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Débat sur la burqa : défendre les droits des femmes sans tomber dans les amalgames

20 juillet 2009 2 987 vues Un commentaire Imprimer Imprimer Envoyer à un ami Envoyer à un ami

Alors qu’une commission d’enquête et une loi sur le port de la burqa sont en débat, j’ai souhaité adresser ce courrier à mes collègues députés, afin de les alerter sur les risques d’instrumentalisations de cette question.

« Mesdames et Messieurs les députés,

La proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur le port de la burqa a ravivé le débat autour de la laïcité, alors que notre société est fragilisée par une crise économique d’une ampleur préoccupante.

Vous le savez, mes convictions républicaines m’attachent fondamentalement au principe de laïcité, socle de la liberté de conscience de chaque citoyen. La crise d’identité culturelle de notre société, sous les coups de butoir d’une vision libérale et individualiste du lien social, rend indispensable la défense de ce principe en tant qu’espace de dialogue garantissant l’expression des différences.

La laïcité est donc une valeur d’essence positive : elle crée de l’en commun par delà les différentes sensibilités, offre au citoyen la possibilité d’une émancipation de ses attaches quelles qu’elles soient.

En 2004, la loi relative à la laïcité dans les écoles publiques a prévu l’exclusion de tous les signes ostensibles d’appartenance religieuse, parmi eux le voile. J’ai soutenu cette loi précisément parce que l’école publique est le lieu même où l’esprit des Lumières doit favoriser l’émancipation d’êtres de raison, sans pour autant nier les différences ni heurter les consciences.

Je regrette qu’à l’époque notre sensibilité communiste n’ait pas voté en faveur de cette loi qui a depuis permis de retrouver l’apaisement et la sérénité dans notre système scolaire, preuve que ce texte était nécessaire.

En revanche, je suis plus circonspect sur la nécessité de légiférer à propos du port de la burqa dans ce qui relève du champ privé. Cela peut porter en germe amalgames et instrumentalisations qui ne feront que déstabiliser ceux et surtout celles que la commission d’enquête souhaite protéger, dans un souci louable.

La liberté des femmes et l’égalité entre les sexes sont bien entendu des principes juridiques et républicains sur lesquels on ne peut transiger. La burqa est l’instrument d’une régression inacceptable des droits de la femme, une prison vestimentaire qui marque son exclusion de la vie de la Cité.

Ce phénomène s’inscrit, faut-il le rappeler, dans une histoire des pratiques religieuses qui, toutes confessions confondues, ont bien souvent par le passé fait reculer l’esprit de Raison, en asservissant la femme, en la réduisant à l’état de minorité. Notre vigilance se doit d’être constante, et notre condamnation ferme.

Pour autant, il n’est pas acceptable que le débat autour du port de la burqa conduise de manière directe ou indirecte à la stigmatisation de l’Islam et de nos concitoyens de confession musulmane, dont la diversité enrichit notre pays. Les musulmans de France, trop souvent les premières victimes de la précarité et de l’exclusion, se verraient alors renforcés dans une situation d’exclusion et de domination.

Ce débat ne doit pas non plus échouer dans un supposé affrontement des civilisations, qui produit le sempiternel terreau des extrémismes. Non, l’Islam n’est pas en soi une menace envers notre pacte républicain, et les atteintes au principe de laïcité les plus pernicieuses sont à rechercher ailleurs.

Alors que le Gouvernement bat en brèche insidieusement les fondements de la laïcité en poussant au financement des écoles privées confessionnelles et en validant les diplômes délivrés par le Vatican, il est dommageable d’offrir au Président de la République l’occasion de se parer de la vertu laïque et de couvrir d’un écran de fumée les problèmes les plus urgents. »

1 commentaire »

  • noureddine elkarati a écrit :

    bonjour monsieur le député

    votre position est intelligente et pleine de bon sens, je viens d’apprendre que l’on veut faire une loi pour 367 femmes ,guerin et sarkozy sont ridicules. Cher françois diffuse ton point de vue dans les mosqués de la 11 circonscription ,il t’honore. ce pays devient ridicule ,et ce député communiste orthodoxe n’honore pas le communisme ,ni le pcf. cher françois ,fait de ton mieux pour arreter cette mascarade ridicule et xenophobe ,bon courage ,ta position me rejouit ,felicitations.
    signé : un communiste outré

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