La Seine-Saint-Denis et les discriminations territoriales

2 décembre 2017 0 Par Francois Asensi

Je me félicite de la création d’une mission parlementaire par mon collègue Stéphane Peu et plusieurs députés, afin d’évaluer l’action de notre République en Seine-Saint-Denis et pointer la rupture d’égalité dans ce département.

En 2011, j’avais déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi pour dénoncer les discriminations territoriales et obtenir leur pénalisation, action qui a abouti en 2013. Avec cette initiative, il s’agissait de dire non aux inégalités territoriales qui fracturent notre République et de lutter contre toute forme de déterminisme social ou culturel. C’est pour moi le combat de toute une vie militante, au service de la dignité des villes populaires et de leurs habitants.

C’était d’ailleurs le sens de la campagne que nous avions lancé en 1992 avec Jack Ralite et Guy Hermier et qui s’intitulait « Que veulent les banlieues ? Tout ! ». C’est-à-dire l’égalité réelle, la reconnaissance et le respect, un autre projet de société rompant avec les logiques de ségrégation urbaine pour faire de ces quartiers des villes à part entière et de ses habitants des citoyens comme les autres.

En matière d’éducation, de justice et de sécurité, trois domaines régaliens, le premier bilan dressé par la mission parlementaire, dont mon collègue Stéphane Peu, député de Saint-Denis est membre, est accablant :

La justice manque cruellement de moyens humains et financiers : pourtant deuxième tribunal de France, Bobigny ne compte que 580 avocats contre 30 000 dans la capitale, occasionnant des délais d’attente anormalement élevés.
La Seine-Saint-Denis compte deux fois moins de policiers pour 100 000 habitants que Paris ou les Hauts-de-Seine (250 policiers pour 100 000 habitants contre 500 à Paris)
En moyenne, un élève de Seine-Saint-Denis perd un an de scolarité en raison du non remplacement des enseignants absents (estimé à 400 classes chaque jour dans le département)
L’éducation consacre en moyenne 2860 euros pour un écolier de l’académie de Créteil contre 3134 euros pour un élève parisien.
Les habitants de Seine-Saint-Denis disposent de 2 fois moins de médecins qu’un parisien et de deux fois moins d’espaces verts

L’ensemble de ces chiffres démontrent l’ampleur des discriminations et des inégalités territoriales dont sont victimes au quotidien les habitants de notre département. Quand de telles inégalités persistent, c’est la République même qui se fissure, cette République dans laquelle l’Etat a le devoir d’assurer à tous les mêmes droits, quel que soit son statut social, son lieu d’habitation, son origine.

Il faut appeler un chat, un chat. Dans cette affaire, nous sommes face à une lutte de classes, avec des millions de concitoyens relégués socialement et assignés territorialement.
Alors seule une puissante irruption des citoyens dans les institutions pourra bouleverser cet ordre des choses terriblement injuste. Et faire advenir enfin l’égalité, la vraie.