Déclaration au Congrès de Versailles ou la mascarade anachronique de l’hyperprésidentialisme

4 juillet 2017 0 Par Francois Asensi
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« Après un discours de victoire dans le palais royal du Louvre, c’est à Versailles que, au mépris de tous les usages, Emmanuel Macron a convoqué le Parlement en Congrès hier, lundi 3 juillet. Le président de la République, qui se targue depuis des mois d’être un révolutionnaire portant le renouvellement dans notre vie politique, semble endosser avec empressement les atours monarchiques que lui donne la Vème République. En s’adressant aux parlementaires la veille du discours de politique générale de son Premier Ministre, pourtant chargé par la Constitution de conduire la politique du gouvernement, M. Macron se veut être le seul dépositaire de tous les pouvoirs.
Son exemple est clair : c’est l’hyperprésidentialisme américain, où les représentants et sénateurs sont réduits au rang de spectateurs d’un président omniprésent et omnipotent. C’est en fait un « discours sur l’état de l’Union », prise de parole annuelle où le Président américain s’exprime sans débat devant le Congrès que souhaite installer Emmanuel Macron. A la grande différence qu’aux USA, cet usage va de pair avec un véritable système présidentiel, garantissant de vrais contre-pouvoirs et un Parlement intouchable. En France, par respect pour la séparation des pouvoirs, la tradition démocratique et républicaine veut que le Président n’entre pas dans l’enceinte des chambres parlementaires et laisse le Premier ministre s’y exprimer. Le président Macron exploite aujourd’hui une réforme portée par Nicolas Sarkozy en 2008, lui qui ne voyait dans le chef du gouvernement qu’un simple « collaborateur ».
Je m’inquiète de la direction qu’Emmanuel Macron paraît vouloir donner à son quinquennat, celle d’une présidence de la communication et du show médiatique, où la forme autoritaire et centralisée cache un fond effrayant. Si certaines des annonces d’hier vont dans le bon sens, comme l’introduction d’une dose de proportionnelle à l’Assemblée Nationale, le discours plein d’envolées lyriques ne les précise que très peu. Comment ne pas voir, par ailleurs, derrière son souhait de réduire largement le nombre de parlementaires au profit de leurs collaborateurs, une volonté de faire des chambres parlementaires de simples conseils technocratiques, avec des députés hors-sol élus dans des circonscriptions trop vastes ? Toutes ces annonces, dont le caractère démagogique est à mille lieux des préoccupations des millions d’électeurs qui se sont abstenus dans les derniers scrutins et qui attendent un vrai changement, servent en plus à cacher le réel enjeu des prochains mois : la réforme du travail antisociale que M. Macron veut faire adopter, au mépris encore du temps parlementaire, par ordonnances
Je salue la décision des parlementaires de la France Insoumise et du Parti Communiste des deux assemblées de refuser de participer à cette mascarade anachronique, qui est une insulte au rôle républicain du Parlement et à la nécessaire séparation des pouvoirs. Pendant la campagne de Jean-Luc Mélenchon, nous avons porté l’idéal d’une VIème République, qui aurait eu pour principe central la réduction du rôle du Président au profit d’une démocratie régénérée. Les évènements d’aujourd’hui illustrent l’urgence de mettre fin à un régime du « coup d’Etat permanent » et de redonner enfin au Parlement sa place de contre-pouvoir.
Maire de Tremblay-en-France
Membre honoraire du Parlement »

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