J'ai fait un rêve…et si on s'additionnait au lieu de se soustraire

20 février 2007 8 Par Francois Asensi
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J’ai fait un rêve…peut-être est-ce la perspective de prendre quelques jours de repos ou alors une prise de recul salvatrice avec le tourbillon de la campagne présidentielle. J’ai fait un rêve et je ne peux résister à l’envie de vous le faire partager. J’ai fait un rêve, submergé par l’utopie et envahi d’un certain idéal.

Dans ce rêve, j’ai vu une espérance collective et un destin commun se dessiner. L’idée d’un autre monde y a balayé les certitudes d’une société figée et la résignation des âmes les plus engagées. Plus question d’hommes politiques rangés sagement derrière le visage fade du pragmatisme, de la présentation faussement modeste d’être des responsables prudents ou bien des élus de terrain dévoués, des émotions fellones sur la vie des « vrais gens » brandies comme un étendard de vérité. Sous son voile de populisme, cette réalité cachait bien souvent un désert idéologique et intellectuel. Drapée d’une vertu paresseuse, cette réalité tentait de ringardiser l’utopie et de discréditer le rêve.

J’ai également fait connaissance avec la VIe République, protégée par une foule de démocrates et de républicains, tous soulagés d’avoir échappé à une Ve République qui a pendant trop longtemps étouffé la vie politique française. Particulièrement lors des élections présidentielles. A quelques mois du scrutin de 2007, jamais la dérive monarchique de la Constitution n’a été aussi visible, jamais la personnalisation du pouvoir n’a été aussi écrasante, jamais l’installation du bipartisme n’a été aussi menaçante. J’ai rêvé alors d’une campagne d’intelligence et de sincérité : les chaînes de télévisions observaient le recul qui sied à leur mission d’information, les candidats-ministres ne se servaient pas des ressources de l’Etat pour cadenasser l’élection, les projets n’étaient plus commandés pas les sondages et les hommes politiques retrouvaient le courage de défendre des idées neuves, radicales et mobilisatrices…

Dans mon rêve, l’une d’entre elle revenait à subvertir les institutions pour faire respirer la démocratie. Sans vouloir surestimer leur poids sur les pratiques politiques, les institutions de la Ve République ont particulièrement dégradé le débat public en identifiant le pouvoir à une personne et non plus à un projet. Les logiques d’appareils et les réflexes identitaires ont façonné les campagnes électorales au prix d’une extrême dévaluation des processus collégiaux, délibératifs et contradictoires. Ce schéma s’est vérifié lorsque les candidats antilibéraux ont privilégié les structures identitaires au détriment du collectif unitaire, alors même qu’un projet commun existe.

Pour sortir de cet émiettement stérile et retrouver l’union autour des 125 propositions antilibérales, j’ai rêvé que tous les candidats antilibéraux disposaient de leurs 500 signatures, que les élus communistes, socialistes et Verts, qui partagent cette option, allaient garantir à Olivier Besancenot et à José Bové leur présence dans le débat public et que les militants antilibéraux participaient, au-delà de leur différence, à une campagne commune. Cela nous permettait de sortir de la personnalisation du pouvoir en faisant campagne non pas pour un candidat mais sur un projet.

Trois candidats pouvaient, alors, mettre en valeur toute la richesse d’une offre politique nouvelle et défendre les grands principes qui ont fait l’objet d’une réflexion commune. Trois voix et trois temps de parole pour une même ambition, n’était-ce pas là une chance unique ? J’ai même imaginé Marie-George Buffet, José Bové et Olivier Besancenot battre les tribunes ensemble et susciter l’enthousiasme des plus engagés et la curiosité des plus réservés. Je les ai vus réunis sur l’estrade à Toulouse, à Marseille, à Rennes ou encore à Lille. Je les ai vus réunis et rejoints par Clémentine Autain, Patrick Braouezec et Yves Salesse. Une dynamique se créait tandis qu’un éclairage nouveau faisait rayonner la seule alternative au libéralisme et le seul projet de transformation sociale de la campagne. Mieux vaut s’additionner que se soustraire et mieux vaut porter un projet ensemble que le diluer au milieu des rancœurs.

Si cette expérience rêvée a quelque chose d’idéaliste et d’utopique, si elle peut prêter à sourire, ou peut-être à moquerie chez les plus cyniques, je ne souhaite pourtant pas m’en débarrasser. Ce qui compte et ce qui doit rester est bien cette démarche de rassemblement. La visée va bien au-delà de l’échéance électorale de 2007. Les ratés du réel ne doivent pas peser au regard de l’espérance soulevée et de la possibilité qu’une force de transformation sociale devienne majoritaire à gauche. Disons-le sans détours : on ne fait pas de politique sans utopie. On ne peut pas prétendre faire de la politique sans un idéal, sans un horizon. La politique n’est pas faite pour s’adapter à la réalité, mais pour changer cette réalité.


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