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Un budget de l’Europe austĂ©ritaire et sans ambitions

21 fĂ©vrier 2013 2 112 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

Mercredi 20 fĂ©vrier, je suis intervenu Ă  la tribune de l’AssemblĂ©e nationale lors du dĂ©bat sur le budget de l’Union europĂ©enne pour les cinq annĂ©es Ă  venir.

Pour la premiĂšre fois de son histoire, l’Union europĂ©enne prĂ©sentera un budget en baisse. Cette dĂ©cision est historique car elle signifie l’abandon de toute ambition d’une Europe politique. Elle exprime aussi un manque de confiance dans la construction europĂ©enne.

Le seul point d’accord a Ă©tĂ© la poursuite de l’austĂ©ritĂ©. Avec 36 milliards d’euros de coupes budgĂ©taires, le budget europĂ©en est marquĂ©e du sceau de la rigueur. Il fait l’impasse sur les besoin d’investissements et de relance Ă©conomique, indispensables pour permettre Ă  l’Europe de sortir de la crise.

Retrouvez ci-dessous mon intervention en vidéo:

 


Francois Asensi-Budget Europeen – 20fevrier2013 par Francois_Asensi

 

Les situations budgĂ©taires de la France et de l’Europe sont indissociables. Partout sur le continent, les politiques d’austĂ©ritĂ© Ă©chouent. La France ne fait pas exception : croissance atone, emploi en berne, aggravation des inĂ©galitĂ©s, baisse de la dĂ©pense publique et des dotations aux collectivitĂ©s territoriales.

La rĂ©Ă©valuation de la croissance du PIB français autour de 0,2 %, au lieu des 0,8 % qui avaient Ă©tĂ© annoncĂ©s, prouve que l’austĂ©ritĂ© renforce la crise. Elle prive les États des moyens budgĂ©taires indispensables pour redresser leur Ă©conomie et pour relancer la croissance, par la consommation et grĂące Ă  une politique industrielle volontariste.

Le budget de la nation est amputĂ© de 10 milliards d’euros, mais 20 milliards de crĂ©dit d’impĂŽt sont offerts aux entreprises ! Comment accepter que l’on sacrifie des dĂ©penses utiles pour faire des cadeaux aux entreprises, essentiellement les plus grandes, sans aucune garantie sur la relance de l’économie ou les efforts qu’elles pourraient consentir dans la recherche ou l’investissement ?

En lançant un audit sur un pĂ©rimĂštre de 55 milliards d’aide aux entreprises, le Gouvernement reconnaĂźt d’ailleurs l’inefficacitĂ© de ces mesures et leur manque de contrĂŽle. Ces aides sont d’autant plus injustifiables qu’un nouveau plan de rigueur qui ne dit pas son nom se prĂ©pare, avec Ă  la clĂ© 4,4 milliards d’euros de coupes budgĂ©taires pour les collectivitĂ©s territoriales.

Ces choix économiques contestables se retrouvent au niveau européen.

Je regrette que Gouvernement n’ait pas pu inflĂ©chir les orientations libĂ©rales europĂ©ennes promues par Londres et Berlin. Le budget pluriannuel 2014-2020 de l’Union europĂ©enne est en effet marquĂ© du mĂȘme sceau de l’austĂ©ritĂ©.

Cet acte politique majeur ne parvient pas Ă  donner une orientation ambitieuse pour l’Europe en matiĂšre de politiques Ă©conomiques, d’investissements publics et de politiques de solidaritĂ©.

Pourtant, ce dĂ©bat prend une dimension particuliĂšre au regard du contexte. La prĂ©caritĂ©, le chĂŽmage, la pauvretĂ© et les inĂ©galitĂ©s ne cessent en effet de progresser : 120 millions de personnes sont menacĂ©es par la pauvretĂ© ou l’exclusion sociale en Europe.

MalgrĂ© l’urgence, la Commission europĂ©enne et le Conseil europĂ©en sont restĂ©s sourds aux besoins des peuples. Sans projet ni vision d’avenir, l’Europe comptable a prĂ©valu, symbolisĂ©e par l’objectif de rĂ©duction du dĂ©ficit Ă  3 %, qui est dĂ©sormais inatteignable.

Les nĂ©gociations ont certes dĂ©bouchĂ© sur un compromis mais c’est en rĂ©alitĂ© une victoire pour les États les plus libĂ©raux, au premier rang desquels le Royaume-Uni et l’Allemagne. L’accord conclu lors du Conseil europĂ©en du 8 fĂ©vrier dernier se traduit en effet par une diminution du budget de 36 milliards d’euros, soit une baisse de 5 % par rapport Ă  la pĂ©riode 2007-2013.

Ce budget est le rĂ©sultat de renoncements successifs. Sous la pression du Premier ministre britannique, qui souhaite, je ne crains pas de le dire ici, l’échec de la construction europĂ©enne, le budget a Ă©tĂ© rĂ©duit de plusieurs dizaines de milliards d’euros lors des nĂ©gociations. C’est bien en deçà de la proposition de budget Ă©laborĂ©e par la Commission europĂ©enne, dĂ©jĂ  peu ambitieuse.

Pour la premiĂšre fois de son histoire, le budget de l’Union europĂ©enne va diminuer. Cette dĂ©cision est historique car elle signifie l’abandon de toute ambition d’une Europe politique, exprimant ainsi un manque de confiance dans la construction europĂ©enne.

Le seul point d’accord fut la poursuite d’une politique d’austĂ©ritĂ©. Les chefs d’État et de gouvernement ont confirmĂ© leur obsession de la rigueur budgĂ©taire, une obsession qui l’a de nouveau emportĂ© sur la relance de la croissance, la solidaritĂ© et la justice sociale.

Un tel cadre budgĂ©taire pluriannuel nous condamne Ă  un budget d’austĂ©ritĂ© pour sept ans ! Pis, il condamne l’Europe Ă  la rĂ©cession Ă©conomique et Ă  la rĂ©gression sociale. Le modĂšle allemand lui-mĂȘme n’en sortira pas indemne. C’est une telle absurditĂ© Ă©conomique que les principales formations politiques du Parlement europĂ©en ont exprimĂ© conjointement leur opposition.

La relance des Ă©conomies europĂ©ennes par l’investissement aurait dĂ» guider les chefs d’État et de gouvernement. La relance ne peut rĂ©sulter que d’une stratĂ©gie europĂ©enne de croissance fondĂ©e sur quelques axes fondamentaux : l’investissement massif dans des projets d’infrastructure, dans la rĂ©industrialisation de nos territoires, les Ă©nergies renouvelables et les technologies de pointe.

Au plus fort de la crise financiĂšre, les États europĂ©ens ont su recapitaliser les banques Ă  hauteur de 3 000 milliards d’euros


Ce budget s’inscrit dans la lignĂ©e du traitĂ© sur la stabilitĂ©, la coordination et la gouvernance conçu par Mme Merkel et M. Sarkozy, dont nous avions raison de dire qu’il serait synonyme d’austĂ©ritĂ© pour les peuples. En dĂ©pit des dĂ©clarations du PrĂ©sident de la RĂ©publique qui prĂ©tendait vouloir rĂ©orienter l’Europe vers la croissance, l’Union europĂ©enne n’a pas dĂ©viĂ© de son credo libĂ©ral de rĂ©duction des dĂ©penses et des dĂ©ficits.

Cette politique est une impasse. Comment peut-on espérer réduire la dette sans restaurer la croissance ?

La stratĂ©gie Europe 2020 avait fixĂ©, en mars 2010, un certain nombre d’objectifs : taux d’emploi Ă  75 % pour les femmes et les hommes, rĂ©duction de 20 % des Ă©missions de gaz Ă  effets de serre, investissement public dans la recherche Ă  hauteur de 3 % du PIB europĂ©en. Aussi limitĂ©s soient-ils, ils ne pourront ĂȘtre atteints dans le cadre de ce budget d’austĂ©ritĂ©.

Le cadre financier pluriannuel de l’Union europĂ©enne impose un certain nombre de coupes budgĂ©taires qui sont inacceptables pour nous, partisans d’une Europe moderne et sociale.

Nous avons dĂ©fendu aux cĂŽtĂ©s d’associations comme les Restos du cƓur, la Croix-Rouge ou le Secours populaire, le maintien du programme alimentaire europĂ©en des plus dĂ©munis, dont dĂ©pendent 18 millions d’EuropĂ©ens dans le besoin. Cette revendication, portĂ©e par l’ensemble des tendances politiques, a permis de maintenir in extremis le dispositif, mais je regrette la forte baisse de ses crĂ©dits : l’enveloppe passe de 3,5 Ă  2,5 milliards d’euros, alors que l’aide alimentaire, qui ne concerne que 17 pays aujourd’hui, sera Ă©tendue aux 25 pays de l’Union europĂ©enne.

L’Europe ne doit pas, et encore moins en pĂ©riode de crise, oublier les citoyens dans la prĂ©caritĂ©, menacĂ©s de sombrer dans la pauvretĂ©.

Par ailleurs, la diminution drastique des fonds de cohésion et de solidarité illustre le triomphe des égoïsmes nationaux.

Ce budget a Ă©tĂ© amputĂ© de prĂšs de 30 milliards d’euros par rapport Ă  celui de 2007-2013, ce qui est inacceptable car l’objectif essentiel de rĂ©duction des disparitĂ©s rĂ©gionales en Europe s’en trouve menacĂ©. Nous refusons que l’Europe se construise sur la concurrence entre les peuples et les territoires.

Le budget de la politique agricole commune a Ă©tĂ© Ă©galement rĂ©duit de 47 milliards d’euros sous la pression d’États comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne. Si une rĂ©forme de ce dispositif est nĂ©cessaire, il n’en reste pas moins que la rĂ©duction des crĂ©dits est une source d’inquiĂ©tude pour le monde agricole.

Enfin, le Fonds europĂ©en d’ajustement Ă  la mondialisation, censĂ© amortir le choc des plans sociaux que nous connaissons actuellement, diminue de 70 %. Ce sont 350 millions d’euros en moins pour les salariĂ©s victimes du libĂ©ralisme effrĂ©nĂ© et de la course Ă  la rentabilitĂ©.

Globalement, les partisans d’une Europe ultralibĂ©rale repliĂ©e sur l’intĂ©rĂȘt national ont triomphĂ© Ă  l’issue des nĂ©gociations. La rĂ©orientation de l’Europe en faveur de la croissance et de l’investissement n’a pas eu lieu. Je regrette de dire que le Gouvernement et le PrĂ©sident de la RĂ©publique ont Ă©tĂ© impuissants face Ă  la toute-puissance des libĂ©raux que sont les gouvernements allemand et britannique.

Les dĂ©putĂ©s du Front de gauche appellent de leurs vƓux un profond changement des orientations europĂ©ennes. Il est urgent de renouer avec de grands projets industriels mobilisant les compĂ©tences et la contribution de l’ensemble des États membres, tel Airbus.

Le dĂ©mantĂšlement de la sidĂ©rurgie europĂ©enne, secteur au fondement de la rĂ©volution industrielle europĂ©enne, appelle des rĂ©ponses Ă©nergiques pour refaire de l’Europe un acteur majeur de la politique industrielle.

Concernant les investissements d’avenir, nous appelons Ă  un effort particulier en faveur de la recherche et de l’innovation, notamment dans le domaine de la transition Ă©cologique et Ă©nergĂ©tique. C’est une source majeure de croissance et d’emplois.

Par ailleurs, face Ă  la dĂ©fiance toujours plus grande des citoyens envers l’Europe, il convient de mettre en Ɠuvre les moyens nĂ©cessaires au renforcement de l’identitĂ© europĂ©enne, au soutien Ă  la jeunesse et aux associations.

Ainsi, nous rappelons notre attachement Ă  une augmentation des crĂ©dits pour le nouveau programme en matiĂšre d’éducation, de formation, de jeunesse et de sport, intitulĂ© « Erasmus pour tous », de maniĂšre Ă  permettre Ă  ce programme, qui contribue Ă  forger la conscience europĂ©enne et Ă  prĂ©parer l’avenir, d’ĂȘtre pleinement efficace.

Comme je me suis attachĂ© Ă  le dĂ©montrer, ainsi que les dĂ©putĂ©s communistes du Front de gauche, le budget de l’Union europĂ©enne pour la pĂ©riode 2014-2020, marquĂ© du sceau de l’austĂ©ritĂ©, ne permettra pas Ă  l’Europe de sortir de la crise. Il ne permettra pas Ă  l’Europe de redevenir un espace de progrĂšs et de solidaritĂ© entre les peuples.

Le Parlement europĂ©en aura bientĂŽt Ă  se prononcer sur ce budget. Les dĂ©putĂ©s communistes et du Front de gauche souhaitent que les parlementaires europĂ©ens maintiennent leur opposition constructive pour qu’un budget plus ambitieux voie le jour. Nous appelons dĂšs maintenant le Gouvernement Ă  s’engager dans cette bataille vitale pour prĂ©server le rĂȘve europĂ©en.

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