Affaire Audin : enfin appeler ce crime d’État par son nom !

14 février 2018 0 Par Francois Asensi
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A l’occasion de la publication dans l’Humanité d’un témoignage d’un ancien appelé qui constitue une énième preuve de l’assassinat de Maurice Audin, je souhaite rappeler l’importance de la reconnaissance de la responsabilité de l’État dans cette mort tragique. Si la France a su reconnaître ses torts en d’autres circonstances, il est aujourd’hui temps de prendre de véritables actes sur cette période sombre de notre histoire.

C’est dans ce sens que je me suis engagé depuis que je suis élu, à la fois en tant que député à l’Assemblée nationale, mais également en tant que maire. En 2014, c’est avec émotion que j’avais inauguré une « Esplanade Maurice AUDIN » dans le centre-ville de Tremblay en présence de Madame Audin et d’un de ses fils, Pierre. Un moment fort qui a permis de valoriser la force de l’engagement de Maurice Audin, fervent militant anticolonialiste.

Mathématicien et militant communiste, engagé aux côtés du peuple algérien, Maurice Audin, soupçonné d’héberger des membres actifs du Parti communiste algérien, est arrêté le 11 juin 1957. Il ne donnera plus signe de vie. Il faudra toute la persévérance et la combativité de Josette Audin et de ses enfants, pour obtenir de la « grande muette » une version officielle : Maurice Audin s’est évadé lors de son transfert vers un autre centre de détention. Au fil des années, les enquêtes successives ont permis de reconstruire le puzzle, confirmant que Maurice Audin a bien été assassiné « pour exemple » par les militaires français, après avoir subi des tortures. En 2014, cette version des faits est finalement officiellement infirmée par le président Hollande.

Pourtant, le crime d’État n’est toujours pas reconnu. Or, comme l’affirme la Ligue des droits de l’Homme : « Ce n’est pas seulement une question d’histoire, c’est un enjeu civique ». J’en suis en effet convaincu, car c’est aussi dans ces pages blanches de notre histoire que se terrent les racines du racisme.

Il s’agit également d’une exigence à la fois envers sa famille, qui subit depuis soixante ans la double peine de la disparition et de l’injustice. Une exigence au nom de notre amitié avec l’Algérie. Et enfin une exigence, car aucune démocratie ne peut se satisfaire du silence sur de si sombres pages de son histoire.

L’État ne doit plus seulement chercher « à ne plus imposer sa version » comme l’a déclaré Macron, il doit surtout enfin reconnaitre cette assassinat comme un crime d’État.


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