20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin : comprendre l’Ă©vènement
J’ai prĂ©sidĂ© le samedi 21 novembre dernier le colloque « Lendemain de chute, comprendre l’Ă©vènement », organisĂ© par la Fondation Gabriel PĂ©ri et le mensuel Regards autour de la chute du Mur de Berlin en 1989.
Loin de la dĂ©ferlante mĂ©diatique et politique ayant entourĂ© l’anniversaire de cet Ă©vènement historique, les intervenants nous ont permis d’analyser cette question en lien avec l’histoire du XXème siècle, de la fin de la Guerre Froide et ses rĂ©percussions sur l’idĂ©e communiste.
Je vous propose de retrouver ici mon propos introductif :
« Chers amis bonjour,
Je vous remercie d’ĂŞtre prĂ©sent aujourd’hui pour participer Ă ce colloque consacrĂ© aux lendemains de la chute du Mur de Berlin, et je fĂ©licite la Fondation Gabriel PĂ©ri et le mensuel Regards d’en ĂŞtre Ă l’origine.
Le regain d’intĂ©rĂŞt autour du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin m’inspire des sentiments partagĂ©s, certainement influencĂ©s par la proximitĂ© idĂ©ologique et affective que j’entretiens avec l’idĂ©e communiste.
Le premier sentiment qui domine est sans conteste la satisfaction.
La satisfaction que cette sombre page de la Guerre froide soit tournĂ©e. Durant plusieurs dĂ©cennies, des familles allemandes se trouvèrent Ă©cartelĂ©es par un affrontement bipolaire qui n’avait pas hĂ©sitĂ© Ă disloquer l’Allemagne et l’Europe. Je me rappelle avec Ă©motion du soulagement ressenti devant cette rĂ©conciliation allemande obtenue sans payer le prix du sang. Je me rappelle aussi de l’espoir d’une ère pacifiĂ©e qui s’ouvrait devant nous.
Je me rĂ©jouis Ă©galement que ce 20ème anniversaire soit une occasion unique pour rapprocher cet Ă©vĂ©nement majeur des jeunes gĂ©nĂ©rations qui n’en perçoivent peut-ĂŞtre pas toute la signification.
Car après 20 ans, la mĂ©moire cède la place Ă l’Histoire et son exigence de vĂ©ritĂ© sur cette page passionnelle et conflictuelle.
Plus que la seule fin du communisme, la chute du Mur a marquĂ© l’achèvement de toute une sĂ©quence historique ouverte en 1870. Une sĂ©quence traversĂ©e par le conflit de 1914 et l’expansion coloniale, autant dire par les logiques guerrières dont sont porteurs les pays capitalistes cherchant Ă ouvrir de nouveaux marchĂ©s, comme les nuĂ©es sont porteurs d’orage.
N’oublions donc pas la responsabilitĂ© considĂ©rable des puissances impĂ©rialistes dans le dĂ©clenchement de l’affrontement bipolaire entre l’Est et l’Ouest. Le Mur de Berlin n’a pas Ă©tĂ© enfantĂ© par le seul rĂ©gime soviĂ©tique, il est nĂ© sur les dĂ©combres de la seconde guerre mondiale et de ses rapports de force.
Le PrĂ©sident Kennedy ne s’Ă©tait-il pas satisfait de la construction de ce mur de Berlin, consolidant un Ă©quilibre de la terreur au mĂ©pris des peuples ?
***
Le second sentiment qui m’anime, et qui anime sans doute bon nombre d’entre vous, est une certaine amertume devant la perte de sens de cet anniversaire et son dĂ©tournement.
L’amertume de constater, avec 20 ans de recul, que le monde qui naissait en 1989 n’Ă©tait pas un monde de libertĂ© et de paix, mais l’avènement d’un capitalisme triomphant et sauvage qui a depuis dĂ©mantelĂ© les systèmes de solidaritĂ© sociale, aggravĂ© la pauvretĂ© et les inĂ©galitĂ©s dans le monde.
Quant aux promesses de paix, elles se sont Ă©vanouies. Sous les dĂ©chirements fratricides des Balkans. Sous l’aggravation des conflits armĂ©s dans les pays du Sud, avec la complicitĂ© de pays occidentaux. La fin de la Guerre froide a ainsi fait place Ă un monde violent et instable.
L’amertume de constater Ă©galement que l’espoir de reconstruction d’un communisme Ă visage humain, prĂ©sent en 1989, a Ă©tĂ© enterrĂ©e. Car la face du soviĂ©tisme, celle d’un rĂ©gime rongĂ© par le conservatisme et troquant son idĂ©al d’Ă©mancipation humaine pour une tragĂ©die totalitaire a perdurĂ© si longtemps que l’idĂ©e mĂŞme de communisme s’en est trouvĂ©e durablement discrĂ©ditĂ©e. En ce sens, ce communisme politique est bel et bien mort. Il est regrettable que les dirigeants du Parti communiste français de l’époque n’aient pas Ă©coutĂ©s ceux qui, lucides, les incitaient Ă changer de cap, Ă abandonner anathèmes et exclusions. Une capacitĂ© d’écoute qui est de nos jours encore trop faible.
L’amertume enfin de voir les souffrances et les espoirs de 1989 ravalĂ©s au rang de commĂ©moration folklorique. Les chefs d’Etats et les tenants du capitalisme cĂ©lèbrent en grande pompe cet anniversaire pour mieux dĂ©tourner l’attention du peuple.
Quel autre sens donner Ă la cĂ©lĂ©bration par le couple franco-allemand d’une Europe rĂ©conciliĂ©e ?
Quel autre sens donner au rassemblement organisĂ© par le gouvernement Ă la Concorde, le 9 novembre, et sponsorisĂ© par les multinationales Areva, Suez, Total, peu connus pour leur attachement aux droits de l’homme?
Alors qu’en coulisses, l’Union europĂ©enne choisit ses dirigeants et ses TraitĂ©s sans les citoyens, alors que le capitalisme se rachète une virginitĂ© en s’emparant de l’Ă©tendard de la libertĂ©.
Ne voyez en cette amertume nulle expression de nostalgie ou de dĂ©mobilisation, mais au contraire la conscience des enjeux qui nous embrassent et que nous n’avons depuis lors pas rĂ©ussi Ă relever. Le relief donnĂ© Ă la cĂ©lĂ©bration de la chute du Mur de Berlin dans nos sociĂ©tĂ©s est aussi, je le crois, l’aveu de faiblesse d’un système capitaliste qui a perdu son meilleur ennemi. Un système dont les Ă©checs ne peuvent aujourd’hui plus ĂŞtre masquĂ©s. Un système en perte de repères. Comment analyser autrement l’accord signĂ© entre l’UMP et le Parti communiste chinois ?
Pour autant, je n’ai jamais Ă©tĂ©, comme vous le savez, de ceux qui croient Ă l’avènement d’une fin de l’Histoire. Des clivages idĂ©ologiques fondamentaux subsistent quant aux relations entre les Nations ou sur la question de la rĂ©partition de la richesse. De nouveaux se forment, notamment autour de la question environnementale.
Je souhaite que le colloque qui nous rĂ©unit soit l’occasion de penser cet avenir en oeuvrant Ă une meilleure comprĂ©hension de notre passĂ©.
Je vous remercie. »











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