Cure d’austérité libérale : la Grèce aujourd’hui, demain la France ?

20 avril 2010 0 Par Francois Asensi
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Soutenus par les Etats au plus fort de la crise du système capitaliste, les marchés partent désormais sans vergogne à l’attaque des modèles sociaux européens, au détriment des intérêts des populations.

Nous devons affirmer notre solidarité avec le peuple grec en lutte pour ses droits, et faire front contre cette nouvelle offensive des spéculateurs.

La tyrannie des marchés de capitaux, un temps discrédités par la grave crise économique et sociale que leur recherche du profit a engendré, regagne du terrain. Pour rassurer ces marchés anonymes et tout-puissants face à l’aggravation des déficits publics, les gouvernements européens se voient contraints de rogner sur les droits sociaux fondamentaux. Ce n’est pas un hasard si les attaques concertées des fonds de pension se concentrent sur les pays dirigés par les sociaux-démocrates, qui en Espagne, au Portugal, en Grèce, annoncent tout à tour, en gage, le relèvement de l’âge de départ à la retraite. Dans ce dernier pays, des mesures draconiennes ont été prises pour juguler le déficit et étrangler le pouvoir d’achat des classes populaires : chute de 6% du salaire des fonctionnaires, relèvement de deux points de la TVA, gel des retraites, hausse de 63% des taxes sur le tabac, coupe dans les budgets sociaux…

Contrairement aux effets d’annonce, les remèdes de cheval ultralibéraux, promus par le FMI dans le cadre du consensus de Washington, n’ont aucunement été remisés au placard. Destinés originellement aux pays en développement, les plans d’ajustement en viennent même à s’appliquer dans les pays européens, pour liquider les pans du modèle social qui entravent l’intégration au marché de la santé, de l’éducation, des télécommunications.

Comment accepter que cette mise au pas de la Grèce s’opère sous la bénédiction de la commission européenne et des gouvernements français et allemand ? Alors qu’il faudrait soumettre enfin les marchés à la puissance publique, les dirigeants de l’Union européenne acceptent que les puissances économiques remettent en cause la souveraineté populaire et les choix politiques opérés sous son mandat.

Depuis plusieurs semaines, les peuples grecs, mais aussi espagnols, sont entrés en résistance contre la tyrannie des marchés. Je leur apporte tout mon soutien dans leur mobilisation contre les mesures injustes et inefficaces qui les frappent, et j’appelle à la vigilance des français pour éviter un scénario identique dans notre pays.

Comme l’a noté la Cour des Comptes, l’ampleur du déficit public français réclame une hausse des prélèvements et une baisse des dépenses publiques. Un tour de vis budgétaire, afin de repasser sous les fourches caudines du Pacte de stabilité et de croissance européen établies par les libéraux et les socialistes, est une crainte fondée.

Pour autant, ce déficit ne peut être imputé à la seule crise économique, et les responsabilités du gouvernement sont écrasantes : qui a laissé filer le déficit public en accordant des baisses d’impôt démesurées aux entreprises (6 milliards de suppression de la taxe professionnelle) ou aux ménages fortunés (1 milliard du bouclier fiscal) ? Qui a multiplié les niches fiscales (70 milliards d’euros)?

Les promesses du G 20 pour réguler le capitalisme ont fait long feu. Les paradis fiscaux ont été blanchis sans que l’on remette en cause les entreprises françaises qui détiennent toujours des filiales dans ces territoires opaques, ni que les paradis fiscaux européens (Londres, la Suisse, le Luxembourg,…) ne soient inquiétés. La taxation nécessaire des transactions financières tarde à voir le jour par manque de volonté politique des Etats.

La France, chantre de la régulation financière avec la nomination du commissaire européen Michel Barnier au marché intérieur, ne peut se contenter de discours incantatoires et doit passer aux actes de toute urgence. Plus que jamais, la pression des peuples doit s’exercer sur les dirigeants européens, dans la rue et dans les urnes, pour réclamer l’abandon des politiques libérales et un dépassement du capitalisme.


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