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« Qui nous dit qu’on ne vend pas du coton fourni par Daech ? Mon entretien pour le journal Marianne

19 novembre 2015 798 vues Aucun commentaire Imprimer Imprimer Envoyer Ă  un ami Envoyer Ă  un ami

Pour le journal Marianne, je reviens sur les raisons de mon vote sur l’Ă©tat d’urgence et j’appelle Ă  une clarification des relations de la France avec certains pays, au premier rang desquels le Qatar et l’Arabie saoudite

« Lors des Ă©meutes de 2005, il avait votĂ© contre l’état d’urgence. Ce matin, Ă  l’occasion de l’examen du projet de loi de prolongation de l’état d’urgence suite aux attentats du 13 novembre, il s’est prononcĂ© pour. François Asensi, dĂ©putĂ© du groupe de la gauche, dĂ©mocrate et rĂ©publicaine, revient sur les raisons de son vote et appelle la France Ă  une clarification de ses relations avec « plusieurs pays, au premier rang desquels le Qatar et l’Arabie Saoudite, mis en cause pour leur implication dans le financement du terrorisme »

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Marianne : Ce matin passait Ă  l’AssemblĂ©e nationale le projet de loi sur la prolongation et les modalitĂ©s de l’état d’urgence. Vous avez votĂ© pour. Expliquez-nous le sens de votre vote.

François Asensi : Oui, j’ai votĂ© le principe de la prolongation de l’état d’urgence de trois mois. Nous allons voir maintenant les amendements qui vont ĂȘtre proposĂ©s. Mais pour ma part, je considĂšre que la France vit une situation exceptionnellement grave, ce qui nĂ©cessite que l’Etat ait la possibilitĂ©, pendant une pĂ©riode limitĂ©e en tout cas, de mettre en Ɠuvre tous les moyens pour mettre un terme aux opĂ©rations terroristes qui pourraient viser les Français. C’est ce qui explique le sens de mon vote.

Comprenez-vous les critiques d’une partie de la gauche contre cette prolongation de l’état d’urgence ?

François Asensi : Bien sĂ»r que je comprends ces rĂ©serves et ces constatations. Puisque tout Ă©tat d’exception est attentatoire aux libertĂ©s publiques. Donc, la question est de savoir si dans le contexte actuel, il faut oui ou non, pour une pĂ©riode dĂ©terminĂ©e, rĂ©duire nos libertĂ©s individuelles. Moi, je pense que le plus important pour le moment est d’empĂȘcher le passage Ă  l’acte des rĂ©seaux terroristes et de les dĂ©manteler. C’est la question centrale. Nous ne pouvons plus assister encore Ă  des massacres tels qu’ils ont Ă©tĂ© faits. Parce que lĂ , ça dĂ©passe l’entendement. C’est gens-lĂ  sont des fossoyeurs de l’humanitĂ©. Ils ne s’attaquent pas Ă  notre mode de vie mais Ă  ce que l’humanitĂ© a de plus gĂ©nĂ©reux.

Mercredi, lors des sĂ©ances de questions au gouvernement, vous avez demandĂ© au Premier ministre de clarifier les relations diplomatiques de la France avec « plusieurs de ces pays, au premier rang desquels le Qatar et l’Arabie Saoudite, [qui] sont mis en cause pour leur implication dans le financement du terrorisme ». Pourquoi cette interpellation ?

François Asensi : Je pense qu’il y a beaucoup d’hypocrisie dans la position française. C’est Ă  dire que l’on sait manifestement que le Qatar, des princes du Qatar et des personnalitĂ©s richissimes du Qatar financent encore aujourd’hui Daesh. Le Premier ministre, lui, est formel et explique que nos services de renseignements attestent que les gouvernements ne seraient pas impliquĂ©s. Mais on sait trĂšs bien que le feu vert a Ă©tĂ© donnĂ© Ă  de richissimes princes ou d’oligarques du pays pour financer Daesh. Et ça, ça continue. Il faut arrĂȘter l’hypocrisie. Si nous n’assĂ©chons pas les moyens de financement de l’Etat islamique, il gardera une force de frappe exceptionnelle comme on le voit, tristement, aujourd’hui. Non seulement, ils font du trafic sur le pĂ©trole mais aussi sur les matiĂšres premiĂšres. On sait que 90% des champs de cotons de la Syrie, l’un des premiers producteurs de coton au monde, sont contrĂŽlĂ©s par Daesh. Qui nous dit que l’on ne vend pas dans les grands magasins des habits en coton fourni par l’EI


Vous avez notamment insistĂ© sur la nĂ©cessitĂ© de « couper dĂ©finitivement les vivres Ă  Daesh ». C’est une prioritĂ© selon vous ?

François Asensi : C’est fondamental. Il ne faut pas tourner autour du pot. La France doit devant le Conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU demander qu’il y ait une vĂ©ritable information pour savoir d’oĂč provient le financement de Daesh et que l’on s’y attaque vĂ©ritablement. Sur le terrain, il n’est pas rare qu’il y ait des convois de dizaines de camions qui acheminent du pĂ©trole pour alimenter le marchĂ© noir. Je ne comprends pas pourquoi nous ne les bombardons pas mĂȘme si je crois que l’on commence Ă  le faire. Il est important aussi que dĂšs aujourd’hui il y ait une rĂ©flexion globale sur les alternatives politiques Ă  la fois en Irak et en Syrie. Sinon, nous n’avancerons pas. Il faut Ă  la fois lier d’une maniĂšre concomitante la perspective politique de ces rĂ©gions et l’éradication par la force de Daesh.

Justement, les grands oubliĂ©s du cĂŽtĂ© de la diplomatie française, ce sont les Kurdes, qui reprĂ©sentent pourtant une opportunitĂ© sur le plan militaire et une alternative politique dans certaines rĂ©gions de l’Irak et de la Syrie. Comment jugez-vous cette position française ?

François Asensi : Le fait que Recep Erdogan bombarde les forces kurdes en les dĂ©signant comme l’ennemi principal tout en mĂ©nageant Daesh, c’est un scandale. Les Kurdes ont Ă©videmment toute leur place dans le processus, Ă  la fois militaire et dans la solution politique de l’Irak et de la Syrie. Il faut que les Occidentaux et la France disent les choses clairement Ă  la Turquie. Jusqu’à prĂ©sent, le gouvernement turc, malgrĂ© son double jeu, a Ă©tĂ© largement Ă©pargnĂ© par les critiques. Il faut que ça change car oui, il faut absolument que les Kurdes entrent dans le processus et soient partie prenante de la solution politique dans la lutte contre Daesh. »

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