HADOPI 2 : la criminalisation des internautes n'aidera pas les artistes
Remise en cause de la présomption d’innocence, atteinte à la liberté de communication et d’expression…les atteintes aux droits fondamentaux censurés en juin par le Conseil constitutionnel sont maintenues dans la nouvelle version de Hadopi, présentée au Parlement au cœur de l’été.
A certains Ă©gards, le Gouvernement a mĂŞme revu sa copie dans un sens plus rĂ©pressif et inĂ©quitable, tout en entĂ©rinant la possibilitĂ© de suspendre pendant un an l’accès Ă internet. Alors mĂŞme que les usurpations d’identitĂ© internet sont aisĂ©es, le texte fait reposer la responsabilitĂ© de ces abus aux abonnĂ©s et maintient la prĂ©somption de culpabilitĂ©.
Contournant la reconnaissance d’internet comme support de la libertĂ© d’expression et de communication par le Conseil constitutionnel, le Gouvernement instaure une sanction certes prononcĂ© par un juge, mais au terme d’une procĂ©dure expĂ©ditive, rĂ©servĂ©e habituellement aux contraventions routières.
Car l’objectif annoncé est de punir pas moins de 50 000 contrevenants par an qui engorgeront inévitablement les tribunaux. Le contrôle social pressenti par Orwell avance à grand pas.
Au-delĂ du risque d’une nouvelle censure constitutionnelle, pointĂ© par le Conseil d’Etat, l’entĂŞtement du Gouvernement marque son allĂ©geance aux milieux Ă©conomiques et son incapacitĂ© Ă offrir une rĂ©gulation en phase avec notre sociĂ©tĂ©.
Les innovations technologiques ont profondément bouleversées notre société ces dernières années. Notre manière de communiquer, de penser, d’exercer nos droits et notre citoyenneté a considérablement évolué depuis la démocratisation, certes incomplète, de l’accès à internet. La décision audacieuse du Conseil constitutionnel a eu le grand mérite de revisiter les droits fondamentaux à l’aune du progrès technologique afin de les rendre plus effectifs.
A contre-courant cette profonde évolution sociétale, le Gouvernement propose la criminalisation de toute une jeune génération pour seule solution.
La juste rémunération des artistes, invoquée pour justifier la loi Hadopi, est un impératif auquel je souscris pleinement. Mais force est de constater que rien n’est proposé dans ce sens. Le Gouvernement perd de vue l’intérêt général pour ne défendre que les rentes des industriels de la culture, qui se servent des artistes plus qu’ils ne les servent.
Je regrette que la criminalisation du téléchargement à usage personnel ait empêché un véritable débat sur les nouvelles pistes de financement de la création préservant les artistes des appétits capitalistes et marchands.
Le jusqu’au boutisme rĂ©pressif du Gouvernement a heurtĂ© jusque dans les rangs de la majoritĂ©. Le report du vote en septembre est l’occasion pour nous tous de poursuivre la mobilisation populaire et d’inciter les dĂ©putĂ©s rĂ©ticents Ă se dĂ©solidariser d’une loi archaĂŻque et inefficace.











Laissez votre réponse !