A Afrin, l’intolérable double jeu de la Turquie

2 février 2018 0 Par Francois Asensi
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C’est prétendument dans le cadre de l’accord d’Astana de septembre 2017, afin de créer une zone de « désescalade », que le QG de l’armée turque a annoncé, le 20 janvier dernier le lancement de l’opération «Rameau d’olivier » à Afrin, une ville syrienne à 20 km de la frontière. L’objectif principal est pourtant autre : empêcher à tout prix les Kurdes de former un couloir vers la mer et de bâtir aux portes de la Turquie l’autonomie d’un Rojava démocratique. A l’heure où j’écris ce billet, les bombardements continuent, et les premières victimes sont civiles, victimes à la fois de la dangerosité du double jeu turc et de l’impérialisme de son tyran.
Une fois de plus, la Turquie s’est illustrée par l’ambiguïté de ses relations. Des images de soldats turcs circulant escortés par les djihadistes de Tahrir Al-Cham (ex-Front Al-Nosra, émanation d’Al-Qaida) ont été divulguées par le journal Le Monde ( http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/01/25/a-afrin-forces-turques-et-djihadistes-se-cotoient-dans-les-combats_5246838_3218.html)
En effet, Recep Tayyip Erdoğan a placé Daech au cœur de sa stratégie pour asseoir son pouvoir. Cela s’inscrit dans une volonté de lutter contre un renforcement des Kurdistan irakien et syrien, lesquels pourraient profiter d’une reconnaissance internationale, ceci à juste titre, pour avoir durement combattu contre l’État islamique.
Pour ma part, je trouve tout bonnement inadmissible qu’un pays membre de l’OTAN depuis 1952, et candidat à l’adhésion à l’UE, s’accointe avec une émanation d’Al-Qaida, contre nos positions et nos alliés historiques kurdes.
Je regrette l’attitude française à cette heure, qui semble avoir accordé un blanc-seing à Erdoğan, en justifiant l’offensive d’Afrin par la lutte contre le terrorisme. Ce qui revient à établir un amalgame honteux entre les forces de Daech et les forces kurdes syriennes, celles-là même qui ont combattu héroïquement Daech à Kobané puis à Raqqa.
La position de la France est d’autant plus regrettable et incompréhensible que les Etats-Unis eux-mêmes ont haussé le ton contre leur allié historique turc et appelé à une fin rapide de cette offensive. La France ne peut être en retrait. Elle doit faire entendre son engagement pour la paix et la liberté des peuples au Moyen-Orient.

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