OTAN: les Français doivent être consultés

9 mars 2009 0 Par Francois Asensi
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La décision idéologique du Président Sarkozy concernant la réintégration de la France au commandement de l’OTAN, engagée sans aucune concertation du peuple français et de ses représentants, remet gravement en cause la politique de défense et de sécurité de la France et de l’Europe.

Le président revient sur la promesse d’un débat avec les Français dans un « esprit de franchise et de droiture », la conclusion de ce débat apparaissant d’ores et déjà tranchée par les négociations en coulisses engagées avec le Président Bush. Cette décision fait voler en éclat le consensus national sur la politique extérieure qui rassemblait la plupart des familles politiques, comme l’avait illustrée la non-intervention en Irak en 2003.

Cet élan atlantiste est d’autant plus incompréhensible qu’il intervient au moment où l’OTAN est en pleine crise de légitimité. L’intervention en Afghanistan et ses « bavures » meurtrières commises contre les civils s’avère être un regrettable échec qui loin d’apporter les fruits de la démocratie et de la liberté attise le ressentiment contre l’Occident.

Plus profondément, la mission de l’OTAN a cessé d’exister avec la chute de l’URSS et de la politique des blocs. Son maintien ne se justifie que par la recherche insensée de nouveaux ennemis. Refusant un nouvel équilibre mondial où l’hégémonie américaine serait contrariée par l’émergence de nouvelles puissances, l’OTAN est devenue le bras armé des USA engagés dans une croisade manichéenne et guerrière contre les «ennemis de l’Occident ».

Face à une OTAN porte-voix du néolibéralisme et maître de l’ordre mondial, il est plus que jamais impératif de réaffirmer le rôle de l’ONU et la nécessité de démocratiser son Conseil de Sécurité.

Le Président Sarkozy avait assuré que la réintégration dans l’OTAN ne se ferait sans une contrepartie cruciale : la création d’une véritable Défense européenne. Force est de constater que la Présidence française de l’UE a piétiné sur ce point et qu’aucune garantie n’a été obtenue jusqu’à présent.

Mais de quelle Défense européenne parlons-nous ? En 2007, Nicolas Sarkozy a évoqué devant le Congrès américain, une « Europe de la Défense crédible et forte au sein d’une Alliance rénovée » qui se résume à une Europe appendice de l’OTAN et inféodée aux intérêts de la superpuissance américaine.

Alors qu’un monde multipolaire émerge, l’affirmation d’une Défense européenne autonome, garante de la paix et respectueuse des autres civilisations est pourtant plus que jamais nécessaire pour assurer un nouvel équilibre géopolitique.

A rebours de l’histoire, dangereux pour la paix du monde, ce virage à 180 degrés de notre politique extérieure ne peut faire l’économie d’un débat large et transparent devant les Français, ni de leur consultation par la voie des urnes.


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