Vers la fin du service public ferroviaire ou la casse systémique des services publics dictée par l’ultra-libéralisme

21 février 2018 0 Par Francois Asensi
Partager sur

Depuis trois décennies, les avocats du libéralisme ont consacré beaucoup d’énergie à démontrer l’inefficacité des services publics et, parallèlement, à prouver l’importance de l’entreprise et de la liberté d’entreprendre.
Commandé par le Premier Ministre, le rapport Spinetta portant sur l’avenir du service public ferroviaire, a été rendu public la semaine dernière. Sans grande surprise ce-dernier appelle in fine à la privatisation du service public ferroviaire et la conversion de la SNCF en Société anonyme.
Le statut des cheminots est agité comme un chiffon rouge pour chauffer l’opinion à blanc et masquer le véritable enjeu : l’avenir du ferroviaire.
Amorcée depuis les années 1980, on assiste aujourd’hui à une véritable guerre idéologique menée contre les services publics et dont le but est de faire croire qu’ils font peser un coût indécent sur la Nation au regard de ce qu’ils procurent comme service. Tout cela pour mettre en évidence que privatisation rime nécessairement avec meilleure gestion.
Pourtant la privatisation du service public ferroviaire est loin d’être la panacée. En témoigne les britanniques, 20 ans après la privatisation de British Rail. Hausse incontrôlée du prix des billets, trains supprimés et réduction du personnels conduisent aujourd’hui près de deux Britanniques sur trois à souhaiter une renationalisation complète. Les Britanniques déboursent chaque mois pas moins de six fois plus que les Français simplement pour se rendre sur leur lieu de travail, soit la coquette somme de 3222 euros par an !
Autre exemple historique, celui des autoroutes bradées à Cofiroute, Vinci et consorts dès 2001. Alors qu’en 10 ans les usagers ont vu les péages augmenter de près de 20%, les sociétés d’autoroute elles se portent pour le mieux et versent 1,5 milliard d’euros par an de dividendes à leurs actionnaires.
Il en est de même pour de nombreux domaines qui font les frais d’une privatisation grandissante, comme la santé. De nombreuses études montrent en effet que le statut privé (ou la conversion à un statut privé) d’un hôpital est directement connecté à une qualité des soins inférieure.
Mise sous tutelle des collectivités territoriales, dérégulation du droit du travail, suppression de 120 000 postes de fonctionnaires … ce rapport n’est qu’une illustration navrante supplémentaire de l’idéologie ultra-libérale qui ronge notre pays.
En plus de manifester d’une vision rétrograde de la morale et de l’intérêt général, cette annonce confirme tristement la volonté du gouvernement d’œuvrer vers une société encore plus basée sur les principes du libéralisme économique, dont le principe de libre-concurrence. Or, c’est ce même modèle qui génère des inégalités croissantes.
Le débat n’est donc pas sur le coût du travail, mais sur le coût du capital, qui ne cesse de confisquer les richesses du travail. Ces dernières années, en France comme dans le reste de l’Europe, les salaires ont stagné de même que le pouvoir d’achat. Par ailleurs, on estime entre 8 à 10 le nombre de points de valeur ajoutée qui ont été volés aux travailleurs en 20 ans. Ces richesses sont allées dans les poches d’une minorité toujours plus riche.
S’ajoute à cela, l’inaction du gouvernement pour enrayer l’évasion fiscale qui représente un manque à gagner de près de 80 milliards, ou encore les nombreux cadeaux fiscaux, dont le CICE ou la suppression récente de l’ISF qui représente un cadeau fiscal de près de 5 milliards d’euros aux plus aisés.

 


Partager sur