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Rencontre sur l’Ukraine avec le ministre des Affaires Ă©trangĂšres

7 mars 2014 2 153 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

J’Ă©tais prĂ©sent ce matin au Quai d’Orsay avec le ministre Laurent Fabius et les porte-parole des groupes politiques des commissions des affaires  étrangĂšres du Parlement pour Ă©voquer la grave crise ukrainienne. Pour reprĂ©senter le Front de gauche, j’Ă©tais accompagnĂ© de la sĂ©natrice Eliane Assassi.

Dans un exposĂ© liminaire, le ministre s’est dit trĂšs prĂ©occupĂ© de la grave situation en Ukraine. Il s’est dit opposĂ©, ainsi que les Etats europĂ©ens, Ă  l’organisation d’un rĂ©fĂ©rendum en CrimĂ©e qui selon lui n’est pas constitutionnel. Par ailleurs, toujours selon le ministre, les questions posĂ©es dans ce rĂ©fĂ©rendum, soit l’autonomie renforcĂ©e de la CrimĂ©e, soit rattachement Ă  la RĂ©publique de Russie, sont inenvisageables.

Le ministre a estimĂ© que le Gouvernement de l’Ukraine dĂ©signĂ© par la Rada Ă©tait tout à fait lĂ©gitime, en minorant manifestement la place des ministres nĂ©onazis dans ce Gouvernement. Il a indiquĂ© qu’un groupe de contact avait Ă©tĂ© proposĂ© Ă  Monsieur Lavrov et que les pays occidentaux Ă©taient dans l’attente d’une rĂ©ponse du ministre des Affaires Ă©trangĂšres russe.

Laurent Fabius a regrettĂ© la dĂ©cision de supprimer le russe comme langue officielle, en jugeant inopportune, tout en indiquant que les dĂ©crets d’application n’étaient pas encore pris. Il a annoncĂ© que l’Union europĂ©enne pourrait mettre des sanctions de tous ordres, notamment Ă©conomique et concernant les visas. En l’espĂšce, il s’agirait singuliĂšrement pour la France de trouver un autre fournisseur de gaz. Il a Ă©galement indiquĂ© que, si les tensions militaires avec la Russie ne retombaient pas, l’OTAN pourrait prendre des dĂ©cisions d’ordre stratĂ©gique.

Intervenant dans cet Ă©change, j’indiquais que la gestion de ce dossier par les Occidentaux relevait d’une vision hĂ©ritĂ©e de la guerre froide et d’un retour de la politique des blocs. Qu’il Ă©tait Ă©videmment impensable d’envisager un conflit militaire avec la Russie qui, je le rappelle, dĂ©tient comme les Etats-Unis 5000 tĂȘtes d’ogives nuclĂ©aires intercontinentales. J’estime que les boutefeux qui envisagent une telle perspective sont des Docteur Folamour en puissance.

J’ai rappelĂ© la politique d’encerclement de l’OTAN, qui n’est pas de nature Ă  apaiser les relations entre les Russes et les Occidentaux, mais vise Ă  poursuivre une stratĂ©gie vĂ©cue comme une humiliation pour les Russes, aprĂšs le dĂ©clin amorcĂ© en 1989 et son effacement total dans le concert des Nations. Il est Ă©vident Ă  mes yeux que la seule issue Ă  la crise est une perspective diplomatique, et un accord qui garantisse Ă  la fois l’intĂ©gritĂ© de l’Ukraine et le respect des intĂ©rĂȘts stratĂ©giques de la Russie aux marches de son territoire. J’estime que la France devrait faire entendre une voix diffĂ©rente plutĂŽt que de s’aligner une nouvelle fois derriĂšre les Etats-Unis et faire le prosĂ©lytisme de la stratĂ©gie de l’OTAN. Sur la question gĂ©ostratĂ©gique de la place de l’Ukraine en Europe, le Gouvernement français doit convaincre ses partenaires de renoncer Ă  ranger l’Ukraine dans le giron de l’OTAN.

Sur la lĂ©gitimitĂ© du Gouvernement ukrainien actuel, que nie le partenaire russe, j’ai rappelĂ© que si le droit Ă  l’insurrection est une cause juste et noble des peuples soumis au joug d’un oppresseur, comme en dispose la DĂ©claration des Droits de l’Homme et du Citoyen, il n’en reste pas moins que l’expression du suffrage universel est aujourd’hui la seule lĂ©gitimitĂ© possible pour tout pouvoir en Ukraine. Et qu’un Gouvernement et un Parlement ne seront lĂ©gitimes que lorsqu’ils auront Ă©tĂ© dĂ©signĂ©s par les urnes. Sur ce point, force est de constater que les dĂ©cisions de la Rada ont Ă©tĂ© manifestement prises sous la pression des barricades et de commandos armĂ©s manipulĂ©s par des agitateurs de l’extrĂȘme-droite nĂ©onazie. La prioritĂ©, c’est que le peuple ukrainien se prononce par les urnes. Il devrait y avoir sur ce point consensus gĂ©nĂ©ral.

Pour ĂȘtre Ă  la fois trĂšs critique sur le Gouvernement Ianoukovitch, sur la place des oligarques en Russie et en Ukraine, et sur le large dĂ©ficit dĂ©mocratique de ces rĂ©gimes, je veux quand mĂȘme rappeler que lors du coup d’Etat contre Gorbatchev, les Occidentaux ont abandonnĂ© le peuple russe aux mains de ces oligarques et de Boris Eltsine.

Quant Ă  la question de la langue, j’ai fait observer au ministre que l’adjectif « inopportun » Ă©tait maladroit et inadaptĂ© pour qualifier la suppression de la langue russe comme langue officielle. La suppression du russe a Ă©tĂ© vĂ©cue comme une agression et une tentative d’éliminer la culture russe d’Ukraine. Plus qu’inopportune, cette dĂ©cision est une faute politique et morale. J’ajoute que dans la conscience collective russe, la tragĂ©die de la DeuxiĂšme Guerre mondiale est encore prĂ©sente. Les exactions des nazis en Ukraine et en Russie, dont les peuples ont payĂ© un lourd tribut, peuvent expliquer certains rĂ©flexes qui ne sont pas pour autant des adhĂ©sions Ă  la politique de Poutine.

 

 

 

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