© s’est engluĂ© dans une anarchie libĂ©rale favorisĂ©e par le FMI, la France et les Etats-Unis, pour conserver ou Ă©tendre les intĂ©rĂȘts financiers de leurs entreprises multinationales. Le 22 mars 2012, de jeunes officiers subalternes ont renversĂ© le pouvoir et le 5 avril, ATT a dĂ» quitter le pays pour se rĂ©fugier au SĂ©nĂ©gal. Il avait en son temps rĂ©duit la sĂ©dition touareg en intĂ©grant les guerriers dans l’armĂ©e. Mais par la suite, le malaise au sein de la jeunesse pour trouver un emploi, la fronde des syndicats et la crise dans le secteur de l’éducation, tout y Ă©tait pour que la colĂšre pu s’installer. ATT Ă©tait responsable de la corruption, mais il n’était pas le seul Ă  bĂ©nĂ©ficier des prĂ©bendes, de maigres fonds publics dĂ©tournĂ©s des caisses du trĂ©sor .
    Les Ă©leveurs Touaregs (comme les Peuhls), ont vu leurs troupeaux se rĂ©duire, victimes de la progression du dĂ©sert, de la pĂ©nurie d’eau, de la rarĂ©faction des pĂąturages. Ils n’ont pas obtenu les moyens d’une reconversion nĂ©cessaire, alors que les produits alimentaires occidentaux subventionnĂ©s ont envahi le marchĂ© local.

    Complot islamique ?
    On peut se poser la question si on examine le cheminement des diffĂ©rents Ă©vĂšnements. Dans un premier temps des Français ont Ă©tĂ© enlevĂ©s au Niger comme au Mali et dĂ©tenus par les diffĂ©rents mouvements islamistes. Les nĂ©gociations se sont Ă©ternisĂ©es sans jamais dĂ©bouchĂ©es sur un rĂšglement. De mĂȘme que les tentatives de l’AlgĂ©rie et du Burkina pour trouver une solution pacifique et politique au conflit. Ainsi les ravisseurs pensaient disposer d’un moyen de pression sur la France pour Ă©viter son intervention, alors qu’auparavant le versement d’une rançon permettait de libĂ©rer les otages.
    On peut par ailleurs observer que l’application de la loi islamique, la charia, s’est instaurĂ©e dans plusieurs Etats ou zones comme au Nord du NigĂ©ria, lui mĂȘme en proie aux exactions du Boko Aram. Avec le contrĂŽle du Nord du Mali, les intĂ©gristes islamistes affiliĂ©s Ă  El Qaida, peuvent Ă  nouveau profiter d’une base territoriale aprĂšs avoir perdu l’Afghanistan qui reste nĂ©anmoins sous la menace des Talibans, comme les zones frontaliĂšres du Pakistan, la rĂ©bellion irakienne, les milices syriennes Al-Nosrat , les Al Shabaab en Somalie.
    Face Ă  l’étendue de cette menace, les Etats africains de l’Ouest menacĂ©s dans leur intĂ©gritĂ© ont fait appel Ă  l’ONU pour crĂ©er une force d’intervention pendant que se dĂ©roulaient parallĂšlement les tentatives de nĂ©gociation.
    La rĂ©cente visite du PrĂ©sident François Hollande en AlgĂ©rie, n’était vraisemblablement pas une simple visite de courtoisie et limitĂ©e au contexte hĂ©ritĂ© de la guerre coloniale. La question du Mali a certainement fait l’objet de discussion et d’accords comme en tĂ©moigne l’autorisation de passage des rafales au-dessus du territoire algĂ©rien pour bombarder les positions et les bases des forces islamiques qui menacent aussi le sud-algĂ©rien.
    AprĂšs les tentatives menĂ©es en direction du mouvement touareg MLNA pour le dissocier des islamistes, et avant une intervention des forces africaines de la CDAO et de la France, les islamistes ont dĂ©clenchĂ© une attaque pour s’emparer de la totalitĂ© du Mali.
    Le gouvernement français ne pouvait pas rester indiffĂ©rent Ă  cette situation. A cette attaque Ă©clair des intĂ©gristes devait rĂ©pondre une rĂ©action immĂ©diate, pour empĂȘcher l’instauration d’un Etat islamique au Mali. D’autant plus que ce raid reprĂ©sentait une menace pour les six mille rĂ©sidents français de Bamako.
    Avec cette attaque, le temps n’était plus Ă  des parlottes inefficaces, mais Ă  l’action pour prĂ©venir l’irrĂ©parable. Et stratĂ©giquement, on ne prĂ©vient pas ses ennemis de l’imminence de l’assaut


    Je ne suis pas un va-t-en guerre, préférant la négociation pour aboutir à des solutions pacifiques, car pour terminer une guerre, on finit toujours par négocier. Alors pour éviter des drames et que le sang coule, il vaudrait toujours mieux négocier avant. Mais avec de tels adversaires qui sont plus des bandits et mercenaires que des mouvements anticolonialistes, indépendantistes, on ne peut pas vraiment dialoguer comme avec un Etat ou une organisation révolutionnaire.
    Les laisser s’installer durablement ici ou lĂ , par expĂ©rience, on sait ce que cela signifie comme rĂ©gression pour les populations qu’ils prĂ©tendent dĂ©livrer et qu’ils vont en rĂ©alitĂ© opprimer.

    Sous de nobles intentions anti-impĂ©rialistes, il ne faut pas se laisser entraĂźner Ă  des rĂ©actions gauchisantes, sans rapport avec la rĂ©alitĂ© des faits. Si les Maliens doivent-ĂȘtre les acteurs de leur avenir. Car :
    S’Il nous faut rejeter la dĂ©mocratie imposĂ©e par les menaces, les embargos et les bombes des puissances occidentales comme en Lybie, en CĂŽte d’Ivoire ou ailleurs en Afrique et partout dans le monde. Ce n’est pas avec des discours et des bulletins de vote que les peuples s’affranchiront rĂ©ellement mais par leur mobilisation massive, leur engagement pour leur propre salut sans aucune ingĂ©rence extĂ©rieure. Il leur appartient d’inventer leur voie pour Ă©riger le monde nouveau qui pointe dĂ©sormais Ă  l’horizon. Aucune main ne saurait dĂ©sormais leur cacher le soleil de la vĂ©ritable dĂ©mocratie, celle qui est en train de naĂźtre de leur colĂšre, de leurs frustrations, des impasses de la ‘dĂ©mocratie des milliardaires’, une dĂ©mocratie dirigĂ©e contre le peuple .
    Encore faut-il qu’ils soient en mesure de le faire. On a vu ce qu’il en Ă©tait des Touaregs et de leur Azawad !

    Allain Graux ( Ă  titre personnel)
    Parti de Gauche
    Le 14.01.2013

  • Bob POLET a écrit :

    quand il est dit dans le texte que La non-intervention aurait Ă©tĂ© la pire des lĂąchetĂ©s…..c’est une reconnaissance du bien fondĂ© de la dĂ©cision d’Hollande .

    On peut ensuite ramer en exprimant des rĂ©serves du type « guerre qu’aprĂ©s consultation et votes des dĂ©putĂ©s …ou guerre onusienne  » , le premier message est passĂ© dans les mĂ©dias !

    A se demander alors quelle sera la position du Fdg dans 3 mois quand il devra voter Pour ou Contre la poursuite de cette guerre !

    Interpellons les députés

    http://www.petitions24.net/stop_guerre_au_mali_-_des_choix_pour_la_paix

  • Broker Comparatif a écrit :

    Je pense que Monsieur Hollande est aller la bas pour plus essayer de ce redonné une image comme la pus faire les précédent président.

    Chacun a eu une guerre différente et voila celle de Monsieur Hollande.

    Suis je pour ? Non pas vraiment ! Mais hélas je ne suis pas président lol

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