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Intervention lors du dĂ©bat sur l’engagement des forces aĂ©riennes françaises en Syrie

15 septembre 2015 957 vues Un commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

Retrouvez mon intervention en vidéo:


IG_FAsensi_Intervention en Syrie par Francois_Asensi

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Mes cher-e-s collĂšgues,

Un an aprĂšs le dĂ©clenchement de l’opĂ©ration Chammal, les barbares de DAECH continuent de semer la mort sur la surface du globe.

Sur notre sol, ce fut le massacre des journalistes de Charlie hebdo, prĂšs celui des enfants juifs de Toulouse.

LĂ -bas, c’est un cortĂšge de dĂ©capitation, de viols, d’épuration ethnique et d’atrocitĂ©s sans fin.

En dĂ©truisant Palmyre, symbole des influences arabes, grecques et romaines entremĂȘlĂ©es, Daech s’est attaquĂ© aux plus hautes Ɠuvres de l’esprit ; il a bafouĂ© ce que la MĂ©diterranĂ©e, creuset de toutes les cultures et trait d’union entre l’Orient et l’Occident, a de plus beau.
Contre ce fanatisme qui nous ramĂšne aux pages les plus sombres de l’histoire, les dĂ©putĂ©s du Front de gauche sont rĂ©solus Ă  combattre sans merci et sans Ă©tat d’ñme.
Combattre par la force, parce que face Ă  des monstres d’une telle brutalitĂ©, le dialogue est impossible.
Combattre par l’intelligence, car elle seule fournit durablement un rempart contre l’obscurantisme et la folie.
Combattre par la fraternitĂ©, parce que cette barbarie n’a rien Ă  voir avec la culture musulmane, qu’elle trahit et instrumentalise.

Dans cette lutte, nous avons pris toujours pris nos responsabilitĂ©s, notamment lors de l’intervention française au Mali.
Pour autant, ce mĂȘme esprit de responsabilitĂ© nous a conduit Ă  formuler de fortes rĂ©serves lors du dĂ©clenchement de l’opĂ©ration Chammal, et Ă  ne pas approuver sa prolongation en janvier dernier.

Pourquoi ? Parce que nous étions en désaccord avec notre diplomatie sur deux points majeurs :

Nous ne partagions pas le trait d’égalitĂ© placĂ© par la France entre Bachar El Assad et Daech. Car s’il n’y a pas de hiĂ©rarchie dans l’horreur, on ne pouvait pour autant mettre sur un mĂȘme rang un dictateur et une idĂ©ologie poussant Ă  l’anĂ©antissement de l’HumanitĂ©. Cette position, plus atlantiste mĂȘme que celle des Etats-Unis, nous conduisait Ă  l’isolement et Ă  l’impuissance diplomatiques, tout comme notre intransigeance sur le nuclĂ©aire iranien.

Nous dĂ©plorions Ă©galement que cette intervention militaire se dĂ©roule sous la coupe de l’OTAN, ce qui ne pouvait manquer de raviver la thĂšse du choc des civilisations. Sans compter nos interrogations sur l’efficacitĂ© de telles frappes aĂ©riennes dĂ©nuĂ©es de tout volet politique consistant.

Un an aprĂšs, force est de constater que nos craintes Ă©taient pour l’essentiel fondĂ©es. Nous nous trouvons aujourd’hui en situation d’échec :

Au plan militaire, Daech a consolidĂ© son emprise gĂ©ographique. MalgrĂ© les milliers de frappes aĂ©riennes, aucune ville irakienne n’a Ă©tĂ© reprise.
10 000 djihadistes sont tombĂ©s, mais le fanatisme a fait son Ɠuvre et de nouveaux combattants sont venus les remplacer.
Les armĂ©es locales, notamment irakiennes, demeurent incapables d’assurer la sĂ©curitĂ© de leurs populations.

Au plan diplomatique, Erdogan a marchandĂ© sa place dans la coalition de l’OTAN pour engager une rĂ©pression inouĂŻe des Kurdes, notre seul rempart contre Daech. C’est un comble mais le dĂ©clenchement de l’intervention amĂ©ricaine a conduit Ă  ce que le seul alliĂ© fiable, laĂŻc et progressiste dans cette rĂ©gion soit bombardĂ© et affaibli.

Au plan humanitaire, la persĂ©cution des minoritĂ©s s’est accentuĂ©e, tout comme le drame des rĂ©fugiĂ©s.
Notre continent a cru pouvoir se tenir Ă  l’écart en Ă©rigeant une Europe forteresse et en se dĂ©faussant sur les pays frontaliers de la Syrie.
MalgrĂ© notre opposition, les moyens de l’agence Frontex ont Ă©tĂ© considĂ©rablement augmentĂ©s. L’aide au dĂ©veloppement a Ă©tĂ© sans cesse amputĂ©e.
Au bout du compte, la MĂ©diterranĂ©e a cessĂ© d’ĂȘtre une main tendue pour devenir peu Ă  peu le cimetiĂšre de milliers de vies.

Face à cette tragédie, les députés Front de gauche veulent réaffirmer que les migrants sont une richesse et non une menace !
Et pour cela, nous refusons toute sorte de tri entre les migrants, au nom mĂȘme de la FraternitĂ© qui fonde notre RĂ©publique !

Sur le dossier syrien, notre position est claire.
Nous soutenons avec dĂ©termination le principe d’une force militaire contre Daech, pour autant que cette force s’inscrive dans le cadre de l’ONU et qu’elle s’accompagne d’une feuille de route politique associant l’ensemble des acteurs rĂ©gionaux.

HĂ©las, nous regrettons que le plan proposĂ© aujourd’hui par l’exĂ©cutif prenne un chemin opposĂ©.
– Un cavalier seul de la France en Syrie ne ferait qu’éloigner la perspective d’une grande coalition contre Daech, en Ă©cartant les Russes
– Par ailleurs, cette intervention en dehors de toute autorisation onusienne placerait la France dans l’illĂ©galitĂ© au regard du droit international
– Enfin, nous maintenons nos interrogations sur les vĂ©ritables buts de guerre de cette opĂ©ration. Initialement annoncĂ©e comme une mission de surveillance et de renseignement, elle s’est muĂ©e ces derniĂšres heures en mission de bombardement. Le sentiment qui domine, c’est la confusion ! S’agit-il de combattre Daech ou d’affaiblir l’autoritĂ© du rĂ©gime syrien sur son territoire ? Le flou demeure.
Dans les conditions prĂ©sentes, les dĂ©putĂ©s Front de gauche ne peuvent pas approuver l’extension de notre engagement Ă  la Syrie.

Plus prĂ©occupant encore, nous entendons de plus en plus de va-t’en guerre prĂŽnant une intervention au sol sur le modĂšle de l’invasion de l’Irak, de l’Afghanistan ou de la Lybie.
Il s’agirait d’une pure folie, vouĂ©e Ă  l’échec le plus cuisant.
Les dĂ©putĂ©s du Front de gauche refusent catĂ©goriquement ce scĂ©nario d’une intervention au sol hors de tout mandat de l’ONU.
Sans une grande coalition rĂ©unissant sans exclusive tous les Etats de la rĂ©gion, sunnites comme chiites, toute action de ce type sera immanquablement perçue comme une guerre de civilisation entre l’Occident et les composantes du monde musulman.

Rappelons que l’Europe et les Etats-Unis ont commis une erreur historique en voulant imposer par la baĂŻonnette le modĂšle dĂ©mocratique occidental. Cette absence de discernement sur les Printemps arabes, valable en Lybie mais aussi en Syrie, a conduit Ă  la marginalisation des forces progressistes de ces pays.
MalgrĂ© cela, Nicolas Sarkozy se flatte encore d’avoir dĂ©clenchĂ© l’intervention militaire en Lybie qui a rayĂ© le pays de la carte, fourni des armements considĂ©rables aux terroristes ainsi qu’une gigantesque base arriĂšre.
Quel cynisme, alors qu’il est responsable d’un chaos dont nous paierons l’addition durant des dĂ©cennies !

Rappelons ensuite que Daech est le fruit de la politique nĂ©ocolonialiste de l’OTAN, que Daech est la « crĂ©ature des Etats-Unis », selon les propres mots de la secrĂ©taire d’Etat Hillary Clinton ou encore ceux du dirigeant des RĂ©publicains Bruno Le Maire.
Par la balkanisation du pays, par la marginalisation des sunnites et par la dĂ©capitation des cadres de l’ancien rĂ©gime, les USA ont armĂ© Daech.

Enfin, rappelons que nous avons pendant trop longtemps fermé les yeux sur le soutien apporté par les pétromonarchies aux djihadistes.
Qatar et Arabie Saoudite ont jouĂ© les apprentis sorciers en dĂ©stabilisant les pays de la rĂ©gion. En connaissance de cause, nous avons maintenu d’excellentes relations avec ces rĂ©gimes autoritaires, qui bafouent quotidiennement les droits de l’homme et de la femme. Dans un marchandage pusillanime, nous avons fait passer nos intĂ©rĂȘts Ă©conomiques avant nos intĂ©rĂȘts sĂ©curitaires et nos valeurs. Nous en payons aujourd’hui chĂšrement le prix. L’indignation trĂšs sĂ©lective de ce gouvernement abĂźme chaque jour un peu plus l’image de la France comme Ă©tendard des droits de l’homme et des libertĂ©s.

Alors, Monsieur le ministre, nous vous exhortons à sortir de ce logiciel dépassé pour promouvoir une autre voie.

Tous les efforts de la France doivent converger vers quatre objectifs :
– Mettre sur pied une grande coalition militaire contre Daech sous mandat de l’ONU, impliquant Russes, Iraniens, sunnites et chiites
– Tracer une feuille de route concertĂ©e pour la transition politique en Syrie, sans qu’elle soit un prĂ©alable Ă  la coalition
– Appuyer les efforts politiques des rĂ©sistants kurdes et dans l’immĂ©diat les aider militairement
– Et enfin assĂ©cher les sources de financements du terrorisme

En effet, il est inconcevable que Daech puisse revendre sans entrave pour plus d’un million de dollar de pĂ©trole chaque jour. L’ambassadrice de l’Union europĂ©enne en Irak avait affirmĂ© l’an dernier que certains Etats membres achetaient ce pĂ©trole. Que compte faire la France pour faire la lumiĂšre sur ces transferts honteux ? Sommes-nous dĂ©cidĂ©s Ă  taper du poing sur la table pour que la Turquie, membre de l’OTAN, cesse de les faciliter ?
Parce que le peuple kurde constitue notre plus sĂ»r alliĂ© contre Daech, nous ne pouvons tolĂ©rer les bombardements menĂ©s par Erdogan au Kurdistan turc et syrien. Les hommes et les femmes qui ont luttĂ© hĂ©roĂŻquement Ă  KobanĂ© sont aujourd’hui pris en Ă©tau.

Face Ă  ces crimes de guerre, les pays occidentaux observent un silence coupable. Nous le disons avec force : assez de complaisance ! Quelles sanctions compte prendre la France contre le rĂ©gime d’Erdogan ? Car si nous laissons les kurdes se faire anĂ©antir, nous aurons perdu la bataille contre Daech.

J’ai notĂ© dans vos propos, Monsieur le ministre, ainsi que dans ceux du PrĂ©sident de la RĂ©publique, que la France fait enfin du dialogue avec la Russie et l’Iran un Ă©lĂ©ment fondamental de la sortie de crise. C’est heureux mais que de temps perdu !
Avec un temps d’avance sur la France, Obama a compris l’urgence de s’appuyer sur l’Iran, alliĂ© indĂ©fectible de la Syrie, en facilitant un accord sur le nuclĂ©aire en juillet dernier.

C’est un point dĂ©cisif par lequel nous devons amener le rĂ©gime iranien Ă  jouer un rĂŽle plus constructif dans le dialogue avec les autoritĂ©s de Damas.
De la mĂȘme maniĂšre, nous devons tirer parti de l’inflexion de la Russie, qui a enfin votĂ© en aoĂ»t un plan de paix onusien pour la Syrie, aprĂšs deux ans de refus.

Une rĂ©alitĂ© s’impose Ă  nous : nous avons besoin de l’appui de ces grandes puissances contre le terrorisme. Tout en demandant des explications sur le dĂ©ploiement des forces russes dans la rĂ©gion, la France doit peser de tout son poids pour mettre autour de la table ces partenaires.

Dans un passĂ© proche, face aux pires menaces, les ennemis d’hier ont su se rassembler sur l’essentiel. Aujourd’hui, la communautĂ© internationale doit Ă  nouveau se montrer Ă  la hauteur du pĂ©ril pour opposer Ă  Daech et Ă  toutes les formes de barbarie une rĂ©sistance de tous les instants.

Je vous remercie.

 

1 commentaire »

  • SIMONIN Gilbert a écrit :

    Bonsoir M. Assensi,
    Votre discours est parfaitement juste et frappé au coin du bon sens mais,
    – quel pays acceptera de cesser de s’approvisionner au pĂ©trole de contrebande bon marchĂ© de Daesh ?
    – Quelle puissance, quelle organisation pourra contraindre la Turquie d’arrĂȘter le gĂ©nocide des kurdes ?
    – Comment tous les pays pourraient-ils partir unis contre Daesh, alors qu’on sait qu’au Conseil de SĂ©curitĂ© le veto de la Russie et de la Chine bloqueront tout processus d’action commune ?
    – Enfin que dire du double jeu des russes, censĂ©s ĂȘtre venus en Syrie pour combattre les islamistes et dont les mĂ©dias viennent de rĂ©vĂ©ler que leurs premiers bombardement ont pris pour cibles le peuple syrien qui combat courageusement le rĂ©gime du sanguinaire Bachar El Assad ?
    Bonne continuation
    Cordialement G. Simonin

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