Pôle emploi : la privatisation du service public de l'emploi à la dérive

18 juin 2009 0 Par Francois Asensi
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La fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC au sein de Pôle emploi, menée au pas de charge et sans concertation, a profondément désorganisé les services. Les agents sont dans une situation intenable devant l’afflux des demandeurs, le service rendu aux chômeurs en pâti. Quels étaient donc les motifs de cette fusion? Plus de simplicité, selon le gouvernement. Mais en réalité, l’objectif est la privatisation de ce service public en recourant aux services des multinationales de l’intérim et du placement. Au détriment de l’argent public et des chômeurs, encore plus sous pression.

Je suis intervenu à deux reprises auprès du Gouvernement pour contester cette réorganisation le 28 avril dernier. Voici le contenu de ces interventions:

Intervention auprès du Gouvernement : plus de moyens pour le personnel, un meilleur accompagnement des chômeurs

 » Monsieur le ministre, la réduction du périmètre du service public de l’emploi, entérinée par la fusion des ANPE et ASSEDIC, se révèle particulièrement inopportune dans le contexte de crise économique. D’un coût évalué à plus de 400 millions d’euros, la création de Pôle emploi engendre une réorganisation des services et une nécessaire formation du personnel qui pénalise les usagers.

Près de 50 000 dossiers d’indemnisation sont en souffrance, les entretiens personnalisés sont abrégés et le délai d’indemnisation atteint près de trois mois alors que les besoins sont pressants.

La fusion de l’ANPE et de l’ASSEDIC, menée au pas de charge, coïncide avec l’afflux brutal de 250 000 licenciés en quatre mois. Chaque conseiller suit ainsi 260 demandeurs d’emploi par conseiller contre 120 avant la crise, et l’objectif annoncé par le Gouvernement de 60 personnes suivies par agent est devenu irréalisable. La direction de Pôle emploi a d’ores et déjà revu à la baisse la qualité de son service en concentrant l’effort sur l’indemnisation et en abandonnant l’objectif de suivi individualisé des personnes non indemnisées. L’embauche annoncée de 1 800 équivalents temps plein supplémentaires ne permettra pas d’absorber la hausse de l’activité et le maintien d’un suivi qualitatif des demandeurs.

Ces nouveaux emplois ne représentent que la moitié des renforts accordés pour le PARE en 2001 et n’annulent pas la suppression de 5 000 postes programmés dans le cadre de la fusion ANPE-ASSEDIC.

Monsieur le ministre, quel sera le statut et la forme de contrat dont bénéficieront les personnes recrutées par cette structure. En réponse à cette situation de crise exceptionnelle, envisagez-vous de réviser la convention liant l’État, Pôle emploi et l’Assedic afin de revenir sur les suppressions de postes et de reporter le calendrier de mise en place de Pôle emploi.  »

Intervention auprès du Gouvernement : arrêt de la privatisation rampante du service public de l’emploi !

 » Monsieur le ministre, alors que Pôle emploi affiche l’objectif d’assurer une meilleure prise en charge des personnes durablement éloignées de l’emploi, cette nouvelle entité souhaite se dessaisir d’une partie de ses attributions en annonçant un appel d’offres pour le suivi de 320 000 chômeurs à partir du 1er juillet 2009.

Le mouvement de privatisation enclenché par la loi de cohésion sociale de janvier 2005 et alimenté depuis 2006 par plusieurs phases d’expérimentation remet gravement en cause le principe d’un service public de l’emploi, malgré les affirmations se voulant rassurantes autour de Pôle emploi. Au lieu de renforcer ses effectifs, cette structure tire partie de la pénurie de personnel et de la hausse des demandeurs d’emplois pour favoriser le rentable marché privé de l’accompagnement vers l’emploi, contrôlé par quelques groupes multinationaux.

Le bilan des expérimentations menées est pourtant loin d’avoir prouvé la supériorité des opérateurs privés en termes de coût et de résultat, les chiffres communiqués étant peu étayés. Alors que l’ANPE déboursait 700 euros par chômeur, il est versé près de 3 600 euros aux opérateurs pour un taux de retour à l’emploi similaire.

Monsieur le ministre, quelles garanties sont incluses dans l’appel d’offres afin de considérer les candidatures des structures locales et associatives, écartées lors des précédentes expérimentations? « 


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