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Intervention lors du débat sur l’engagement des forces aériennes françaises en Syrie

15 septembre 2015 947 vues Un commentaire Imprimer Imprimer Envoyer à un ami Envoyer à un ami

Retrouvez mon intervention en vidéo:


IG_FAsensi_Intervention en Syrie par Francois_Asensi

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Mes cher-e-s collègues,

Un an après le déclenchement de l’opération Chammal, les barbares de DAECH continuent de semer la mort sur la surface du globe.

Sur notre sol, ce fut le massacre des journalistes de Charlie hebdo, près celui des enfants juifs de Toulouse.

Là-bas, c’est un cortège de décapitation, de viols, d’épuration ethnique et d’atrocités sans fin.

En détruisant Palmyre, symbole des influences arabes, grecques et romaines entremêlées, Daech s’est attaqué aux plus hautes œuvres de l’esprit ; il a bafoué ce que la Méditerranée, creuset de toutes les cultures et trait d’union entre l’Orient et l’Occident, a de plus beau.
Contre ce fanatisme qui nous ramène aux pages les plus sombres de l’histoire, les députés du Front de gauche sont résolus à combattre sans merci et sans état d’âme.
Combattre par la force, parce que face à des monstres d’une telle brutalité, le dialogue est impossible.
Combattre par l’intelligence, car elle seule fournit durablement un rempart contre l’obscurantisme et la folie.
Combattre par la fraternité, parce que cette barbarie n’a rien à voir avec la culture musulmane, qu’elle trahit et instrumentalise.

Dans cette lutte, nous avons pris toujours pris nos responsabilités, notamment lors de l’intervention française au Mali.
Pour autant, ce même esprit de responsabilité nous a conduit à formuler de fortes réserves lors du déclenchement de l’opération Chammal, et à ne pas approuver sa prolongation en janvier dernier.

Pourquoi ? Parce que nous étions en désaccord avec notre diplomatie sur deux points majeurs :

Nous ne partagions pas le trait d’égalité placé par la France entre Bachar El Assad et Daech. Car s’il n’y a pas de hiérarchie dans l’horreur, on ne pouvait pour autant mettre sur un même rang un dictateur et une idéologie poussant à l’anéantissement de l’Humanité. Cette position, plus atlantiste même que celle des Etats-Unis, nous conduisait à l’isolement et à l’impuissance diplomatiques, tout comme notre intransigeance sur le nucléaire iranien.

Nous déplorions également que cette intervention militaire se déroule sous la coupe de l’OTAN, ce qui ne pouvait manquer de raviver la thèse du choc des civilisations. Sans compter nos interrogations sur l’efficacité de telles frappes aériennes dénuées de tout volet politique consistant.

Un an après, force est de constater que nos craintes étaient pour l’essentiel fondées. Nous nous trouvons aujourd’hui en situation d’échec :

Au plan militaire, Daech a consolidé son emprise géographique. Malgré les milliers de frappes aériennes, aucune ville irakienne n’a été reprise.
10 000 djihadistes sont tombés, mais le fanatisme a fait son œuvre et de nouveaux combattants sont venus les remplacer.
Les armées locales, notamment irakiennes, demeurent incapables d’assurer la sécurité de leurs populations.

Au plan diplomatique, Erdogan a marchandé sa place dans la coalition de l’OTAN pour engager une répression inouïe des Kurdes, notre seul rempart contre Daech. C’est un comble mais le déclenchement de l’intervention américaine a conduit à ce que le seul allié fiable, laïc et progressiste dans cette région soit bombardé et affaibli.

Au plan humanitaire, la persécution des minorités s’est accentuée, tout comme le drame des réfugiés.
Notre continent a cru pouvoir se tenir à l’écart en érigeant une Europe forteresse et en se défaussant sur les pays frontaliers de la Syrie.
Malgré notre opposition, les moyens de l’agence Frontex ont été considérablement augmentés. L’aide au développement a été sans cesse amputée.
Au bout du compte, la Méditerranée a cessé d’être une main tendue pour devenir peu à peu le cimetière de milliers de vies.

Face à cette tragédie, les députés Front de gauche veulent réaffirmer que les migrants sont une richesse et non une menace !
Et pour cela, nous refusons toute sorte de tri entre les migrants, au nom même de la Fraternité qui fonde notre République !

Sur le dossier syrien, notre position est claire.
Nous soutenons avec détermination le principe d’une force militaire contre Daech, pour autant que cette force s’inscrive dans le cadre de l’ONU et qu’elle s’accompagne d’une feuille de route politique associant l’ensemble des acteurs régionaux.

Hélas, nous regrettons que le plan proposé aujourd’hui par l’exécutif prenne un chemin opposé.
– Un cavalier seul de la France en Syrie ne ferait qu’éloigner la perspective d’une grande coalition contre Daech, en écartant les Russes
– Par ailleurs, cette intervention en dehors de toute autorisation onusienne placerait la France dans l’illégalité au regard du droit international
– Enfin, nous maintenons nos interrogations sur les véritables buts de guerre de cette opération. Initialement annoncée comme une mission de surveillance et de renseignement, elle s’est muée ces dernières heures en mission de bombardement. Le sentiment qui domine, c’est la confusion ! S’agit-il de combattre Daech ou d’affaiblir l’autorité du régime syrien sur son territoire ? Le flou demeure.
Dans les conditions présentes, les députés Front de gauche ne peuvent pas approuver l’extension de notre engagement à la Syrie.

Plus préoccupant encore, nous entendons de plus en plus de va-t’en guerre prônant une intervention au sol sur le modèle de l’invasion de l’Irak, de l’Afghanistan ou de la Lybie.
Il s’agirait d’une pure folie, vouée à l’échec le plus cuisant.
Les députés du Front de gauche refusent catégoriquement ce scénario d’une intervention au sol hors de tout mandat de l’ONU.
Sans une grande coalition réunissant sans exclusive tous les Etats de la région, sunnites comme chiites, toute action de ce type sera immanquablement perçue comme une guerre de civilisation entre l’Occident et les composantes du monde musulman.

Rappelons que l’Europe et les Etats-Unis ont commis une erreur historique en voulant imposer par la baïonnette le modèle démocratique occidental. Cette absence de discernement sur les Printemps arabes, valable en Lybie mais aussi en Syrie, a conduit à la marginalisation des forces progressistes de ces pays.
Malgré cela, Nicolas Sarkozy se flatte encore d’avoir déclenché l’intervention militaire en Lybie qui a rayé le pays de la carte, fourni des armements considérables aux terroristes ainsi qu’une gigantesque base arrière.
Quel cynisme, alors qu’il est responsable d’un chaos dont nous paierons l’addition durant des décennies !

Rappelons ensuite que Daech est le fruit de la politique néocolonialiste de l’OTAN, que Daech est la « créature des Etats-Unis », selon les propres mots de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton ou encore ceux du dirigeant des Républicains Bruno Le Maire.
Par la balkanisation du pays, par la marginalisation des sunnites et par la décapitation des cadres de l’ancien régime, les USA ont armé Daech.

Enfin, rappelons que nous avons pendant trop longtemps fermé les yeux sur le soutien apporté par les pétromonarchies aux djihadistes.
Qatar et Arabie Saoudite ont joué les apprentis sorciers en déstabilisant les pays de la région. En connaissance de cause, nous avons maintenu d’excellentes relations avec ces régimes autoritaires, qui bafouent quotidiennement les droits de l’homme et de la femme. Dans un marchandage pusillanime, nous avons fait passer nos intérêts économiques avant nos intérêts sécuritaires et nos valeurs. Nous en payons aujourd’hui chèrement le prix. L’indignation très sélective de ce gouvernement abîme chaque jour un peu plus l’image de la France comme étendard des droits de l’homme et des libertés.

Alors, Monsieur le ministre, nous vous exhortons à sortir de ce logiciel dépassé pour promouvoir une autre voie.

Tous les efforts de la France doivent converger vers quatre objectifs :
– Mettre sur pied une grande coalition militaire contre Daech sous mandat de l’ONU, impliquant Russes, Iraniens, sunnites et chiites
– Tracer une feuille de route concertée pour la transition politique en Syrie, sans qu’elle soit un préalable à la coalition
– Appuyer les efforts politiques des résistants kurdes et dans l’immédiat les aider militairement
РEt enfin ass̩cher les sources de financements du terrorisme

En effet, il est inconcevable que Daech puisse revendre sans entrave pour plus d’un million de dollar de pétrole chaque jour. L’ambassadrice de l’Union européenne en Irak avait affirmé l’an dernier que certains Etats membres achetaient ce pétrole. Que compte faire la France pour faire la lumière sur ces transferts honteux ? Sommes-nous décidés à taper du poing sur la table pour que la Turquie, membre de l’OTAN, cesse de les faciliter ?
Parce que le peuple kurde constitue notre plus sûr allié contre Daech, nous ne pouvons tolérer les bombardements menés par Erdogan au Kurdistan turc et syrien. Les hommes et les femmes qui ont lutté héroïquement à Kobané sont aujourd’hui pris en étau.

Face à ces crimes de guerre, les pays occidentaux observent un silence coupable. Nous le disons avec force : assez de complaisance ! Quelles sanctions compte prendre la France contre le régime d’Erdogan ? Car si nous laissons les kurdes se faire anéantir, nous aurons perdu la bataille contre Daech.

J’ai noté dans vos propos, Monsieur le ministre, ainsi que dans ceux du Président de la République, que la France fait enfin du dialogue avec la Russie et l’Iran un élément fondamental de la sortie de crise. C’est heureux mais que de temps perdu !
Avec un temps d’avance sur la France, Obama a compris l’urgence de s’appuyer sur l’Iran, allié indéfectible de la Syrie, en facilitant un accord sur le nucléaire en juillet dernier.

C’est un point décisif par lequel nous devons amener le régime iranien à jouer un rôle plus constructif dans le dialogue avec les autorités de Damas.
De la même manière, nous devons tirer parti de l’inflexion de la Russie, qui a enfin voté en août un plan de paix onusien pour la Syrie, après deux ans de refus.

Une réalité s’impose à nous : nous avons besoin de l’appui de ces grandes puissances contre le terrorisme. Tout en demandant des explications sur le déploiement des forces russes dans la région, la France doit peser de tout son poids pour mettre autour de la table ces partenaires.

Dans un passé proche, face aux pires menaces, les ennemis d’hier ont su se rassembler sur l’essentiel. Aujourd’hui, la communauté internationale doit à nouveau se montrer à la hauteur du péril pour opposer à Daech et à toutes les formes de barbarie une résistance de tous les instants.

Je vous remercie.

 

1 commentaire »

  • SIMONIN Gilbert a écrit :

    Bonsoir M. Assensi,
    Votre discours est parfaitement juste et frappé au coin du bon sens mais,
    – quel pays acceptera de cesser de s’approvisionner au pétrole de contrebande bon marché de Daesh ?
    – Quelle puissance, quelle organisation pourra contraindre la Turquie d’arrêter le génocide des kurdes ?
    – Comment tous les pays pourraient-ils partir unis contre Daesh, alors qu’on sait qu’au Conseil de Sécurité le veto de la Russie et de la Chine bloqueront tout processus d’action commune ?
    РEnfin que dire du double jeu des russes, cens̩s ̻tre venus en Syrie pour combattre les islamistes et dont les m̩dias viennent de r̩v̩ler que leurs premiers bombardement ont pris pour cibles le peuple syrien qui combat courageusement le r̩gime du sanguinaire Bachar El Assad ?
    Bonne continuation
    Cordialement G. Simonin

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