François Asensi demande à la France de durcir le ton contre Ankara après les raids de l’armée turque contre les forces kurdes

29 juillet 2015 3 Par Francois Asensi
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Suite à un attentat perpétré en Turquie par le groupe Etat Islamique, le 1er ministre turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé la participation de son pays à la lutte armée contre Daesh. Plusieurs raids aériens ont été menés contre les troupes djihadistes et les bases aériennes situées sur le territoire turc ont été mises à disposition de l’armée américaine.

Ce changement de stratégie d’Ankara vis-à-vis de l’Etat Islamique pourrait être une bonne nouvelle s’il ne s’accompagnait pas d’une intervention militaire dirigée contre les forces kurdes, dont la montée en puissance dans le nord de la Syrie inquiète au plus haut point le gouvernement turc. 

La Turquie ne doit pas se tromper d’ennemi! Les Kurdes constituent un véritable rempart contre le poison de l’Etat Islamique et notre allié le plus sûr dans la lutte contre ce groupe barbare et rétrograde. Or, la France n’a pris aucune initiative diplomatique pour condamner la répression envers les Kurdes.

François Asensi a adressé une question écrite au ministre des Affaires étrangères pour demander que la France durcisse le ton contre la Turquie. Notre diplomatie doit intervenir d’urgence auprès de Recep Tayyip Erdogan pour arrêter la répression menée contre le peuple kurde et inciter Ankara à concentrer ses forces dans la lutte contre l’Etat Islamique.

” Monsieur François Asensi interroge Monsieur le ministre des Affaires étrangères sur la façon dont il compte réagir à la volonté explicite de Recep Tayyip Erdogan d’annihiler les revendications du peuple kurde en employant des méthodes on ne peut plus violentes et irresponsables.

L’ouverture de bases aériennes, la multiplication des frappes contre Daesh ainsi que l’arrestation de membres de cette organisation terroriste par la Turquie ne constituent qu’une vitrine et s’inscrivent en réalité dans une démarche fort peu démocratique, celle de réduire au silence le peuple kurde dont la soif de liberté, d’intégrité et de démocratie dérangent.

Le changement soudain de stratégie de Recep Tayyip Erdogan vis-à-vis de l’Etat Islamique coïncide trop bien avec la montée en puissance des Kurdes de Syrie ainsi qu’avec la défaite relative du premier ministre Erdogan et le succès du HDP aux élections du mois de juin pour que sa décision ne s’inscrive pas dans une relation de cause à effet. Si l’Etat turc explique officiellement avoir déployé des moyens militaires afin de lutter contre l’Etat Islamique, en réalité les opérations ciblent expressément le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) et sa branche armée, les forces de défense du peuple. De la même manière, compte tenu de la défaite relative du premier ministre aux élections du mois de juin et du succès remporté par le HDP (Parti démocratique des peuples), l’un des objectifs du déploiement d’armes est essentiellement d’arrêter les forces démocratiques et progressistes de Turquie dont font partie les militants du HDP.

Recep Tayyip Erdogan considère le PKK comme une « force terroriste » et entend s’engager dans une offensive contre les forces démocratiques qui mettent en péril la manière dont il conçoit l’ordre politique. Des civils sont tués chaque jour et l’armée n’hésite pas à tirer à balles réelles sur les manifestations pacifistes des forces démocratiques.

Pourtant, il est d’autant plus nuisible à l’Etat turc de s’en prendre au PKK qu’il constitue un véritable rempart contre l’Etat Islamique. On peut même affirmer que le Parti des Travailleurs du Kurdistan est la première force de lutte contre Daesh. Les combattants kurdes multiplient les offensives contre l’organisation terroriste surtout dans le nord-est de la Syrie à la frontière de l’Irak et de la Turquie. Le PKK mène un combat de grande ampleur où femmes et hommes se réunissent pour lutter héroïquement par les armes contre l’avancée de l’Etat Islamique vers la Turquie. Nous devrions les en féliciter dans la mesure où leur lutte a permis au territoire turc d’être pour le moment relativement préservée d’une recrudescence de l’Etat Islamique. Qu’en sera-t-il si la Turquie continue de se concentrer sur sa lutte contre le PKK ? Qui saura faire reculer le terrorisme sans le savoir-faire et la connaissance du terrain de ses combattants ?

Il est exaspérant de voir que la France reste en retrait par rapport à ce conflit qui met en péril la capacité de la communauté internationale de lutter contre l’Etat Islamique. François Hollande est intervenu pour condamner l’attentat-suicide dans la ville de Suruc près de la frontière syrienne et a exprimé toutes ses condoléances au gouvernement turc après ce drame. Or il n’aurait pu avoir lieu sans la passivité du gouvernement turc. Nous avons besoin que la Turquie combatte à nos côtés l’Etat Islamique. Mais pour le moment, le premier ministre Erdogan se concentre plus sur l’ennemi que représente pour lui le PKK que sur ce combat. Pour que la lutte internationale contre le terrorisme soit efficace, il faudra d’abord obtenir les conditions d’une reprise de dialogue entre les différents acteurs du conflit kurde et envisager la fin des bombardements contre les rebelles du PKK. La France a tout à fait la possibilité de faire pression pour que la Turquie respecte enfin les droits fondamentaux du peuple kurde et mette en place un dispositif efficace pour lutter contre Daesh. Ce lundi 28 juillet 2015, les Etats-Unis et la Turquie ont conclu un nouveau partenariat pour que la coopération militaire contre l’Etat Islamique soit renforcée en Syrie. François Hollande n’a pas hésité à saluer cette initiative. Il faut pourtant s’assurer que cette coopération ne va pas seulement servir à ce que la Turquie donne un coup de boutoir aux revendications du PKK, ce qui pourrait encore ralentir la lutte que nous menons contre l’Etat Islamique.

C’est pourquoi, François Asensi demande à Monsieur le ministre des affaires étrangères de quelle manière la France compte intervenir auprès de Recep Tayyip Erdogan pour arrêter la répression menée contre le peuple kurde. Il souhaite également savoir de quelle manière la France va s’assurer que cette coopération militaire ne soit pas détournée de l’objectif de lutte contre l’Etat Islamique à des fins de répression contre les forces kurdes.”


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