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Syrie : La France n’a pas vocation à « punir », mais à protéger les populations et faire respecter le droit international

29 août 2013 2 116 vues Un commentaire Imprimer Imprimer Envoyer à un ami Envoyer à un ami

Déclaration de François ASENSI 

                                           

Député Front de gauche, membre de la Commission des Affaires étrangères

 

J’accueille avec stupéfaction et avec la plus grande inquiétude les récentes déclarations de la diplomatie française à propos d’une intervention militaire en Syrie.

Cette intervention telle qu’elle semble se dessiner, en dehors de toute légalité internationale, avec un risque d’embrasement sans précédent du Moyen-Orient, est absolument inacceptable.

La concentration de troupes ces dernières heures, tant sur les bases occidentales que sur les positions russes, porte en germe une escalade redoutable qui n’aiderait en rien le peuple syrien, mais ferait au contraire de ce pays le champ d’affrontement des intérêts géostratégiques des grandes puissances.

Certes, la poursuite de la terreur d’Etat de Bachar El Assad est inconcevable. Dès octobre 2011, j’avais d’ailleurs interrogé le ministre des affaires étrangères français sur les initiatives diplomatiques que comptait mener notre pays pour protéger et soutenir le peuple syrien contre l’état de guerre civile et les exactions du pouvoir.

Mais l’emballement des diplomaties occidentales après le terrible massacre du 21 aout à la Ghouta invite à la retenue, après deux ans d’attentisme et d’inaction face aux terribles souffrances du peuple syrien et aux dizaines de milliers de victimes de cette sale guerre.

Si l’usage d’armes chimiques ne fait plus guère de doute, il convient avant tout de confondre avec certitude les auteurs de cet acte barbare. Depuis deux ans, les deux camps ont démontré qu’ils étaient capables des pires atrocités, tant le régime dictatorial de Bachar el-Assad que les groupuscules djihadistes qui qui ont pris peu à peu le pouvoir au sein de la rébellion.

Précisément afin d’établir les responsabilités, l’ONU a dépêché des inspecteurs sur place.

Je demande au Président de la République de s’en tenir strictement au respect de la Charte de l’ONU et d’attendre les conclusions des inspecteurs.

Si l’Histoire ne se répète jamais à l’identique, il convient de faire preuve de circonspection face aux allégations invoquées. Il y a dix ans exactement,  les Etats-Unis entrainaient une coalition occidentale dans l’aventure militaire irakienne et plongeaient l’Irak dans le chaos. Depuis, la présence potentielle d’armes de destruction massive aux mains de Saddam Hussein s’est avérée être une manipulation.

La solution politique et diplomatique doit primer sur l’aventurisme militaire.

La France n’a pas vocation à « punir », mais à protéger les populations et à faire respecter le droit international. Faire de la morale le prétexte de notre action diplomatique serait une erreur. Nous payons encore les conséquences dévastatrices de la lutte contre l’axe du Mal décrétée sous la présidence Bush. Gardons-nous de raviver l’idée funeste de « choc des civilisations ».

En faisant sienne cette conception morale de l’ordre du monde, la diplomatie française veut-elle se placer en pointe du combat impérialiste de l’hyperpuissance américaine et de son complexe militaro-industriel ?

Je regrette cet alignement atlantiste, contraire à l’histoire et aux valeurs de notre pays. Du retrait du commandement intégré de l’OTAN à la condamnation de la guerre du Vietnam par le Général de Gaulle, jusqu’au refus de l’intervention en Irak par le Président Jacques Chirac en 2003, la France a toujours su faire vivre l’idéal de liberté et d’indépendance dans le concert des Nations.

Dans l’urgence de protection des populations civiles syriennes, la France doit plaider l’ouverture de « couloirs humanitaires » pour venir en aide aux blessés, aux réfugiés, aux malades.

Au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, la France a une position clef, au-dessus des intérêts géopolitiques des grandes puissances étasuniennes et russes. Pour que l’indispensable transition démocratique voie le jour en Syrie, la France doit pleinement jouer son rôle en faveur d’une résolution négociée du conflit syrien.

1 commentaire »

  • Loan a écrit :

    Dieu bénisse … que la Russie et l’Amérique a un accord de paix. Toute guerre a pas d’humanité.

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