Intervention sur l’ « IdentitĂ© nationale » Ă l’AssemblĂ©e : « Non, l’immigration n’est pas un danger ! »
La France n’est pas une identitĂ© unique, elle est un entrecroisement de cultures, d’origines.
Au nom des dĂ©putĂ©s communistes, j’ai dĂ©fendu une vision de la Nation française, ouverte, tolĂ©rante, soucieuse de la justice sociale et de l’Ă©galitĂ© de ses citoyens, lors du dĂ©bat sur l’ « identitĂ© nationale ».
A la tribune de l’AssemblĂ©e nationale, j’ai rĂ©clamĂ© la suppression pure et simple du Ministère de l’Immigration et de l’IdentitĂ© nationale, et dĂ©noncĂ© une stigmatisation honteuse de l’immigration.
ASSEMBLEE NATIONALE
Mardi 8 décembre 2009, 2ème séance
Intervention du Député François ASENSI (PCF) :
« Monsieur le Président,
Monsieur le ministre,
Mes chers collègues,
Permettez-moi un mot sur les conditions de ce dĂ©bat sur l’ « identitĂ© nationale » . Des conditions iniques qui ne sont pas digne du rĂ´le de notre AssemblĂ©e. Le courant communiste, malgrĂ© son rĂ´le dans la construction de notre Nation, ne dispose dans cet hĂ©micycle que de dix minutes pour aborder un sujet aussi grave.
Pourtant, aucune personne, aucun courant de pensée, ne détient le monopole de la Nation, et je suis choqué que les formations de cet hémicycle ne soient pas traitées également.
Un certain 21 fĂ©vrier 1944, les murs de notre capitale se couvraient d’une grande affiche rouge annonçant l’exĂ©cution des 23 membres du groupe Manouchian, ces rĂ©sistants communistes, juifs, d’origine armĂ©nienne, polonaise, espagnole, qui avaient fui les totalitarismes pour venir dĂ©fendre dans notre pays les valeurs rĂ©publicaines, contre Vichy, contre les nazis.
Comment ne pas se rappeler de cette affiche, inspirĂ©e de la xĂ©nophobie de la droite nationaliste, qui prĂ©sentait ces Ă©trangers comme l’Anti-France? Ces Ă©trangers font dĂ©sormais partie du PanthĂ©on de notre mĂ©moire nationale.
Mais de cet Ă©pisode, les prochaines gĂ©nĂ©rations ne sauront peut-ĂŞtre rien, puisque vous semblez dĂ©cider Ă supprimer l’enseignement de l’Histoire dans certaines classes de Terminale, Ă ce moment si important dans la formation d’un adulte citoyen.
Aujourd’hui, des amalgames abjects se dĂ©veloppent entre français d’origine immigrĂ©e, Ă©trangers, dĂ©linquants, dans les circulaires ministĂ©rielles. Les reprises des slogans du Front National par des reprĂ©sentants de l’Etat heurtent, je le crois, tous les rĂ©publicains .
Vous ouvrez une boĂ®te de Pandore dont nul ne connait l’issue, et je sais que beaucoup de dĂ©putĂ©s, y compris Ă droite, partagent notre inquiĂ©tude.
A chaque période de crise économique, des gouvernements, singulièrement de droite, ont élevé un rideau de fumée en désignant de prétendus ennemis de la France. Ces boucs émissaires ont eu pour nom Dreyfus, ils ont eu le visage de ces étrangers internés par la République à la veille de la Seconde guerre mondiale, sous la pression des fascismes de droite.
L’Histoire semble bel et bien bĂ©gayer, et pour masquer une politique Ă©conomique et sociale en Ă©chec, pour dĂ©baucher un Ă©lectorat ultra, le PrĂ©sident de la RĂ©publique sème la division dans le peuple français.
Son concept d’ «identité nationale » est un concept scientifiquement inexistant, mais politiquement dangereux.
L’intrusion de l’Etat dans la dĂ©finition de la Nation, institutionnalisĂ©e Ă travers la crĂ©ation d’un ministère de l’Immigration et de l’IdentitĂ© nationale, est un fait grave.
Avec les chercheurs et intellectuels, j’en demande solennellement la suppression, car on ne peut prĂ©senter l’immigration comme une menace pour la France.
Et comment accepter une telle atteinte aux principes de la RĂ©publique? Le Gouvernement privatise l’Etat, nos prĂ©fectures, pour les mettre au service de la campagne de l’UMP. La neutralitĂ© des prĂ©fets, chargĂ©s de conduire des dĂ©bats selon une circulaire biaisĂ©e et offensante, est profondĂ©ment bafouĂ©e.
Pour autant, la Nation n’est aucunement tabou pour les dĂ©putĂ©s communistes et rĂ©publicains.
Pour nous, la Nation est une construction permanente, une volonté des citoyens de participer à un projet progressiste et émancipateur.
La Nation est une Histoire, mais bien plus encore un avenir commun.
Notre Nation n’est pas la Nation sclĂ©rosĂ©e du PrĂ©sident Sarkozy, qui reconnaĂ®t comme origine immuable la chrĂ©tientĂ© et l’Ancien RĂ©gime.
Notre Nation, c’est la Nation de l’abbĂ© Sièyes, qui en 1789 accordait la citoyennetĂ© Ă tous les français, quel que soit leur statut social.
Notre Nation, c’est la DĂ©claration des droits de l’homme, qui faisait de la contribution Ă l’impĂ´t un Ă©lĂ©ment essentiel de la citoyennetĂ© française.
C’est la Constitution de l’An II qui accordait des droits civiques identiques aux Ă©trangers rĂ©sidant en France.
Au nom de quoi limiterait-on aujourd’hui les droits civiques de ces citoyens Ă©trangers rĂ©sidant en France, alors que de riches Français s’excluent volontairement de la solidaritĂ© nationale par l’évasion de leurs revenus dans les paradis fiscaux ?
Notre Nation, c’est celle de la laïcité, remise en cause par le discours de Latran.
Notre Nation, c’est celle du Conseil National de la RĂ©sistance et de son pacte social. Or, du dĂ©mantèlement du droit du travail Ă la privatisation des services publics, la politique de votre Gouvernement renie cette RĂ©publique sociale, vĂ©ritable ADN de la France.
Notre Nation, c’est enfin une communautĂ© politique ouverte sur les autres nations, dans une relation de coopĂ©ration et de dialogue.
Comme le rappelait Jaurès, cet internationalisme lĂ ne nous Ă©loigne pas de la Nation. Il nous en rapproche, Ă l’inverse d’un capitalisme mondialisĂ© qui met les peuples en concurrence, attise hier les guerres coloniales, aujourd’hui les guerres Ă©conomiques et impĂ©riales.
Je ne cesse de m’étonner d’une contradiction :
les initiateurs du débat sur l’identité, les défenseurs des symboles de la Nation, sont ceux là même qui fragilisent le rôle des Etats, en promouvant la liberté absolue de circulation des capitaux.
Ceux là même qui soutiennent une construction européenne coupée du peuple.
Ceux là même qui abaissent les solidarités nationales en défendant la directive Bolkenstein.
Ces élites capitalistes apatrides, dignes héritières des réfugiés de Coblence, mettent en doute le patriotisme des classes populaires alors qu’elles n’hésitent jamais à défendre leurs privilèges depuis les fourgons de l’étranger.
Enfin, comment accepter que le Gouvernement français caricature et stigmatise Ă ce point l’immigration?
Notre Nation est un creuset de cultures, une terre ancienne d’immigrĂ©s.
Près d’un quart des jeunes français a un grand parent nĂ© Ă l’étranger, ne l’oublions pas.
Elu dans un département, la Seine-Saint-Denis, berceau depuis longtemps de métissages au gré des migrations économiques, je ne peux accepter le procès de la différence que votre Gouvernement instruit.
Non, l’immigration n’est pas un danger.
Elle est une richesse, pour peu que l’on sache lui donner une juste place.
La France, sa croissance, son modèle social, se sont construits sur les efforts et les sacrifices de ces populations qui nous ont rejoint.
La stigmatisation de l’immigration est un reniement absolu de l’intĂ©gration rĂ©publicaine. En confortant les prĂ©jugĂ©s, vous condamnez certains français Ă devenir d’éternels Ă©trangers dans leur propre pays. Vous condamnez ces français de deuxième gĂ©nĂ©ration Ă subir, comme leurs parents, des discriminations ethniques qui font honte Ă notre RĂ©publique.
Avec difficultĂ© parfois, la France a su par le passĂ© offrir sa gĂ©nĂ©rositĂ© Ă plusieurs gĂ©nĂ©ration d’immigrĂ©s.
Je constate avec beaucoup de tristesse que votre politique discriminante ferme dĂ©sormais la porte Ă la gĂ©nĂ©ration des enfants d’immigrĂ©s maghrĂ©bins et africains, terriblement absents de notre HĂ©micycle.
Je constate Ă©galement que la tradition humaniste française est bafouĂ©e Ă l’heure des charters pour l’Afghanistan.
Ces réfugiés ou immigrés sans papiers ont vécu le déchirement de quitter leur pays, leur famille, font le sacrifice d’occuper des emplois pénibles, en deçà de leurs compétences, pour assurer un avenir à leurs enfants en France.
Quelle épreuve supplémentaire comptez-vous leur imposer, alors que leur régularisation est un droit fondamental ?
La France patrie des droits de l’homme voit chaque jour ses lumières décliner.
Le Conseil de l’Europe vient de dĂ©noncer, je cite, « la vision Ă©triquĂ©e de l’identitĂ© », dĂ©fendue par le Gouvernement français, qui n’accorde aucune place Ă la diversitĂ© des cultures.
La tribune du PrĂ©sident Sarkozy, dans le Monde, ressuscite l’idĂ©e d’assimilation de funeste mĂ©moire. Le juste refus du communautarisme ne saurait faire table rase de leurs cultures d’origine.
Finalement, le vĂ©ritable mal français n’est pas l’immigration, c’est l’affaiblissement de notre modèle rĂ©publicain.
Affaiblissement du à la crise du capitalisme, mais aussi à un passé colonial qui a durablement figé une image de la France opposée à la culture africaine. Une image réaffirmée récemment par le Président de la République dans le terrible discours de Dakar.
Rien n’est pire que ces murs d’incomprĂ©hension et de discriminations qui existent au cĹ“ur de notre RĂ©publique, oĂą les jeunes diplĂ´mĂ©s d’origine d’immigrĂ©e subissent un chĂ´mage quatre fois plus important que les non immigrĂ©s. OĂą l’ensemble de la sociĂ©tĂ© souffre d’inĂ©galitĂ©s si criantes que le vivre ensemble est brisĂ©.
Certains Ă droite, au nom de leur chef, font le choix de maintenir ces murs de dĂ©fiance et d’injustice, les dĂ©putĂ©s communistes et rĂ©publicains sont au contraire dĂ©terminĂ©s Ă les faire tomber. »











Sarkozy ? Toujours les mĂŞmes fondamentaux !
Le plus extraordinaire avec ce personnage c’est qu’il arrive en permanence Ă relancer la polĂ©mique sur des thĂ©matiques dont il a pourtant dĂ©jĂ tout dit depuis longtemps. A chaque fois en exploitant tel ou tel Ă©vènement, mais toujours avec les mĂŞmes fondamentaux, ceux qui lui ont permis de siphonner l’Ă©lectorat du FN.
Sur ce thème des ‘Valeurs’, je recommande vivement de voir, surtout d’Ă©couter, une excellente anthologie des mots et des idĂ©es qui construisent sa prise du pouvoir et ses deux premières annĂ©es Ă l’ElysĂ©e: http://www.youtube.com/watch?v=Fm-TdlB8QNI
Quatre autres vidéos de la même série sont aussi sur YouTube, mots clés: Sarkozy Midterm
Pour qui veut voir la version ‘intĂ©grale’ de la sĂ©rie (les 5 volets Ă la suite, dans leur ordre chronologique), c’est sur MySpace : http://tinyurl.com/yguhsyv
Un petit bijou pĂ©dagogique, si l’on a 30 minutes devant soi, deux cachets d’aspirine de secours !
Français nĂ© hors de France (immigrĂ© donc), suis-je sommĂ© de prouver mon « amour sacrĂ© de la Patrie » ?
LA FRANCE, c’est la maison oĂą je vis aujourd’hui mĂŞme si je n’y suis pas nĂ©, c’est lĂ oĂą je reçois volontiers mes parents, mes amis, mes voisins et les Ă©trangers qui viennent me voir.
LA RELIGION, c’est la maison familiale, celle de mes ancĂŞtres bien-aimĂ©s oĂą je me ressource rĂ©gulièrement mĂŞme si je suis devenu athĂ©e.
LA LAĂŹCITÉ, c’est la maison commune, celle qui nous accueille tous et nous permet de vivre en paix avec nos identitĂ©s multiples.
Laissez votre réponse !
Mots-clefs
Affaires étrangères Alternative Anticolonialisme Antilibéral Antimilitarisme Bipartisme Capitalisme Cohésion sociale Communisme Coopération Culture Démocratie Désenclavement Développement Discrimination DOM Droits de l'Homme Droits sociaux Education nationale Egalité Elections Emploi Environnement Etat Europe Forces progressistes Hopital Inégalités Inégalités territoriales International Jeunesse Justice Logement Mondialisation Paix PCF Pluralisme RER Sécurité Santé Seine-Saint-Denis Services publics Transformation sociale Transports Travail
WP Cumulus Flash tag cloud by Roy Tanck and Luke Morton requires Flash Player 9 or better.
Catégories
Calendrier
Archives
Mes liens