Convention franco-algérienne à l'Assemblée nationale : "reconnaître les méfaits de la colonisation pour resserrer les liens avec le peuple algérien"

12 février 2010 1 Par Francois Asensi
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Je vous propose de retrouver mon intervention sur les relations franco-algériennes dans le cadre de la discussion d’une convention de partenariat à l’Assemblée nationale 9 février dernier. J’ai voté en faveur de cette convention, malgré certains manques, car le rapprochement entre nos peuples, séparés par la douloureuse histoire du colonialisme, est indispensable pour la France comme pour l’Algérie. Sans pour autant oublier les différends qui nous opposent au gouvernement algérien.

Intervention du Député François ASENSI (GDR), en discussion générale :

Monsieur le Président,
Monsieur le Rapporteur,
Mes chers collègues,

Permettez-moi tout d’abord d’exprimer ma grande satisfaction que cette convention de partenariat franco-algérienne donne lieu à un débat en séance publique, j’y vois le signe de l’importance des relations avec le peuple algérien aux yeux de la représentation nationale.

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Le débat que nous menons me semble particulièrement bienvenu, en raison de l’Histoire intime et douloureuse entre notre pays et l’Algérie, en raison de l’avenir qui ne manquera pas de nous unir,  mais aussi en raison du contexte de forte crispation de nos relations bilatérales, qui inquiète y compris les bancs de la majorité et qui vient de monter d’un cran depuis l’annonce récente du dépôt d’une proposition de loi contre le colonialisme par la coalition algérienne au pouvoir.

Signée le 4 décembre 2007 par les Président Sarkozy et Bouteflika, cette convention de partenariat couronne les efforts de réconciliation entrepris depuis 2003 et la Déclaration d’Alger, afin de renouveler nos échanges, régis par une convention de coopération obsolète de 1986.

Je me félicite de son ambition, puisqu’elle aborde un très large éventail de domaine, notamment la culture et la place du français, la santé, la formation, l’investissement économique, ou encore l’environnement.
C’est le signe de l’intensité de nos échanges, et des défis que nous avons à relever ensemble, des deux côtés de la Méditerranée.

On ne peut cependant oublier que cette convention est le fruit de l’échec du Traité d’amitié entre nos deux pays qui seul aurait pu panser les plaies et fournir le socle d’une relation franco-algérienne tournée vers l’avenir.

La conséquence de l’échec du Traité d’amitié, achoppant sur la question coloniale, nous la vivons actuellement à travers le gel de nos relations bilatérales, l’annulation de la visite en France du Président Bouteflika, et le refus opposé par Alger aux délégations ministérielles françaises.

C’est un sérieux camouflet pour notre pays, et le Gouvernement devra assumer sa part de responsabilité.

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Entre la France et l’Algérie, unis puis séparés par l’Histoire, une relation passionnée perdure encore de nos jours.

Et certaines blessures se trouvent ravivées par les postures de la France, qui tout en condamnant la colonisation, s’évertue à réhabiliter certains de ses aspects.

Il en fût ainsi de la loi sur les rapatriés reconnaissant le rôle « positif » de la colonisation, véritable offense à la mémoire des milliers de victimes de la colonisation.

Il ne s’agit là ni de prêcher la repentance, ni de battre sa coulpe, mais de reconnaître les vérités historiques des méfaits de la politique coloniale française.

Nous ne devons cependant pas être dupes : le pouvoir algérien utilise à dessein la question de la repentance et de la reconnaissance des crimes coloniaux pour souder la population et la détourner des difficultés politique et économique internes.
Si les présidences de Bouteflika ont ouvert en Algérie une ère de stabilité, cette normalisation a conduit à un  certain étouffement de la démocratie.

La réélection plébiscitaire du chef de l’Etat en avril 2009 a ainsi été marquée par l’indifférence de la population et le boycott des partis d’opposition. Alors que nous discutons d’un projet de partenariat avec l’Algérie, nous ne pouvons cacher notre inquiétude devant l’évolution d’un régime qui restreint les libertés, et dont la politique de réconciliation nationale, certes nécessaire, offre l’impunité à des criminels de guerre impliqués dans la décennie noire.

Sur ces sujets touchant aux droits de l’homme, et notamment dans le cas des moines de Tibehirine,  la position de la France doit rester extrêmement ferme dans ses principes.
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L’examen de cette convention ne peut laisser dans l’ombre les nombreux points de friction entre nos deux pays, dont certains trouvent leur origine dans le difficile divorce colonial.

Je pense ainsi à la question des essais nucléaires, puisqu’il y a 50 ans était mené le premier essai de l’arme atomique dans le Sahara exposant plusieurs dizaines de milliers de personne.

Si ce dossier a enfin été ouvert, la société civile algérienne ne se satisfait pas du projet d’indemnisation adopté en décembre 2009, dont les députés communistes avaient souligné le caractère extrêmement restrictif. Malgré cela, les travaux du Comité franco-algérien sur les essais nucléaires, mis en place en 2007 doivent impérativement aller plus loin, sur la question des indemnisations, mais aussi de la décontamination de l’environnement.

Je pense également à la question des visas. L’accord de 1968 doit être renégocier pour assurer le droit à conserver des liens familiaux sur les deux rives de la Méditerranée à nos amis algériens et aux français.

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La convention de partenariat franco-algérienne s’inscrit plus globalement dans les relations entre la France et le Maghreb. Dès sa prise de fonction, le Président de la République avait dessiné de grandes ambitions pour l’espace méditerranéen, et œuvré pour la création d’une Union Pour la Méditerranée.

Cette dynamique est aujourd’hui en échec faute d’avoir suffisamment pris en compte sa dimension politique, notamment dans la relation avec l’Algérie.

On le sait, Alger a toujours été réticent à ce projet en raison de la politique d’Israël dans les territoires palestiniens, et l’inconstante condamnation par l’Union européenne des violations de l’Etat hébreu contre les résolutions onusiennes.

Mais ce projet politique pour le bassin méditerranéen ne peut voir le jour sans une normalisation des relations entre les pays du Maghreb et une politique équilibrée de la France, notamment sur la question du Sahara occidental.

Le renouveau de notre politique extérieure ne peut faire l’impasse sur une plus grande autonomie vis-à-vis des Etats-Unis et de sa lutte contre le terrorisme, prétexte au maintien d’une forme d’impérialisme.

Si l’Algérie a du subir les exactions des islamistes radicaux dans la décennie des années 1990, et la France subir de douloureuses représailles, l’inscription de ce pays sur la liste noire des pays à risque dans le domaine aérien, par suivisme envers les Etats-Unis, est particulièrement préjudiciable à nos relations.

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En dernier lieu, je souhaiterais évoquer les relations économiques franco-algériennes, qui connaissent elles-aussi une profonde crispation. Faut-il rappeler leur importance, alors que la France est le premier partenaire commercial de l’Algérie, avec 420 filiales d’entreprises françaises représentant 100 000 emplois indirects ?
Ces échanges économiques sont cruciaux pour nos entreprises françaises touchées par la crise, et doivent être encouragés pour permettre le développement économique et social de l’Algérie. Ces échanges doivent cependant respecter les choix du peuple algérien quant au modèle économique qu’il entend suivre.

La convention de partenariat, qui inclut les questions l’investissement et de promotion du secteur productif, est d’autant plus importante qu’elle intervient dans un contexte très incertain.

L’Algérie est durement frappée par la baisse des cours du pétrole, sa principale recette d’exportation, et la chute des volumes en raison de la crise internationale, ce qui l’a conduit à durcir l’accès à son marché intérieur depuis l’été 2009.

L’Algérie estime en effet que l’accord d’association signé en 2005 avec l’Union européenne lui est largement défavorable, les pays européens ne voyant ce pays comme un simple débouché pour leurs marchandises, sans promouvoir l’échange de savoir-faire et sans réaliser les investissements suffisants.

Dans les années 2000, l’Algérie a du se rallier aux recommandations du FMI et réaliser un programme massif de privatisations n’apportant aucun bénéfice aux populations, et plaçant le pays sous la coupe des investisseurs étrangers.

Alors que les fondements du système capitaliste ont montré leurs insuffisances, ces politiques néolibérales ne doivent plus avoir cours à Alger, et je m’inquiète que la convention de partenariat ne fasse appel à ces recettes éculées. En effet, le document cadre de partenariat 2007-2011 indique que la France « continuera à apporter son soutien (…) à la meilleure intégration de l’Algérie mondiale » par le biais d’un programme de privatisations et l’adhésion à l’OMC.

Je ne crois pas que ces orientations correspondent aux volontés du peuple algérien, qui a vécu le chômage et la paupérisation engendrés par ces politiques.
En ce sens, nous devons soutenir la volonté algérienne de réviser l’accord d’association avec l’Union européenne pour qu’il soit garant du développement de l’économie et du niveau de vie des algériens.

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Vous l’aurez compris, le nécessaire renforcement des relations entre la France et l’Algérie, dont la présente convention de partenariat pose les contours, ne saurait se limiter à ce cadre. Il appelle un renouvellement profond de notre politique à l’égard des pays du Maghreb, qui place au premier rang les aspirations démocratiques des populations et leurs besoins vitaux.


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