Transports collectifs: mettre fin aux inégalités territoriales
Dans un courrier envoyĂ© aux maires franciliens et au prĂ©sident de la RĂ©gion Ile-de-France, François Asensi apporte sa rĂ©flexion au dĂ©bat sur les transports en Ile-de-France. Tout en dĂ©nonçant les inĂ©galitĂ©s dont sont victimes les communes au-delĂ de Paris et sa proche banlieue, il propose des solutions pour rééquilibrer l’offre en transports collectifs.
La dernière séance plénière de la Conférence métropolitaine du 9 novembre a ouvert des discussions et dégagé des orientations à prendre en matière de transport en Ile-de-France. Je me réjouis de voir se manifester les bonnes volontés pour sortir la Région de l’étouffement qui la menace. Il faut saluer la démarche entreprise par la Ville de Paris car sans concertation aucune politique ne pourra apporter une solution globale aux différents problèmes que nous rencontrons.
Le terme d’ « agglomération parisienne » sonne comme une nouvelle démonstration de l’inégalité de traitement entre les territoires franciliens.
Pourtant, la situation est sur le fond loin d’être satisfaisante, notamment sur la manière dont la réflexion se cristallise autour de Paris et sa proche banlieue. Le terme d’ « agglomération parisienne » sonne comme une nouvelle démonstration de l’inégalité de traitement entre les territoires franciliens. D’ailleurs le Plan de déplacement de Paris, qui comprend des mesures positives pour une meilleure mobilité, perd de sa pertinence en ne prenant pas en compte la situation de l’ensemble des territoires de la Région. L’égalité dans l’accès aux transports est une des missions du service public. Or passé la première couronne, tout est plus compliqué pour se déplacer. Cette réalité risque de s’aggraver si tous les enjeux et tous les moyens sont concentrés sur la « zone dense » telle qu’elle est définie.
Les grands ensembles au Nord et Ă l’Est de la rĂ©gion sont oubliĂ©s par les propositions actuelles
Il est, par exemple, impensable de tenir Ă l’écart des grands investissements structurels les 510.000 habitants de l’arrondissement du Raincy, soit plus du tiers de la population totale de la Seine-Saint-Denis. RĂ©seaux ferrĂ©s et bus forment un maillage sous-Ă©valuĂ© et totalement inadaptĂ© Ă leurs besoins. Le projet d’une rocade ferrĂ©e doit, en prioritĂ©, prendre en compte le besoin de mobilitĂ© de ces zones qui n’ont ni tramway, ni mĂ©tro, un rĂ©seau de bus incomplet et une RER B en souffrance. D’ailleurs, sa rĂ©novation, obtenue de longues luttes par les Ă©lus locaux, n’est qu’une solution de rattrapage pour corriger une situation actuelle inacceptable mais en aucun cas une solution pĂ©renne pour construire un rĂ©seau performant. Toutes les Ă©tudes le confirment, nous allons vers une croissance de 15 Ă 20% du trafic de banlieue Ă banlieue. Or, si ‘lon ajoute les inĂ©galitĂ©s tarifaires de la carte Orange, les franciliens hors « zone dense » paient plus cher un service de moins bonne qualitĂ©. La consĂ©quence est un usage excessif de la voiture avec les dĂ©gradations environnementales et les surcoĂ»ts financiers que cela engendre. 96% des mĂ©nages possèdent une voiture au-delĂ de la première couronne contre 47% pour les mĂ©nages parisiens. Il est don cindispensable de rĂ©former le système de la carte Orange, d’intensifier le maillage au-delĂ de la première couronne mais aussi d’Ă©largir le concept de « zone dense ». Pour l’heure, la confĂ©rence mĂ©tropolitaine ne laisse entrevoir aucune solution en ce sens.
Projet orbital: profitons de l’intérêt que suscite ce projet pour enfin donner une réponse aux difficultés rencontrées par les villes de la moyenne couronne.
La relance du projet « orbital » est, à ce titre, exemplaire. Bien qu’il corresponde à une attente forte pour développer les déplacements banlieue-banlieue, je m’interroge sur la pertinence de son périmètre. Le tracé actuellement étudié concerne une nouvelle fois les zones les mieux desservies en matière de transport. Profitons de l’intérêt que suscite ce projet pour enfin donner une réponse aux difficultés rencontrées par les villes de la moyenne couronne. En tant que président de Région, Jean-Paul Huchon a réaffirmé qu’une rocade ferrée à quelques encablures du périphérique est une idée parisienne. Je le rejoins pour défendre la priorité au désenclavement de ville comme Clichy, Montfermeil, Aulnay, Tremblay, Sevran ou encore Sarcelles. Ces villes correspondent à la chaîne des grands ensembles mis sur champs dans les années 70 qui, en l’absence d’un véritable accès à l’emploi et aux services, subit un isolement accru. C’est à ces villes, où les difficultés sociales sont les plus fortes, qu’un projet aussi prometteur doit être destiné. Vous savez comme moi le rôle que peuvent jouer les transports publics dans la vie des quartiers. Il s’agit d’un moyen essentiel pour lutter contre la logique d’enclavement et de repli qui précarise leurs habitants. Là où de véritables poches de pauvreté se sont formées, il est impératif de développer des moyens de transports sûrs, réguliers, confortables et accessibles financièrement. Avec eux, l’égal accès à l’emploi, à la culture, aux sports et aux services deviendra un objectif réalisable. Sans eux, la ségrégation sociale continuera à caractériser nos territoires.
Je demande à ce que soit mis en oeuvre la même réflexion, la même volonté et le même engagement pour les déplacements en moyenne et grande couronne que pour ceux de Paris et sa proche banlieue.
Les collectivités locales de la moyenne couronne sont celles qui pâtissent le plus des déséquilibres actuels. En plus de financer les déficits des lignes départementales de bus, les villes, qui n’en ont pourtant pas la compétence, sont obligées de mettre en place des systèmes alternatifs. La municipalité de Tremblay-en-France a décidé la mise en service au mois de septembre d’un réseau intra-muros de bus, financé uniquement sur le budget de la Ville. Une décision qui intervient après avoir mis en place Allobus qui facilite l’accès à l’emploi sur la zone aéroportuaire où le travail en heure décalé est très important. De telles solutions soulignent l’urgence à agir mais ne sauraient remplacer une politique publique globale et concertée sur les vrais enjeux des transports franciliens. En tant que maire et parlementaire, j’appelle chaque responsable politique, chaque élu de la nation, à réagir pour mettre fin à cette rupture de l’égalité républicaine. Je demande à ce que soit mis en oeuvre la même réflexion, la même volonté et le même engagement pour les déplacements en moyenne et grande couronne que pour ceux de Paris et sa proche banlieue. Nous partageons le même espace urbain et les mêmes contraintes de développement, nous avons en commun le même objectif de réduction de la pollution et de redéploiement de l’offre de transports en commun. Il est vital que chaque partie prenante, pouvoirs publics et entreprises chargées d’une mission de service public, prenne la mesure de l’urgence à garantir à tous un service public des transports efficace et équitable.












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