Construction de 200 000 logements dans le cadre du Grand Paris: vers un nouveau renforcement des inégalités territoriales?

14 avril 2015 0 Par Francois Asensi
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 Construction de 200 000 logements dans le cadre du Grand Paris :

Vers un nouveau renforcement des inégalités territoriales ?

Déclaration du député François Asensi

Dès le mois de février 2014, j’étais intervenu à l’Assemblée nationale pour mettre en garde contre une nouvelle mainmise de l’Etat sur l’aménagement de l’Ile-de-France dans le cadre du Grand Paris et dénoncer le risque d’un renforcement des inégalités territoriales.

Le quotidien Le Parisien du 8 avril vient de confirmer mes craintes en publiant les sites retenus pour accueillir les constructions de logement annoncées par Manuel Valls lors du comité interministériel du 13 octobre dernier. Contre l’avis des élus locaux et des populations, le Gouvernement s’apprête à imposer toujours plus de logements dans les villes populaires, quitte à renforcer les discriminations territoriales et créer de véritables lieux de relégation sociale. Je refuse cette politique d’aménagement irresponsable.

Ce n’est pas l’objectif de nombre de construction – 200 000 logements- qui pose question, mais la répartition et la méthode choisie.

Concernant la méthode, elle s’avère autoritaire et bureaucratique : le Gouvernement souhaite lancer une Opération Intérêt National donnant les mains libres à l’État pour imposer ses projets contre l’avis des communes et des populations. C’est une anomalie démocratique et un retour en arrière sur le processus de décentralisation. Alors que les villes et les intercommunalités viennent de définir des objectifs de construction dans le cadre des plans locaux d’urbanisme, des contrats de développement territorial et des programmes locaux de l’habitat, toutes ces années de réflexion et de coopération seront réduites à néant.

S’agissant de la répartition de l’effort de construction, elle est proprement révoltante. La Seine-Saint-Denis supportera plus de la moitié des nouvelles constructions en petite couronne, soit 67 700 logements. Sur les 8 départements que compte la région capitale, notre département supportera plus du tiers de l’effort de construction. Avec quels moyens nouveaux, alors que le Gouvernement asphyxie les communes en baissant leurs dotations ? Comment les villes pourront-elles faire face aux besoins de ces 200 000 nouveaux habitants en Seine-Saint-Denis ? Avec quel argent construire de nouvelles crèches, de nouvelles écoles, de nouveaux centres de soins dans le cadre de la politique d’austérité ?

Oui, il faut construire en Ile-de-France où la pénurie de logement est bien souvent le principal problème des habitants, mais cet effort doit être partagé.

Dans ce plan Valls pour le logement, les communes privilégiées de l’ouest parisien seront encore une fois épargnées et demeureront des réserves de riches. Alors qu’il faudrait au contraire obliger ces villes de l’ouest parisien où se concentrent les emplois et les richesses à construire plus, car elles ont les moyens d’accueillir de nouvelles populations. Et pénaliser vraiment celles qui refusent d’appliquer la loi SRU, y compris par l’inéligibilité des maires qui ne respectent pas la loi.

Avec ces annonces gouvernementales sur la production de logements, nous assistons à la résurrection d’une vision passéiste et inégalitaire de l’aménagement de l’Ile-de-France, qui concentre les emplois à l’ouest et les logements à l’est. On connaît les limites de ce modèle : allongement des temps de transports, cités dortoirs, zones d’extrême pauvreté côtoyant des zones d’extrême richesse. C’est un non-sens écologique et social. Nous devons sortir de cette logique.

A regarder le détail des projets sur chaque territoire, c’est aussi la poursuite du logiciel dépassé des grands ensembles des années 1960. La Courneuve accueillerait ainsi un nouveau quartier gigantesque de 24 000 logements autour du parc départemental, l’équivalent de 10 fois Central Park. Où est la cohérence, alors que l’on tente encore, à grands frais, de réparer les erreurs urbanistiques du passé en rénovant la cité des 4000 ? Je constate que ces projets sont en totale contradiction avec les engagements du Premier ministre sur la lutte contre ce qu’il a nommé « les ghettos ». S’il faut faire du logement, c’est par petite touche, par du cousu main, pour créer de l’urbanité et préserver le lien social.

Dans ma circonscription, 5300 logements seraient construits à Sevran et Villepinte, notamment sur la Pépinière et sur la plaine Montceleux. C’est l’équilibre de ces villes qui serait remis en cause. Je refuse que 3000 nouveaux logements voient le jour sur la plaine Montceleux et j’invite le maire de Sevran à soutenir cette action et à sortir du double langage que lui impose son soutien sans faille au gouvernement de Manuel Valls.

Plus que de nouveaux grands ensembles, nous avons par-dessus tout besoin d’implanter des entreprises et des emplois pour assurer une mixité entre les fonctions de la ville, à Sevran notamment. Le site de la plaine Montceleux doit bénéficier d’un projet de développement créateur de richesse et de dynamisme pour la ville, avec par exemple l’implantation d’un pôle universitaire.

Dans les semaines et mois à venir, je serai dans l’action en associant la population des villes de la circonscription. Je demanderai au Gouvernement de respecter les projets des élus locaux et de faire vivre réellement la promesse républicaine d’égalité. Poursuivre la logique de sélection des territoires en Ile-de-France aurait des conséquences dramatiques pour la qualité de vie de ses habitants, mais également pour le rayonnement de la plus riche région d’Europe.

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