Intervention à l'Assemblée nationale : un rédécoupage électoral partial, à l'avantage de la droite et contre la démocratie
Dans le cadre de la discussion du projet de loi de redĂ©coupage des circonscriptions lĂ©gislatives Ă l’AssemblĂ©e nationale, j’ai dĂ©noncĂ©, au nom des dĂ©putĂ©s communistes et rĂ©publicains, le caractère profondĂ©ment inique de ce texte assurant un matelas Ă©lectoral Ă la droite Ă l’Ă©chelle nationale.
J’ai rappelĂ© l’exigence portĂ©e par les communistes d’un système Ă©lectoral plus dĂ©mocratique, reprĂ©sentant fidèlement le pluralisme des opinions et la diversitĂ© de la sociĂ©tĂ© française. Il va de soi qu’un tel objectif nĂ©cessite l’introduction de la proportionnelle.
Je vous propose de retrouver un extrait vidéo de cette intervention:
Lire l’intĂ©gralitĂ© de mon intervention
«Monsieur le SecrĂ©taire d’Etat Ă l’IntĂ©rieur : qu’est-ce que le principe de l’égalitĂ© des citoyens devant le suffrage ? Le fait que la voix d’un citoyen ait le mĂŞme poids, quelque soit l’orientation politique de son vote, ou son lieu de rĂ©sidence. De ce point de vue, d’intolĂ©rables Ă©carts demeurent dans la carte Ă©lectorale que vous soumettez Ă ratification. »
Circonscriptions de Seine-Saint-Denis : une sous-représentation inacceptable
« Comment justifier que la 2ème circonscription des Hautes Alpes dispose d’un dĂ©putĂ© pour 60 000 habitants, quand la 6ème de Seine-Maritime nĂ©cessite 146000 habitants pour obtenir ce mĂŞme dĂ©putĂ© ?
Sur l’ensemble du territoire métropolitain, les moyennes départementales varient de 65 000 à 125 000, soit du simple au double. Cela signifie t-il que certains habitants « valent » deux fois moins que d’autres ?
Pour prendre l’exemple de la Seine-Saint-Denis, sa moyenne départementale atteint 124 331 habitants, une moyenne qui n’est dépassé que par deux départements, la Seine-Maritime et le Puy-de-Dôme.
Faut-il y voir un simple hasard, ces départements urbains sont les terres d’élections de nombreux élus communistes ? Un électeur communiste n’aurait-il pas le droit à la même représentation qu’un autre électeur français ?
Ces inĂ©galitĂ©s sont le fruit de votre entĂŞtement Ă maintenir un mode de calcul par tranche qui s’écarte d’un dĂ©coupage proportionnel. Vous n’avez apportĂ© Ă mes yeux aucune justification convaincante sur ce choix, pas plus que la Commission GuĂ©na qui l’a validĂ©. »
(…)
Ajout de circonscriptions de l’Ă©tranger : un matelas Ă©lectoral pour la droite
« En dĂ©pit de la faible population de certaines collectivitĂ©s d’Outre-mer, collectivitĂ©s auxquelles nous sommes tous attachĂ©s, vous avez crĂ©e 3 nouvelles circonscriptions.
Les 43 518 habitants de Saint Martin et Saint Barthélémy, jusque là rattachés à la proche Guadeloupe, auront le privilège d’une représentation proportionnellement 3 fois plus importante que les autres citoyens.
Monsieur le Secrétaire d’Etat, qu’est ce qui justifie cette volonté d’accorder un siège de député à ce paradis du tourisme de luxe au régime fiscal dérogatoire?
Autre choix qui n’a rien de technique, et tout de politique : l’instauration de sièges de dĂ©putĂ©s pour les Français Ă©tablis hors de France. Il ne faut voir lĂ que la traduction d’une promesse Ă©lectorale de Nicolas Sarkozy, qui s’était ralliĂ© en 2007 Ă cette mesure dans le but de mobiliser l’électorat des expatriĂ©s, structurellement acquis Ă la droite. Faut-il rappeler (qu’ils accordent) 9 sièges de sĂ©nateurs Ă l’UMP, contre 3 pour le PS? »
Etrangers de France : sans droit de vote, pas de représentation
« Et comment accepter que vous refusiez le droit de vote aux Ă©trangers installĂ©s depuis plusieurs dizaines d’annĂ©es en France, alors que vous vous apprĂŞtez Ă accorder un droit de vote spĂ©cifique Ă des français expatriĂ©s qui pour certains ont quittĂ© dĂ©finitivement la France? Il y a pour le moins un paradoxe
Au regard de notre Histoire politique, et de l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, un élément est indétachable de la qualité de citoyen : la contribution à l’impôt.
Alors je vous le demande : Est-il nĂ©cessaire d’accorder une circonscription, la 6ème, Ă nos compatriotes vivant au Liechtenstein et en Suisse pour fuir le fisc ? »
(…)
« RĂ©forme des institutions » : loin d’une dĂ©mocratisation de la RĂ©publique, une reprise en main autoritaire
« Ce projet de loi est l’une des dernières pierres –en attendant une hypothĂ©tique mise en place du rĂ©fĂ©rendum d’initiative populaire- du projet de rĂ©forme de nos institutions portĂ© par Nicolas Sarkozy (…) Ce qu’il a affublĂ© du terme de « dĂ©mocratisation de nos institutions » n’est rien de plus qu’une reprise en main autoritaire de notre RĂ©publique
Quelles avancées pour réformer un mode de scrutin majoritaire qui étouffe le pluralisme ?
Quelles propositions pour limiter le cumul des mandats ?
Quelles dispositions nouvelles pour permettre une réelle parité élective et une représentation de la diversité qui ne s’en tienne pas à des caricatures ?
Nous devons ratifier ou non une carte électorale qui n’a aucun sens car des mesures démocratiques essentielles n’ont pas été prises.
En raison de ces non-choix, en raison d’un conservatisme certain à imaginer de nouvelles institutions qui soient l’image de la société française, vous êtes comptable d’avoir laissé passer une opportunité forte de démocratiser cette Vème République vieillissante, à bout de souffle.
Ce n’est pas ce redĂ©coupage qui apportera une rĂ©ponse Ă la profonde dĂ©fiance de nos concitoyens envers la chose publique, et Ă l’abstention grandissante dans les urnes. »
(…)
Un scrutin majoritaire qui élimine le pluralisme
« Ce mode de scrutin majoritaire (…) est un rouleau compresseur qui Ă©limine le pluralisme de nos institutions. En 2002, un candidat UMP devait rĂ©unir 23000 voix pour ĂŞtre Ă©lu, contre 43 000 voix pour un candidat PS, 58 000 pour un candidat PCF, et 380 000 pour un reprĂ©sentant des Verts.
Comment parler de participation équitable des partis à l’heure d’un bipartisme étouffant la démocratie, au moyen d’un mode de scrutin majoritaire qui fausse la volonté des français et permet au parti au pouvoir de mettre en place une règle du jeu qui le favorise ?
C’est ainsi qu’il faut analyser le peu d’empressement de Lionel Jospin et du Parti socialiste Ă ouvrir le chantier du redĂ©coupage et de la rĂ©forme des scrutins, sans doute par crainte d’un rééquilibrage de la gauche au sein du Parlement au bĂ©nĂ©fice des verts et des communistes.
Peu à peu, l’UMP et le PS sont devenus des partis dominants, hégémoniques dans leur camp, et ne laissant aucun nouvel entrant dans le champ politique.
S’ils disposent sur ces bancs de 496 députés sur 577, ce n’est pas une injure d’affirmer que leur influence dans la société française est bien plus réduite.
Le mode de scrutin, c’est ma conviction, doit ĂŞtre la photographie fidèle des options politiques choisies par les français, faute de quoi nous recrĂ©ons un monde social imaginaire d’oĂą sont exclus de larges courants de pensĂ©e. »
(…)
Les scrutin majoritaire contre la parité, la diversité et le renouvellement
« Plus grave encore, le scrutin majoritaire est un vĂ©ritable frein au renouvellement du personnel politique.
Je vous le demande : OĂą est la paritĂ© homme/femmes dans cette assemblĂ©e, oĂą sont les enfants de l’immigration africaine sur nos tous nos bancs ?
Je rappelle que la France arrive en 64eme position mondiale pour la place des femmes au Parlement, avec seulement 18% d’élues. Peut-on se satisfaire d’une représentation inférieure à celle de la république afghane (27%) ?
( …)
Pourquoi tant de rĂ©ticences Ă faire Ă©voluer notre mode de scrutin vers la proportionnelle alors que l’ensemble des dĂ©mocraties europĂ©ennes s’y sont ralliĂ©es au cours des dernières dĂ©cennies ? 17 pays europĂ©ens ont adoptĂ© la proportionnelle, et 6 un scrutin mixte. En Allemagne, la moitiĂ© des dĂ©putĂ©s est Ă©lue Ă la proportionnelle. » La France est le seul pays europĂ©en, avec la Grande-Bretagne, Ă persister dans cette anomalie dĂ©mocratique.
« Le mode de scrutin, c’est ma conviction, doit ĂŞtre la photographie fidèle des options politiques choisies par les français, faute de quoi nous recrĂ©ons un monde social imaginaire d’oĂą sont exclus de larges courants de pensĂ©e.
(…)
Pour l’ensemble de ces raisons, les dĂ©putĂ©s communistes, rĂ©publicains et du Parti de Gauche se prononceront contre la ratification de l’ordonnance du 29 juillet 2009 portant rĂ©partition des sièges et dĂ©limitation des circonscriptions pour l’élection des dĂ©putĂ©s. »
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