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Laicité : défendons un principe qui garanti le vivre ensemble

5 décembre 2009 5 375 vues 3 commentaires Imprimer Imprimer Envoyer à un ami Envoyer à un ami

Je vous propose de retrouver mon intervention lors du colloque sur la laicité organisé le 5 décembre 2009 à Tremblay-en-France.

Intervention du Député-maire François ASENSI :

« Depuis plus de cent ans, la loi de séparation des églises et de l’Etat a permis d’apaiser bien des conflits.

Notre pays, jadis marqué par les querelles et les guerres religieuses, a connu depuis 1905 la réconciliation entre les croyants de différentes confessions. Et plus, entre croyants et non-croyants.

C’est bien là la force du modèle français. Il reconnaît à tous, quelles que soient leurs opinions philosophiques ou religieuse de vivre ensemble.

En France, nous ne juxtaposons pas les communautés les unes à côté des autres, comme dans les pays anglo-saxons. La République veut que nous appliquions le principe d’égalité entre les citoyens, à tous les citoyens sans distinction quant à leurs origines ou à leurs opinions. Au sein de l’espace public, nul ne peut se prévaloir de tel ou tel particularisme pour réclamer un traitement différent.

Cette règle, nous l’appliquons ici, à Tremblay avec vigilance, par exemple dans les cantines scolaires. Au cours de mon précédent mandat municipal, un certain nombre de famille réclamait des repas hallal dans la restauration des écoles. J’ai décidé d’entamer le dialogue. En 2006, après des mois de concertation, nous sommes parvenus à l’élaboration d’une Charte. Depuis lors, les familles signent ce contrat qui précise que les repas servis aux enfants ne prennent pas en compte les prescriptions religieuses. Je rappellerai simplement que les cantines constituent un service facultatif, mais un service public à part entière.

Le droit à la différence, oui. Nul ne saurait le contester. Mais je me refuse pour ma part à admettre la différence des droits selon que l’on se réclame d’une communauté donnée. Et ce n’est pas demain qu’il y aura des horaires séparés pour les hommes et les femmes dans notre piscine. Vous pouvez me croire.

Pour autant, la laïcité ne se confond nullement avec un athéisme militant. La laïcité suppose au contraire d’assurer la liberté de culte. C’est aussi dans la loi de 1905.

A Tremblay nous avons ainsi vu une nouvelle mosquée ouvrir ses portes en septembre dernier. Une nouvelle mosquée fruit des efforts des musulmans de notre ville, sans que la municipalité ne finance cette construction. Preuve s’il en est, que même dans un département parmi les plus pauvres de France, il n’est pas nécessaire de réviser la loi de 1905 pour que des lieux de culte voient le jour là où le besoin s’en fait sentir. Il n’est pas utile comme le prétendent d’aucun, à droite comme à gauche, d’autoriser le financement des édifices religieux par les collectivités locales.
La mosquée de Tremblay a naturellement donné lieu à un dialogue avec les musulmans de notre ville. Un dialogue au cours duquel chacun s’est tenu dans son rôle, comme le veut le principe de laïcité.

En France, grâce à la loi de 1905, le débat constitutionnel sur les minarets que la Suisse connaît en ce moment n’a pas lieu d’être. Notre loi de séparation permet le dialogue non pas entre communautés, comme le voudrait le modèle anglo-saxon, mais entre les citoyens et institutions républicaines.

Le repli communautaire, nous voyons bien aujourd’hui quelles en sont les conséquences. La revendication de dérogations en matière de droit de la famille en se prévalant de coutumes qui n’ont pas leur place au sein de la République. Je pense à la polygamie, une pratique inadmissible dans la tradition républicaine. C’est aussi l’affirmation d’une identité mythique, comme il y a quelques jours à la suite de la qualification de l’Algérie. Ce moment de joie collective a conduit à des violences et des comportements xénophobes inacceptables, notamment à Tremblay-en-France. Je salue la réaction de tremblaysiens d’origine algérienne qui ont condamné ces actes et affirmé la nécessité d’un vivre ensemble républicain.

Pourtant, aujourd’hui, nous savons la laïcité attaquée. On nous parle de laïcité positive, de reconnaissance du fait religieux, de la tradition catholique qui occuperait une place centrale dans notre société. Depuis un an, les diplômes délivrés par les universités catholiques sont reconnus sur un pied d’égalité avec ceux de l’enseignement supérieur public. Les discours du Président de la République, ceux du Latran et de Ryad, sont lourds de menaces pour le vivre-ensemble républicain. Comment admettre que le prêtre l’emporterait sur l’instituteur dans la transmission des valeurs ?

Plus : les mairies sont désormais obligées de couvrir les frais de scolarisation des élèves dans l’enseignement privé en vertu de la loi Carle. Une charge injustifiée qui vient peser sur les budgets des communes, au moment où l’on supprime leur principale ressource, la taxe professionnelle.
Dans ce contexte, la commission sur le voile intégrale, ce qu’on appelle couramment la burqa, fait figure de diversion. Pourquoi se polariser sur un problème somme toute assez marginal, au risque de menacer la liberté de s’habiller comme bon lui semble sur la voie publique ? Pendant ce temps, les accords entre les églises et l’Etat se multiplient dans le plus grand silence.

La laïcité, nous devons l’affirmer, le marteler, constitue l’un des piliers du vouloir vivre commun républicain. J’aurai l’occasion de le réaffirmer à l’Assemblée nationale, dès la semaine prochaine, lors du débat lancé par le gouvernement sur l’identité nationale. Non, cette identité ne repose pas fondamentalement sur une tradition historique catholique, au demeurant indéniable. Notre Nation englobe l’héritage des Lumières, celui de la Commune de Paris et de la Résistance. Elle est une perpétuelle construction, qui s’appuie sur tous les citoyens désireux de participer à cette communauté politique.

Ce désir de vivre ensemble était au cœur de la Révolution française, au cœur de la Constitution de l’An II, qui autorisait les mêmes droits politiques à l’ensemble des citoyens, étrangers compris. Je me permets de vous lire son article 4 : « Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une propriété, ou épouse une Française, ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard. Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l’humanité est admis à l’exercice des Droits de citoyen français. » Cette conception ouverte et généreuse de la Nation doit demeurer le socle de notre République.

Face aux entreprises de division et de diversion, nous avons besoin de tous nous mobiliser pour défendre cette garantie de paix civile et de tolérance que représente la loi de 1905. Je dis tous, car la laïcité n’appartient à personne. Je tiens naturellement à rendre hommage aux obédiences maçonniques progressistes qui, à l’instar du Grand Orient, ont toujours défendu la laïcité. Je veux également saluer les associations qui oeuvrent pour la promouvoir auprès de nos populations, à l’image de l’association Laïcité Liberté, de l’Union des Familles Laïques ou du Comité Laïcité République. Je sais quels sont vos efforts en la matière et je ne manque pas de les soutenir.

Mais, en tant qu’élu de la République, je sais aussi que la laïcité ne résisterait pas aux assauts de ses adversaires, si nous maires, députés et sénateurs républicains, nous nous retirions de ce débat.

En dernier lieu, c’est par notre action règlementaire et législative, c’est par notre pouvoir de contrôle sur le gouvernement que nous pouvons le mieux agir pour la promotion et la défense de la laïcité. C’est donc ensemble que nous devons nous mobiliser pour que les valeurs de Liberté, d’Egalité et de Fraternité, pour que le principe de laïcité qui en découle puissent continuer de régir les rapports entre ceux qui ne partagent pas les mêmes positions philosophiques.
Vous pouvez en être sûr, je serai au rendez-vous.

3 commentaires »

  • Philippe FLEUTOT a écrit :

    Pour compléter l’intervention de François ASENSI et sa réponse à la question : « servez-vous du poisson dans les cantines scolaires le vendredi ? », on pourrait ajouter :

    1 – qu’à Tremblay le maire, ses adjoints et les personnels communaux sont soucieux d’appliquer, partout et tout le temps, les lois et règlements de la République. Notamment, ceux qui concernent la laïcité à l’école ;

    2 – qu’il n’est pas interdit d’être laïque et intelligent ;

    a) c’est ainsi que dans les cantines de Tremblay, du fait d’une vieille tradition bien antérieure à l’arrivée du député-maire, puisqu’il faut servir régulièrement du poisson aux enfants pour des raisons diététiques, on en offre AUSSI le vendredi, sans qu’il soit imposé puisqu’il y a toujours un deuxième choix. En résumé : il y a régulièrement du poisson à la cantine, notamment le vendredi. Le poisson est proposé à tous les enfants (et pas seulement à ceux qui sont présupposés être chrétiens) et tous ont la possibilité de faire librement un autre choix. A noter que l’on observe aujourd’hui dans les écoles, particulièrement dans celles situées au centre ville où les familles musulmanes sont nombreuses, qu’il y a une augmentation de 30% de la fréquentation des cantines les jours où il y a du poisson au menu. Servir du poisson à la cantine ne peut dont être considéré comme une concession de la municipalité en faveur des chrétiens ;

    b) c’est ainsi également que dans les cantines de Tremblay, du fait de cette même tradition, il y a toujours un deuxième choix les jours où il y a du porc au menu. Le choix entre les deux viandes est proposé À TOUS et pas seulement aux présupposés musulmans ou juifs. En effet, les employés municipaux n’ont pas à se substituer aux enfants au moment du choix. Ce serait une discrimination basée sur l’origine, et donc condamnable par la loi. D’ailleurs, on peut s’appeler Ali ou Malika (comme Miss France 2010) et ne pas être musulman ; on peut être musulman et ne pas être pratiquant ; on peut être pratiquant et commettre un petit péché de temps en temps…

    3 – que l’école publique n’a pas pour vocation d’appliquer les injonctions religieuses des parents, notamment en matière alimentaire, ni de les combattre. C’est pourquoi, comme le dit la Charte de la restauration municipale de Tremblay : « tout est proposé, rien n’est imposé ».

    4 – Enfin, à ceux qui disent que l’on peut bien servir de la viande Halal dans les cantines scolaires puisqu’on y sert du poisson, je répondrai :

    a) que le poisson est un aliment absolument nécessaire dans le cadre d’une nourriture saine, variée, diététique, riche en nutriments utiles pour l’enfant, tandis que la viande halal n’apporte aucun « plus » au niveau alimentaire. Sur ce simple argument scientifique et objectif, le poisson et la viande halal ne peuvent être traités de manière égale ;

    b) que l’achat du poisson pour les cantines scolaires ne déroge pas à l’article 2 de la loi du 9 décembre 1905 sur la laïcité qui stipule que « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Au contraire, la viande pour être halal ou casher suppose l’intervention payante d’une autorité religieuse. C’est pour cette raison que toute les collectivités publiques qui ont voulu servir de la viande halal ont été condamnée par les tribunaux administratifs.

  • Philippe FLEUTOT a écrit :

    Détail sans réel importance mais qui peut faire l’objet de réaction de la part de certains lecteurs : le colloque sur la laïcité était organisé le samedi 5 décembre 2009 et non pas le vendredi 4 décembre 2009.

  • f.asensi a écrit :

    Effectivement, ce colloque avait lieu samedi 5 décembre. Le « détail » est corrigé. Merci d’avoir relevé cette erreur, au cas où le diable se cacherait réellement dans les détails…

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