Prestations sociales dans le viseur du gouvernement : les plus pauvres encore désignés comme fautifs ?

6 juin 2018 0 Par Francois Asensi
Le gouvernement Macron, toujours à la recherche d’économie, lance depuis quelques semaines des perches afin de mesurer la réaction des français sur une possible baisse des prestations sociales. Encore et toujours pointés du doigt comme les causes de la dette française et des manques de compétitivité et d’attractivité du pays : les minimas sociaux. La démarche du gouvernement est alors purement idéologique, préférant s’attaquer aux minimas sociaux qui aident des millions de familles à vivre décemment pour une dépense de 25 milliards d’euros annuelle alors que le CICE qui a coûté depuis son instauration près de 100 milliards d’euros n’est toujours pas remis en cause.
Il convient de différencier les minimas sociaux de l’ensemble de la protection sociale en France. La protection sociale a pour but de couvrir les risques sociaux pouvant intervenir dans la vie d’une personne, comme la maladie, la vieillesse ou le chômage. La protection sociale représente 35 % du PIB et les prestations versées pour la vieillesse ou la survie représentent à elles-seules 80 % de cette somme, alors que les minimas sociaux représentent 25 milliards d’euros, soit 3,6 % des prestations sociales et 1,2 % du PIB. Tous les Français sont concernés par la protection sociale, c’est pourquoi ils la financent par leurs impôts (35 % du financement) et surtout selon un système d’assurance par leurs cotisations sociales (61 %, dont 42,5 points de cotisations patronales).
Les minimas sociaux concernent eux 7 millions de personnes, soit 11 % de Français qui se voient garantir des ressources minimales pour vivre de manière digne et humaine. Le Revenu de Solidarité Active (RSA) est le plus important d’entre eux, distribué à 2,5 millions de personnes pour un coût d’environ 10 milliards d’euros par an. Il existe aussi des revenus minimaux pour les personnes âgées, les personnes en situation de handicap… 65 % de leur masse totale est distribuée aux 10 % de Français les plus pauvres.
Leur efficacité est remise en cause par un gouvernement stigmatisant encore et toujours la pauvreté. Pourtant, bien qu’il reste énormément de travail à effectuer -en témoignent les 9 millions de pauvres en France- la protection sociale a un impact décisif sur la réduction des inégalités. La distribution de prestations sociales divise par 2 l’écart de niveau de vie entre les 20 % de Français les plus riches et les 20 % de Français les plus pauvres, passant de 8,3 à 4,4. Cette réduction d’écart par les prestations sociales est bien plus efficace que celle par l’impôt, aujourd’hui mité par les niches fiscales. Selon un rapport de l’Insee, entre 1970 et 1990, l’instauration d’un minimum vieillesse avait permis de baisser de 4,1 points le taux de pauvreté et en 2015 les 10 % les plus pauvres ont vu une compensation de leur baisse de niveau de vie grâce à un plan de revalorisation des prestations sociales, bien que dans le même temps le niveau de vie des 10 % les plus riches ait quant à lui réellement augmenté.
Pourtant, malgré l’utilité de ces aides, ce sont celles-là que le gouvernement vise et discrédite, dans le discours et dans les actes, avec la baisse de 5 euros des Aides Personnalisées au Logement (APL), reconduite en 2018. Dans le même temps, l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) qui incombe aux plus aisés a fondu au soleil, ses recettes passant de 4,1 milliards d’euros à 850 millions d’euros. De plus, le Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi (CICE), qui est une baisse des charges pour de nombreuses entreprises, a coûté selon les estimations entre 60 et 100 milliards d’euros à l’Etat depuis 2013. Il n’a créé ni compétitivité -le nombre d’entreprises françaises exportatrices n’ayant pas augmenté et restant 3 fois inférieur à l’Allemagne-, ni emploi – il a au mieux permis d’en conserver une centaine de milliers. Il se trouve que ce crédit d’impôt bénéficie au tiers aux grandes entreprises, c’est à dire autant qu’aux TPE/PME qui sont pourtant les entreprises qui ont besoin d’aide. Dans le même temps les dividendes reversées aux actionnaires n’ont cessé d’augmenter, faisant de la France l’un des champions du monde de la distribution de dividendes.
Alors qu’une politique favorisant les plus riches et les puissants au détriment des plus démunis est en place, il est inconcevable que le débat s’oriente vers la stigmatisation et la tentative de rendre responsable des problèmes économiques français ceux qui ont le moins. Nous exprimons notre attachement à la protection sociale, héritée du programme du Conseil National de la Résistance, qui assure à tous le minimum pour une vie convenable. Alors que les plus riches le sont toujours plus, il est indécent de la part du gouvernement de demander de nouveaux efforts aux plus personnes en difficulté et de les caricaturer en profiteur…Comment ne pas y voir un bien triste clin d’œil à la réplique célèbre du personnage de Jean Gabin dans La Traversée de Paris : “salauds d’pauvres ! ”