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La France doit retrouver une voix forte et indépendante au niveau international

7 novembre 2013 1 886 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

Lors de la discussion du budget de l’Action extĂ©rieure de l’Etat, je suis revenu Ă  l’AssemblĂ©e nationale sur la politique Ă©trangĂšre de la France et des moyens qui y sont affectĂ©s.

La baisse des crĂ©dits de cette mission, conjuguĂ©e Ă  l’orientation atlantiste de notre politique Ă©trangĂšre, ont conduit les dĂ©putĂ©s du Front de Gauche Ă  voter contre ce budget .

De  la Syrie Ă  l’Iran en passant par l’Affaire Snowden, nous ne nous reconnaissons pas dans les prises de positions du gouvernement socialiste.

Il est urgent que la France retrouve une voix éclairée et indépendante dans le concert des Nations.

Retrouvez mon intervention en vidéo:

 


PLF 2014 – Action extĂ©rieure de l’Etat par Francois_Asensi

 

 » Monsieur le prĂ©sident, monsieur le ministre, chers collĂšgues, la diplomatie française a toujours eu l’ambition de jouer un rĂŽle majeur dans les relations internationales, en portant une voix Ă  la fois Ă©clairĂ©e et indĂ©pendante dans le concert des nations. L’importance et la qualitĂ© de notre rĂ©seau diplomatique Ă  l’étranger, le deuxiĂšme au monde aprĂšs celui des États-Unis, reflĂštent cette ambition.

Mais paradoxalement, alors que la mondialisation s’accentue, le budget 2014 de la mission « Action extĂ©rieure de l’État » n’est pas Ă©pargnĂ© par l’austĂ©ritĂ©, avec une baisse des crĂ©dits de 20 millions d’euros pour cette mission. Cela reprĂ©sente deux cents suppressions d’emplois et un recours toujours plus important aux agents de droit local, dotĂ©s de contrats prĂ©caires.

La rigueur remet sĂ©rieusement en cause l’universalitĂ© de notre rĂ©seau Ă  l’étranger. Plusieurs sites ont d’ores et dĂ©jĂ  Ă©tĂ© regroupĂ©s, d’autres sont obligĂ©s de faire avec un personnel rĂ©duit au strict minimum, tandis que la vente de biens immobiliers historiques – la Maison de France Ă  Berlin par exemple – se poursuit pour renflouer les caisses.

Le programme « Diplomatie culturelle et d’influence » poursuit son hĂ©morragie avec une nouvelle diminution des crĂ©dits de 4 %, aprĂšs celle de 7 % constatĂ©e en 2013. Nous craignons que l’action culturelle Ă  l’étranger, essentielle au rayonnement de la France, soit progressivement supplantĂ©e par la promotion de la diplomatie Ă©conomique, que vous prĂ©sentez, monsieur le ministre, comme la dĂ©fense des intĂ©rĂȘts de quelques sociĂ©tĂ©s au patriotisme Ă  mon avis trĂšs limitĂ©.

Il est pourtant essentiel que nous conservions un rayonnement culturel important partout dans le monde. Nous sommes donc particuliĂšrement inquiets d’apprendre la diminution de 2 % des subventions en faveur de l’enseignement du français Ă  l’étranger ainsi que le recul de 7 millions d’euros des subventions aux Alliances françaises, qui restent Ă  ce jour un des principaux relais de notre influence. Ce budget en recul affaiblit la capacitĂ© de la France Ă  peser sur la scĂšne internationale. L’ambition de notre politique Ă©trangĂšre n’est pas au rendez-vous.

Par ailleurs, les orientations stratĂ©giques affaiblissent le message de la France, en rupture avec la politique atlantiste du prĂ©cĂ©dent gouvernement ; or cette rupture n’a pas eu lieu.

Le ministre des affaires étrangÚres est absent, cela est noté ; bienvenue donc à M. le ministre du budget. Je profiterai toutefois de cette intervention pour formuler quelques observations sur la politique internationale de la France.

PremiĂšrement, les prises de position de l’exĂ©cutif sur la guerre en Syrie ont dĂ©montrĂ© l’alignement inadmissible de notre diplomatie sur celle des États-Unis. Nous l’avons rĂ©pĂ©tĂ© : l’usage de la force en Syrie, de surcroĂźt sans mandat de l’ONU, Ă©tait une folie. Les populations civiles auraient Ă©tĂ© les premiĂšres victimes de cette intervention. Une nouvelle intervention occidentale dans le monde musulman aurait alimentĂ© la thĂšse du choc des civilisations que nous tentons de combattre par tous les moyens.

La France n’a pas su prendre les bonnes dĂ©cisions sur la question syrienne, aussi bien sur le soutien militaire aux rebelles que sur la capacitĂ© du dictateur Bachar el-Assad Ă  se maintenir au pouvoir. RĂ©sultat : notre diplomatie est aujourd’hui affaiblie dans le cadre des discussions prĂ©alables Ă  la confĂ©rence GenĂšve 2.

DeuxiĂšmement, nous sommes convaincus que la France aurait dĂ» avoir une attitude diffĂ©rente dans l’affaire Snowden, qui a rĂ©vĂ©lĂ© l’ampleur du systĂšme d’espionnage de la NSA, donc des États-Unis. Offrir l’asile politique Ă  ce lanceur d’alerte, quel beau message pour tous les dĂ©fenseurs de la libertĂ© ! Mais au lieu de prendre cette dĂ©cision courageuse, la France s’est soumise aux injonctions des AmĂ©ricains en faisant arrĂȘter l’avion du prĂ©sident bolivien Evo Morales.

Cet affront diplomatique a gravement nui Ă  la crĂ©dibilitĂ© de la France au niveau international, notamment en AmĂ©rique latine. Par ailleurs, il est inadmissible que la France, alliĂ©e des États-Unis, soit sous la surveillance constante de Big Brother. La rĂ©action de la France n’a pas Ă©tĂ© Ă  la hauteur de la gravitĂ© des faits. La suspension de l’accord transatlantique Ă©tait un impĂ©ratif minimum.

TroisiĂšmement, nous dĂ©plorons l’absence de prises de position fortes sur le conflit israĂ©lo-palestinien. La France doit faire preuve de fermetĂ© sur la poursuite de la colonisation israĂ©lienne qui bloque l’espoir d’une paix juste. Nous attendons que la France reconnaisse enfin l’État palestinien. Ce message fort pour la libertĂ© des peuples honorerait notre diplomatie.

Enfin, il apparaĂźt nĂ©cessaire de renouer les fils du dialogue avec l’Iran, tant ce pays est une clef dans la rĂ©solution des conflits au Moyen-Orient. Ce dialogue, qui doit se faire sans prĂ©jugĂ©s, n’exclut pas pour autant la fermetĂ© sur la question de l’usage du nuclĂ©aire Ă  des fins militaires.

Du retrait du commandement intĂ©grĂ© de l’OTAN Ă  la condamnation de la guerre du Vietnam par le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, jusqu’au refus de l’intervention en Irak par le prĂ©sident Jacques Chirac en 2003, la France a toujours su faire vivre l’idĂ©al de libertĂ© et d’indĂ©pendance dans le concert des nations. Le tropisme atlantiste de votre gouvernement est contraire Ă  notre histoire et Ă  nos valeurs.

Monsieur le ministre, l’impression gĂ©nĂ©rale est que notre diplomatie s’aligne de plus en plus sur les États-Unis et contrevient au multilatĂ©ralisme. Parce que ce budget affaiblit le rayonnement de la France et le soutien aux forces progressistes et pacifiques, les dĂ©putĂ©s du Front de Gauche et communistes voteront contre ce budget. »

 

 

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