Tremblay rend hommage aux résistants du groupe Manouchian

26 février 2018 0 Par Francois Asensi
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« Vingt-trois étrangers et nos frères pourtant ». Les vers de Louis Aragon, publiés dans l’Humanité le 5 mars 1955, ont inscrit à jamais dans la mémoire collective l’un des épisodes les plus bouleversants de la Résistance.

Samedi 24 février dernier, la ville de Tremblay-en-France a rendu un bel hommage aux résistants du groupe Manouchian. Elus, membres des associations d’anciens combattants, militants, habitants du Bois-Saint-Denis, nous étions nombreux à honorer la mémoire de ces femmes et de ces hommes qui incarneront à jamais le visage de la Résistance.

Tous membres des Francs-Tireurs et Partisans – MOI, ils étaient Arméniens, Espagnols, Italiens, Roumains, Hongrois, Polonais ou encore Français. Dotés d’un courage sans faille et guidés par un idéal, celui de la liberté, ils vont à jamais marquer l’histoire de la France.

Antifascistes pour certains, comme l’italien Spartaco Fontano, ils avaient été contraints de quitter leur pays. Communistes pour d’autres comme le hongrois Emeric Glasz, ils avaient dû fuir les persécutions politiques. Juifs, d’autres encore en avaient fait de même face aux mesures antisémites.

Certains d’entre eux avaient déjà rejoint les Brigades internationales en 1936 afin de participer à la lutte contre Franco en Espagne. D’autres comme Missak Manouchian ou Emric Glasz s’étaient volontairement engagés dans l’armée française en 1939 afin de combattre l’Allemagne nazi.

Rino Della Negra, excellent footballeur, débute sa carrière à Argenteuil avant de rejoindre le club phare francilien, le Red Star. Il participera à l’exécution du général Von Apt et à l’attaque du siège du parti fasciste italien à Paris. Il sera exécuté avec ses compagnons avant de célébrer sa 20ème année.

Olga Bancic, seule femme du groupe est étudiante à Paris. Elle participe à une centaine d’attaques contre l’armée allemande, c’est-à-dire près de la moitié des combats menés par le groupe Manouchian. Mère d’une petite fille nommée Dolorès en hommage à la Pasionaria, Dolores Ibarruri, elle lui adressera sa dernière lettre : « Mon amour, ne pleure pas, ta mère ne pleure pas non plus. Je meurs avec la conscience tranquille et avec toute la conviction que demain tu auras une vie et un avenir plus heureux que ta mère. Tu n’auras plus à souffrir. Sois fière de ta mère, mon petit amour ».

Tous connaissaient le sacrifice de leur engagement. Mais aucun d’eux n’était prêt à reculer face à la haine qui envahissait alors l’Europe. Après des mois de filature menée conjointement par les forces allemandes et la police française, 68 résistants des FTP-Moi sont arrêtés le 16 novembre 1943, dont Missak Manouchian et Joseph Epstein, responsable FTP de l’Ile-de-France.

C’est par le biais d’une affiche rouge et noire, placardée massivement dans les artères du pays, que le communiste d’origine arménienne sort de l’anonymat. Au centre de ce matériel de propagande, le résistant Missak est décrit comme « chef de bande », entouré par neuf de ses camarades, la plupart juifs, dont les visages graves et émaciés sont encerclés, telles des cibles tenues en joug dans le viseur d’un fusil.

A la sortie de sa parodie de procès, véritable outil de propagande contre la Résistance, le 15 février 1944, Missak Manouchian déclare : « Vous avez hérité de la nationalité française, nous l’avons mérité. Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand ».

Missak Manouchian sera fusillé le 21 février 1944 au Mont Valérien avec 21 de ses compagnons. Olga Bancic est transférée en Allemagne et sera décapitée à Stuttgart le 10 mai 1944, le jour de ses 32 ans. Missak Manouchian et Celestino Alfonso refusent d’avoir les yeux bandés. Comme l’avait écrit Manouchian, il mourra « en regardant le soleil et la belle nature ».

Aujourd’hui encore, l’Affiche rouge est présente dans l’esprit de beaucoup. Les résistants qui y figurent, sont inscrits dans notre mémoire collective.  » Ces étrangers d’ici, qui choisirent le feu, leurs portraits sur les murs, sont vivants pour toujours. Un soleil de mémoire éclaire leur beauté  » disait Paul Éluard dans un poème écrit en hommage aux FTP-MOI.

Missak Manouchian et les membres des FTP-MOI sont mort pour la France en patriote. Ils restent le symbole de l’importance de l’engagement des étrangers dans la Résistance française. 74 ans après la disparition des membres du groupe Manouchian, il est plus que jamais essentiel de faire vivre leur mémoire.

Leur combat n’est pas achevé. C’est un combat du présent. Il faut sans relâche rappeler que cette commémoration n’est pas uniquement tournée vers l’Histoire, mais bien vers notre présent et vers notre avenir. La dénonciation outragée du fascisme et du nazisme n’a de sens que si elle s’accompagne d’un combat acharné de chaque instant contre les formes actuelles de résurgence de ces idéologies de la mort.

Le transfert de leur cendre au Panthéon se fait toujours attendre. En déposant leur message sous la coupole de ce temple laïque, les générations présentes et futures apprendront qu’avant d’avoir le visage de la solidarité et de la liberté, la France et l’Europe, dans lesquelles elles vivent, avaient celui de ces hommes et de cette femme.

Dans son ultime lettre à Mélinée Manouchian, Missak déclarait : « Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la liberté sauront honorer notre mémoire dignement ». C’était le sens même de notre rassemblement.


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